5 février 2011

Les Québecquoises

William Chapman, Les Québecquoises, Québec, Typographie de C. Darveau, 1876, 219 pages.

Il s’agit de l’un des premiers recueils de poésie publiés au Québec. Louis Fréchette, Benjamin Sulte et Pamphile Lemay et quelques autres l’avaient précédé. Crémazie n’avait pas encore publié ses Œuvres complètes. Le titre nous laisse penser qu'on y parlera de la femme québécoise, mais il n'en est rien. L’inspiration, c’est la même que celle de Fréchette : la nature, la religion, la patrie. Sauf que chez Chapman, on retrouve aussi un désespoir bien naïf qui n’est qu’un succédané du « mal du siècle » des Romantiques.

Les recueils des Fréchette et Lemay n’étaient déjà pas très forts et celui-ci est au moins quelques coches en-dessous. Cela ressemble trop souvent à un devoir d’écolier qui a mal assimilé ses modèles (Lamartine surtout) et qui croit qu’il suffit de rimer haut et fort pour faire de la poésie. Tous les clichés romantiques y passent et je fais aussi bien référence aux thèmes qu’aux images employés par Chapman.

Je vais vous présenter quelques passages liés à différents thèmes.

La nature
La nature est grandiose, plus grande que l’homme, compatissante à ses malheurs, gardienne des souvenirs, à l’image de Dieu : « Moi, savourant, ému, toute la poésie / D'un soir si merveilleux, / Je me laisse bercer sur ces flots d'harmonie / Qui montent vers les cieux. // Mêlant mon faible accord aux voix de la nature / Chantant son hosannah, / Dans mon âme ravie, en secret, je murmure / Un hymne à Jéhovah! // Avec le chant du flot, l'alléluia sublime / De l'airain du saint lieu, / Le frizelis du vent, la clameur de l'abîme, / Moi je dis: Gloire à Dieu! »

Voici le début du poème sur le fleuve St-Laurent : « Salut, ô fier géant, ô fleuve romantique, / Qui, courant t'abîmer au sein de l'Atlantique, / Reflète dans tes eaux le ciel du Canada, / Le ciel de mon pays enivré d'espérance, / Et qu'aux noms tout-puissants du Christ et de la France, / L'immortel Cartier aborda! »

Le patriotisme
Des poèmes célèbrent la victoire de Carillon, Dollard des Ormeaux, Madeleine de Verchères, Louis-Joseph Papineau... Pour ce qui est de ce dernier, le poème de Chapman évoque sa mort : « Il n'est plus; mais toujours aux fastes de l'histoire, / En caractères d'or rayonnera son nom, / Exaltera les cœurs, comme un cri de victoire, / Comme la clameur du canon! // Et lorsque trois mille ans auront fui sur le monde, / Le passant, le nommant, dira, le front rêveur: / "Cet homme, en combattant l'oligarchie immonde, / "Fut du Canada le sauveur!" »

Les légendes
Chapman rappelle la légende de Cadieux et raconte dans deux poèmes très narratifs l’histoire d’un couple mixte qui tourne mal : dans « L’Algonquine », une indienne se venge d’un prêtre qui a forcé son fiancé blanc à la quitter. Dans « La vengeance huronne », c’est le père huron qui assassine sa fille et son amant blanc.

La religion
« Le vendredi saint » m’a semblé le poème le mieux développé sur le sujet. Chapman raconte les différentes étapes qui mènent à la crucifixion du Christ : « On l'étend sur la croix, tout criblé de blessures, / Dans ses mains et ses pieds on enfonce des clous, / On redouble de cris, on redouble d'injures, / Devant lui, par risée, ou fléchit les genoux. // Or, lorsque le gibet fut élevé de terre, / Des ténèbres sans nom s'abattirent des cieux, / Enveloppant le roc d'un immense suaire; / Le silence se fit comme au fond d'une bière, / Et l'oiseau suspendit son vol audacieux. // Et le Christ expirant, dont la plèbe se joue, / Promenait dans le vague un regard de pardon; / Et la mère, à genoux dans le sang et la boue, / Se désolait muette en son triste abandon. »

L’amour
Certains poèmes donnent l’impression d’être autobiographiques : Chapman raconte certains souvenirs d’enfance dans sa Beauce natale, mais aussi ses premiers amours : « J'avais vingt ans. J'aimais une enfant jeune et folle, / Une enfant au cœur noble, à l'âme de créole, / A l'œil noir et perçant; / Souvent, quand la soirée était limpide et belle, / Nous allions tous les deux errer dans ma nacelle / Sur le lac frémissant. // Bien des fois nous allions, sous l'épaisse fouillée, / Ouïr le rossignol mêlant sa voix perlée / Aux soupirs des ruisseaux, / Respirer les senteurs des pins et des mélèzes, / Ou bien piller aux champs les mûres ou les fraises, / Ainsi que les oiseaux. // Que j'aimais à la voir courir dans la rosée, / Le chapeau sur le dos, la robe retroussée, / Et les cheveux au vent! / Que j'aimais à la voir au bord de la fontaine, / Mirer ses dents de nacre—ainsi qu'une sirène, / Dans le cristal mouvant! »

En plus de ces poèmes d’inspiration romantique, on trouve plusieurs poèmes de circonstances. Dans l’un dédié à Louis Fréchette, celui-là même qui deviendra son pire ennemi, il célèbre son retour au Canada : « Guerrier de la pensée, à la voix magnifique, / Tu reviens travailler à l'œuvre pacifique / Pour laquelle longtemps tu fus trop méconnu; / En dépit des clameurs de ce siècle en délire, / Tu reviens caresser les cordes de ta lyre… / Oh! sois le bienvenu! » D’autres poèmes sont dédiés à Crémazie, Évanturel et à quelques illustres inconnus de ses amis.

En plus de le citer fréquemment, Chapman nous offre la traduction de quelques poèmes de Longfellow.

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