8 janvier 2016

Les Nez-Percés

Émile Chevalier, Les Nez-Percés,  Paris, Michel Lévy Frères, 1867, 320 p. (1re édition : Paris, Poulet-Malassis, 1862)

L’action se déroule dans l’Ouest, dans les années 1830. Elle met en scène plusieurs tribus amérindiennes, dont les Nez-Percés bien sûr, mais aussi les Chinooks, les Clallomes, les Têtes-plates, etc., bref tous les Amérindiens qui vivent près du fleuve Columbia. Tout ce beau monde est en guerre et, à travers eux, un Métis (Oli-Tahara) devenu chef des Chinouks, une Blanche (Merellum) qui commande les Clallomes, un Blanc (Xavier Cherrier) et son fidèle serviteur (Baptiste), un ancien esclave noir.  

Merellum, aussi surnommée Face blanche ou Petit-Hirondelle, est le personnage principal de ce récit : « Elle appartenait cependant à la race blanche. Des Canadiens établis dans la Colombie, lui avaient donné le jour. Mais ils étaient morts pendant sa plus tendre enfance. Une Indienne clallome, Ouaskèma, l’avait adoptée et élevée jusqu’à l’âge de dix ans. Alors, Ouaskèma fut tuée accidentellement, disaient les uns, volontairement, disaient les autres, par Oli-Tahara, le Dompteur-de-Buffles, qui en était amoureux et jaloux. Merellum lui succéda au commandement des Clallomes, et, malgré son extrême jeunesse, les gouverna avec prudence pendant plusieurs années. »

Le fil de l’intrigue est difficile à suivre. Au départ, des histoires d’amour sont à l’origine des guerres entre les tribus. Le chef des Nez-Percés (Molodun) est amoureux de Merellum, la souveraine des Clallomes. Il la fait enlever et veut la forcer à l’aimer. Les Clallomes, aidés des Chinooks, riposte en enlevant Lioura, la femme de Molodun. La guerre éclate entre eux. L’histoire bifurque lorsqu’un Blanc (Xavier Cherrier) apparait dans le décor. Avec l’aide de Baptiste, il enlève Merellum (dorénavant appelée Louise) et la ramène au Fort Colville bien que Molodun les poursuive. Cherrier est dans l’Ouest pour retrouver une cousine avec laquelle il doit partager un riche héritage. Or il se trouve que la dite cousine est Merellum, dite Louise. Au Fort, ils retrouvent Poignet-d’Acier, un explorateur qui a trouvé de l’or et qui compte le ramener au Québec pour y former une armée afin de débarrasser le pays des Anglais. Louise et Xavier sont amoureux. Leur bonheur est de courte durée. Molodun enlève Merellum-Louise et la ramène chez les Nez-Percés. Mais Baptiste, à nouveau, enlève la jeune fille et la ramène à Xavier. On peut supposer que les deux jeunes gens vont rentrer au pays avec Poignet-D’Acier.

C’est un roman d’aventures, assez décousu : on distingue mal le fil qui relie les différents épisodes et il faut beaucoup de temps pour « entrer dans ce roman ». S’ajoutent plusieurs descriptions de lieux, et malgré tout, le lecteur a du mal à trouver ses repères quant aux lieux où se déroule l’action. L’auteur décrit certains rituels qui ont cours chez ces Amérindiens de l’Ouest sans les intégrer à l’action. Chevalier cite Wanderings of an artist among the Indians of North America de Paul Kane. On peut supposer qu’il s’en est inspiré. L’image qui se dégage des Amérindiens est plutôt négative : infantiles, cruels, belliqueux, jaloux. L’écriture est raffinée. Chevalier (il a vécu au Canada entre 1852 et 1860) était de retour en France lorsqu’il a écrit ce roman pour un public français, d’où certaines observations, en notes infrapaginales, sur le parler et les coutumes des Canadiens français.

Extrait
« Molodun, le Renard-Noir, éleva lentement son arc à la hauteur de ses yeux. En le faisant, il tremblait un peu. L'attention de la foule était puissamment excitée. C'est que Molodun était le dernier rejeton d'une longue suite de guerriers illustres chez les Nez-Percés. Quoique âgé de vingt-cinq hivers à peine, il s'était déjà rendu redoutable à leurs ennemis les Pieds-Noirs et les Chinouks, qui ne prononçaient son nom qu'avec terreur. Vingt chevelures pendues dans sa cabane disaient éloquemment sa valeur. Son cou, ses épaules, ses bras, ses jambes étaient rayés de colliers de griffes d'ours, et son arc était fait avec la dent d'un narval qu'il avait tué lui-même dans une excursion à la baie d'Hudson. Cette particularité ajoutait à sa renommée, car on sait que le narval inspire aux tribus sauvages de l'Amérique du Nord un effroi superstitieux Du reste, Molodun, le Renard-Noir, était doué d’une beauté rare, bien que sa taille fût gigantesque, il mesurait six pieds de hauteur, mais ses proportions étaient admirablement prises. Elles annonçaient la force jointe à l'agilité, l'ardeur du sang unie à son abondance. Les lignes de son visage ne manquaient ni de noblesse ni d'agrément […] »

Voir aussi d’Émile Chevalier : Le Pirate du Saint-Laurent
Sur les Nez-Percés

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