2 novembre 2011

Le Destin s’amuse

Lyse Longpré, Le Destin s’amuse, Montréal, Beauchemin, 1948, 347 pages.
J’ignore qui est Lyse Longpré, si elle a écrit d’autres romans et je n’ai pas le DOLQ sous la main. D’après ce que je comprends, ce roman paru chez Beauchemin a été publié à compte d’auteur.
Pendant ses vacances d’été dans les Laurentides avec sa famille, Claire Bertrand, une blonde que tout le monde trouve jolie, a rencontré un pianiste, Jacques Dumais. Naturellement ils ont su qu’ils étaient amoureux avant de se parler. L’idylle est de courte durée, puisque Jacques doit se rendre en France pour perfectionner son piano. Les deux amoureux s’échangent des lettres au quotidien. Jacques, seul à Paris, finit par s’ennuyer. Un copain lui présente sa sœur : Hélène. Les lettres cessent de parvenir à Claire. Elle en fait une dépression, d’autant plus que Jacques a décidé de poursuivre ses études pianistiques pendant une autre année. Pour gagner sa vie, il donne des concerts et enseigne le piano. Ce qu’il ignore, c’est que son père, un entrepreneur prospère, a tout perdu, qu’il doit gagner sa vie comme simple ouvrier et qu'il est très malade. Quand il meurt, Jacques doit rentrer au pays pour s’occuper de sa mère. Il promet à sa fiancée française de l’épouser dès que la situation de sa famille se sera stabilisée. Il revoit Claire et il s’aperçoit qu’il l'aime encore. Il écrit une lettre d’adieu à sa fiancée française et épouse Claire.
C’est un roman sentimental sans grand intérêt, beaucoup trop long, surtout dans la première partie. Mon résumé ne rend pas compte des intrigues secondaires qui mettent en scène les parents et amis des deux héros. La psychologie des personnages ne tient pas la route : il est difficile de comprendre qu’une fille puisse garder aussi longtemps l’amour d’un gars qui la rejette comme on jette des vieux bas : «  Sans ménagement aucun, Jacques lui annonçait une nouvelle année d'études à Paris, durant laquelle il prévoyait donner plusieurs concerts. Il regrettait de ne pouvoir plus trouver, comme autrefois, le temps de lui écrire souvent, mais, il espérait quand même qu'elle lui garderait une petite place dans son souvenir, en mémoire des belles heures qu'ils avaient vécues ensemble, autrefois. Il ajoutait même qu'il espérait recevoir de ses nouvelles à l'occasion, et lui souhaitait, pour l'avenir, beaucoup de succès et tout le bonheur possible. »
Et c’est trop souvent surécrit : « Claire eut une moue de dédain, en face du mensonge évident dont Jacques était devenu capable. Son cœur saigna abondamment, de cette blessure large et profonde que venait de lui infliger son ami, mais pas une larme ne vint humecter ses yeux translucides. Elle lut froidement, sans trouble extérieur, sauf un léger tremblement à sa main déséquilibrée. »
Inutile d'en ajouter, l’auteure y a sans doute mis beaucoup d’elle-même et, avec un bon éditeur et beaucoup de coupures, elle aurait écrit un petit roman sentimental qui aurait tenu la route.
Extrait
« Il ne goûtait rien de la splendeur d'une journée de juillet: ni le soleil qui mûrit les blés, ni le vent qui chante dans les feuilles, ni la source qui gazouille en serpentant dans la vallée. Il ne goûtait que la grande misère où son âme était plongée, où elle s'était plongée elle-même, que l'affreux tourment où son cœur se débattait.
« Claire ... Michèle ... » se répétait-il et, devant lui, comme dans un rêve, il revoyait ces deux jeunes filles qui avaient conquis son cœur.
Allait-il céder à l'ardeur du premier amour?
Claire! Elle était si jolie, si douce!
Comme il se sentait épris, dans ces lieux, de celle qu'il avait abandonnée, sans motif, dans un moment de solitude!
Il jeta un coup d'œil sur sa photo, celle que Louise lui avait donnée, puis, tout haut, en plein champ, il s'écria avec l'accent du délire: « Ma petite Claire, c'est toi que j'aime le plus au monde! Pardonne-moi de t'avoir délaissée », et il regarda son sourire, franc comme le bois qui pousse, baisa sa bouche avec la réticence que lui imposait l'erreur de sa vie!
Son âme était dans la joie et le trouble que provoque une vive exaltation amoureuse! » (p. 332-333)

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Le DOLQ peut être consulté en ligne sur le site de BAnQ :
http://services.banq.qc.ca/sdx/DOLQ/

C'est très pratique.

Jean-Louis Lessard a dit...

Seulement le premier tome, pour l'instant.