11 novembre 2011

Contes de chez nous

Rodolphe Girard, Contes de chez nous, Montréal, s.n., 1912, 242 pages.

Le recueil, le dernier livre de Girard, compte 12 récits qui privilégient la fantaisie au drame. Le plus souvent, l’auteur décrit des milieux aisés. Le sentimentalisme déborde, les histoires amoureuses sont dignes des contes de fées. Le style est trop fleuri, les fins sont souvent précipitées, et les dialogues, artificiels.  Quant à moi, le récit le plus intéressant est « L'auto de la famille Robichon ». On y découvre comment l’automobile pouvait être désirée et haïe en même temps. Elle perturbait la vie des campagnes, faisait peur aux bêtes, filait à toute allure, risquant de frapper un humain ou un enfant. « La guignolée » est présentée comme un souvenir d’enfance. « Dialogue sur les morts » et « Le doigt de la femme » sont de courtes pièces de théâtre (de courtes scènes de boulevard).

Le castor de mon oncle Césaire
Césaire chérissait un vieux chapeau en castor qui aurait appartenu à Chénier. À sa mort, il désire qu’on l’enterre avec lui. Son ami, chargé de ses dernières volontés, décide de garder le chapeau. Plein de remords, il se met à boire, sa santé périclite. Finalement il dépose le chapeau sur la tombe de son ami et reprend une vie normale.

Un enlèvement au dix-septième siècle
L’histoire  dure une quinzaine d’années et se passe à Trois-Rivières. Le petit Jean, cinq ans, fils  du comte de Champflour, a été enlevé par Aontarisati et est retenu par les Agniehronnons (Iroquois). Pour lui éviter la mort, ce dernier décide de l’adopter comme esclave, mais il l’élève comme son fils. 15 ans passent et Jean, devenu Andioura, est devenu un puissant guerrier. Pourtant, une tristesse lui vient à tout propos. Dans une expédition contre Trois-Rivières, il capture son père. Il ne peut se résoudre à le livrer au bûcher. Finalement, dans une finale invraisemblable, Aontarisati lui révèle la vérité et tout le monde se réconcilie.

Le Monsieur qui sait le bridge
Charles prend un train et descend incognito dans un petit village. Le soir, trois personnes lui demandent de se joindre à elles pour jouer au bridge. Comme il se montre bon joueur, les invitations se succèdent, si bien qu’il n’a plus de temps à lui et qu’il doit fuir.

Françoise la blonde
Paspébiac. Sur son lit de mort, la mère d’Abel lui a demandé de prendre soin de son petit frère, surtout de le faire instruire. À force de sacrifices, il réussit à tenir promesse : son frère est médecin. Il peut maintenant penser à lui et épouser la belle Françoise. Or son frère est aussi amoureux d’elle et lui demande d’intervenir en sa faveur. Abel s’y résout en souvenir de sa mère.

Noé Brunel et Narcisse Bigué
Une chicane entre Noé et Narcisse compromet le mariage de leurs enfants. Il faudra que la fille de Narcisse, un entêté, tombe malade pour qu’il passe par-dessus son orgueil.

L'auto de la famille Robichon
Les membres de la famille Robichon ont fait beaucoup de sacrifices afin d’acheter une auto. Lors d’une ballade, celle-ci tombe en panne. Personne ne veut les aider tant on déteste les autos. Finalement, c’est en charmant une jeune fille que le fils Robichon trouvera un bon samaritain. Bien entendu, cette jeune fille deviendra sa femme.

La fille du pochard
« Marius Ducharme se rendait à pied chez un ministre où il devait diner. » Sur son chemin, il butte sur un ivrogne qu’il décide de ramener chez lui. Dans le logis minable, il découvre trois orphelins, dont une magnifique jeune fille qui s’occupe de ses deux frères. Comme c’est le soir de Noël, il va leur acheter des cadeaux, de la victuaille et du charbon. Il a même une bague pour la jeune fille.

