15 janvier 2016

Au coin du feu

Joseph-Ferdinand Morissette, Au coin du feu, Montréal, L’Imprimerie Piché Frères, 1883, 113 pages.

Joseph-Ferdinand Morissette était un journaliste. Il a écrit deux livres : Au coin du feu et Le Fratricide. Pour en savoir plus sur l’auteur : Les Quatre saisons.

Au coin du feu compte quatre nouvelles, une légende et deux récits. C’est l’auteur lui-même qui leur a attribué un genre.

Lucien et Marie-Louise (nouvelle) : La fille unique d’un riche marchand s’est éprise du commis. Les deux, croyant que leur union ne sera pas acceptée, s’aiment en silence. Le père finit par découvrir leur secret et consent au mariage.

L’argent du purgatoire (légende) : Joseph Lapointe avait l’habitude de menacer des feux de l’enfer ceux qui ne payaient pas leurs dettes. Un jour, un certain Laberge, pauvre type, mourut. Quand, quelque temps plus tard, Lapointe passa devant le cimetière, le défunt Laberge, qui souffrait des feux de l’enfer, lui apparut et lui rendit ses deux dollars. Honoré Beaugrand a écrit un conte très semblable : « Le fantôme de l’avare ».

Le diable au bal  (nouvelle) : Alexis Provost a deux filles.  Alice est follette tandis qu’Artémise est sage. La visite d’une personnalité, qui n’est pas nommée,  est soulignée par un grand bal. Mais le dit personnage a de drôles d’exigences. « Il est bon de dire qu’il était spécifié́ sur les invitations, que les dames devaient porter des robes décolletées et à manches courtes. Le grand personnage tenait, paraît-il, à inspecter les beaux cous, les jolies épaules et les charmants bras de nos Canadiennes. » Pendant la soirée, un beau jeune homme tout  vêtu de noir fait la cour à Alice. Ils rentrent ensemble à la maison. Quand le reste de la famille arrive un peu plus tard, il ne trouve que le corps carbonisé d’Alice. La morale : « Des ennemis de la plus belle partie du genre humain ont prétendu que la légèreté́ était un défaut inné́ chez les femmes. Je ne serai pas aussi sévère qu’eux, mais je dirai que malheureusement, la chose se rencontre souvent. »

L’enfant perdu (nouvelle) : Alfred Lambert est un ivrogne. Un soir, il rentre saoul, brise tout, bat sa femme. Son jeune fils se réveille et pris de panique, il quitte la maison. Dehors, il y a une tempête...

Ida (nouvelle) : « Pour faire un portrait fidèle de la jeune fille, il me faudrait employer les termes des grands romanciers. Vous savez la ritournelle en question. Une taille élancée, svelte, je ne sais trop quoi, une figure de madone peinte par un grand artiste, les yeux couleur de geai, les dents ressemblant à trente-deux perles... ainsi de suite. Moi, je vous dirai tout simplement que Ida était une belle grande brune qui faisait tourner la tête à bien des garçons et qui... la tournait elle-même pour voir les garçons. » Ida aime un jeune homme en cachette de ses parents qui finissent par découvrir son secret. Ils ne s’opposent pas à son mariage.

François Béland (récit) : François Béland, né dans une famille aisée, perd très tôt ses parents. Il dilapide rapidement son héritage. Il s’acoquine avec des voleurs, se fait prendre, se retrouve en prison. Il subit même le supplice du fouet. Quand il sort de prison, il retrouve l’homme qui l’a trahi et le tue. Il se sauve aux États-Unis et revient trois ans plus tard. Il est maintenant dans un chantier près d’Ottawa et il sait qu’il va mourir : un arbre lui est tombé dessus.

Marie-Louise (récit) : Marie-Louise a épousé un ivrogne. Pendant les cinq premières années de son mariage, il a réussi à demeurer sobre. Puis entraîné par de faux amis qui veulent sa perte (l’un d’eux fut un prétendant éconduit de Marie-Louise), il boit, perd son travail, devient violent. Lors du grand incendie de Saint-Roch, sa femme et ses enfants périssent en son absence. Il passe le reste de sa vie à  regretter sa conduite.

Morissette emploie presque toujours le procédé du récit dans le récit, question d’accréditer ses histoires, je suppose. Souvent, un narrateur raconte une histoire qu’un vieux lui a raconté. « Celui qui veut entendre raconter des histoires et des fameuses, encore, n’a qu’à s’adresser à un de ces vieillards qui ont passé́ une partie de leur jeunesse dans les chantiers. ». Presque tous les hommes sont de simples commis. Il arrive que des histoires finissent en queue de poisson : l’auteur crée un conflit potentiel (deux jeunes s’aiment à l’insu des parents), ce qui ne pose pas problème quand ils sont découverts. L’auteur a un parti pris contre la boisson, mais aussi critique les prisons qu’il juge trop cruelle : on ne fait qu’endurcir les prisonniers. Beaucoup de passages misogynes, mélodramatiques, moralisateurs.

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