4 mars 2015

Le Bien paternel

Jean Duterroir (Antonio Huot), Le Bien paternel, Québec, Les éditions de l’Action sociale catholique, 1912, 31 pages.

Comme mes blogues sur le terroir sont très populaires, j’ai fouillé pour savoir s’il y avait des livres qui seraient passés sous le radar et j’en ai trouvé au moins un! Il est intéressant parce qu’il est publié en 1912, donc juste au début de la grande période du terroir. Le livre (c’est une nouvelle et non un roman) étant introuvable, je l’ai lu en ligne.

La famille de Jérôme Michel possède une terre à L’Ange-Gardien depuis «  deux cents quinze ans bien comptés ». Maintenant qu’ils sont vieux et que son mari est malade, la mère voudrait que leur fils Henri prenne la relève, son autre fils étant infirme et ses filles mariées et établies sur des terres à l’Ile-d’Orléans. Mais Henri, que le curé de la paroisse a fait instruire, est rongé d’ambitions. À force de travail, il a raflé tous les premiers prix, aussi bien dans son cours classique que dans ses études de droit. Le voilà diplômé, et c’est lui que le premier ministre choisit pour occuper le prestigieux poste de secrétaire général. Le jour même où il doit commencer son travail, il apprend que son père est mourant. Il se précipite à son chevet. Dans ses derniers instants, le père se désole d’abandonner le bien paternel. Le jeune homme, tout d’un coup, perçoit la grandeur de cette mission et il promet à son père d’assurer sa relève : «  Henri crut entendre la voix des morts, de tous ceux qui s'étaient courbés sur le sillon depuis deux cents ans, de tous ceux qui avalent fécondé la terre paternelle de leurs sueurs et de leurs sacrifices... »

Petite leçon sur le terroir
On retrouve les ingrédients classiques du roman de la terre. La quête du héros, c’est la transmission du bien paternel. L’obstacle, c’est l’absence d’héritier. Henri est, contre son gré, le fils déserteur. On dit clairement que le métier de cultivateur est supérieur à celui de l’avocat. Seul le prêtre est au-dessus de lui. Le travail sur la terre, bien que difficile, est valorisant en raison de la proximité avec la nature et de la liberté qu’il procure. « Ça veut dire des braves gens qui sont maîtres et seigneurs de la terre de leurs parents, sur la terre qui a été défrichée des fois par leurs pères ; qui mettent encore le pain qu'ils cuisent eux autres mêmes dans la huche de la grand-grand'mère ; qui ont toujours le même banc à l'église de père en fils, la même croix de tempérance pendue dans la chambre, et qui savent bien que le Bon Dieu, qui donne à manger devant eux tous les jours aux petits oiseaux, n'abandonne jamais ceux qui ont confiance en Lui. " Ah ! que c'est donc beau, mon cher Henri, d'être habitant !" » On note un certain mépris pour les citadins, dépendants qu’ils sont du fermier pour leur nourriture. Par ailleurs, le cultivateur est un maillon dans la grande chaîne des générations, tributaire du patrimoine hérité de ses ancêtres.  Enfin, plusieurs passages soulignent l’importance de la religion. Ce qu’il y a de plus singulier dans la nouvelle : c’est la femme et non l’homme qui semble le plus tenir à ce que le fils suive les traces du père.

Le surnom choisi par Antonio Huot (c’était un curé) n’est pas mal. Il y a mieux : un an plus tôt,  un certain Jean de la Glèbe publiait Le diable est aux vaches (Québec, Imprimerie de l'Action sociale, 1911, 77 p.). Ça promet! Il faudrait bien que je le lise…

Pour lire le texte :

On trouve une version mieux numérisée dans Contes et nouvelles du Québec, BEQ, tome 1,  p. 621 à 654.

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