Le glas
Rosalyne  s’est éprise de Julien, un jeune homme original. Toinette, dont le « but unique de son existence de villageoise [est] de s’accaparer les hommages de la jeunesse à vingt milles à la ronde », décide de le lui enlever. La jeune fille en mourra et Julien ira se pendre à la corde qui sonne la cloche de l’église.

La guignolée
Dans l’enfance du narrateur, on représentait la Guignolée comme un monstre qui mangeait les petits enfants qui n’étaient pas couchés avant huit heures la veille du jour de l’An.

Le fer à cheval de ma tante Joséphine
Joséphine, 24 ans, désespère de trouver un mari (à 25 ans, on devient vieille fille!). Quand elle voit qu’un fer à cheval trouvé ne lui porte pas chance, elle le lance par la fenêtre. Le plaignant deviendra son mari.

Dialogue sur les morts
Une femme, veuve depuis six mois, est outrée qu’un ami d’enfance du défunt la courtise.

Le doigt de la femme
Roland, un célibataire convaincu, a été mis à la porte par son richissime père parce qu’il ne voulait pas embrasser la carrière de médecin comme son père et tous ses ancêtres l’ont fait. Pour les beaux yeux d’une jeune fille, il changera d’idée, et sur son célibat et sur la médecine. En voici un extrait, on ne peut plus sexiste:


Roland (levant les épaules). — Aimer! encore un mot sonore et vide de sens. Comment veux-tu que je m'éprenne de celle-ci ou de celle-là. Les jeunes filles, tu t'adresses bien si tu veux faire leur panégyrique. Des êtres frivoles dont le cœur n'est qu'un caméléon et la tête qu'une girouette grincheuse; des êtres qui ne savent que parler jupons, chapeaux, corsages, bridges, réceptions, bals et défauts, des êtres qui changent d'amour septante fois sept fois; des êtres bouffis de prétention, de jalousie et de susceptibilité; des parvenues se réclamant toutes d'un high-life qui n'existe pas, des êtres dont l'idéal de la distinction, de l'esprit et de l'intelligence est un beau valseur . . . des êtres enfin qui s 'habillent, se déshabillent et babillent ... Oh ! on les connaît! Et voilà, toi, ce que tu me propose candidement comme stimulant à l'étude de cette maudite médecine !
Femme ou médecine, médecine ou femme, pour moi, la première qui sort du sac ne vaut pas mieux que celle qui reste au fond.
Paul. — Donne-moi une allumette. (Il allume une cigarette et en donne une à son ami). Pour déblatérer ainsi contre nos Canadiennes, il ne faut pas que tu les connaisses. Non Roland, détrompe-toi. Nous avons encore, et en très grand nombre. Dieu merci ! de bonnes et charmantes jeunes filles, dont le cœur fidèle ne demande qu'à chérir un mari qu'elles entoureront de soins affectueux et de prévenances caressantes ; dont la chaîne ne sera pas de plomb mais deux beaux bras blancs, lesquels, sois-en sûr, se dénoueront de temps à autre, pour donner à leur seigneur et maître un peu d'air et de liberté.
Si la vertu de certaines chancelle, faisons un silence et pardonnons-leur généreusement; elles ont trop ou mal aimé. Mais la forte majorité, n'en doute pas, est foncièrement honnête, et quant à leur esprit, halte-là, nombre d'entre elles en ont plus dans l'ongle de leur petit doigt que nous dans nos grosses têtes folles.
Roland. — Pour éloquent qu'il soit ton plaidoyer ne peut me convaincre. Entends-moi bien, jamais je ne me marierai, jamais je ne serai médecin. C'est mon dernier mot. Et si tu veux que nous soyons amis comme par le passé, restons-en là.


Rodolphe Girard sur Laurentiana

1 commentaire:

Djemaa a dit...

Bonne semaine, merci pour cette critique, Pascal, journaliste.