13 février 2011

Les Perce-Neige

Napoléon Legendre, Les Perce-Neige, Québec, Typographie C. Darveau, 1886, 222 pages.

Le recueil est divisé en cinq parties. Les saisons donnent leur titre aux quatre premières. Cette tentative d’harmoniser le recueil me semble peu rigoureuse, car le fil est très lâche. Comme cinquième partie, la plus longue, Legendre a ajouté une suite de poèmes sans lien entre eux.

Le printemps
Rien n’est plus simple que cette poésie. Le printemps est arrivé, le soleil rayonne, les roses embaument et les oiseaux gazouillent. La nature nous invite à partager sa joie : « C’est le printemps, c’est la jeunesse, / C’est le réveil de l’univers ; / C’est la mystérieuse ivresse / Qui frémit sous les arbres verts : / Et, puisqu’ici bas tout s’enivre, / Les oiseaux, les feuilles, les fleurs, / Enfants, vous qui vous sentez vivre, / À l’allégresse ouvrez vos cœurs. » Mais le printemps, c’est aussi le début de la vie, la petite enfance, c’est une période de bonheur, d’innocence et de pureté, qu’on ne peut que regretter : « Ah ! coule, sang pur de l’enfance, / Lentement et sans te presser ; / Dérobe à l’heureuse innocence / Le feu qui devra l’embraser.»

L’été
Sa vision de l'été est assez surprenante. La première image que Legendre en donne, c’est celle de la nuit, de l’apaisement. Paradoxalement, dans un autre poème, la nuit est associée à la mort : « Pensez à Dieu ! pensez à votre dernière heure : / La mort aime la nuit ; / Peut-être elle viendra marquer votre demeure, / Quand sonnera minuit ! » Bref la nuit nous invite à renouer avec le Créateur, à prier. Cette partie se termine comme elle a commencé : « La nuit descend, la mer immense / Se fond à l’horizon parmi / Les grands nuages ; le silence / Plane sur le bourg endormi. » En passant remarquons l’usage que Legendre fait des rejets et contre-rejets.

L’automne
Legendre nous offre quelques images d’Épinal de l’automne, mais l’essentiel n’est pas là. L’automne aussi impose des images de la vieillesse et de la mort. « Pleurez les morts ; la froide nuit / Les enveloppe de son ombre, / Et la blanche étoile qui luit / N’éclaire pas leur tombeau sombre. » Vieillir, c’est souffrir : « Plus tard, la route devient dure, / Et le soleil luit moins souvent ; / Les nuits ont moins de songes roses, / Et, si l’on connaît plus de choses, / Hélas ! on souffre plus ! »

L’Hiver
L’hiver apporte son lot de joies, telles cette première neige qui « nous baigne la figure » ou encore « La ronde immense [des patineurs qui ] se déroule / Sous les yeux ravis de la foule ». Courts instants de bonheur qui ne dure pas : « C’était la première bordée, / Et la neige faisait plaisir ; / Depuis... vous n’avez pas d’idée / Comme la neige fait souffrir ! » Et si on entre « chez le pauvre en hiver », la saison perd ses derniers charmes : « Par les ouvertures mal closes / Entre le vent glacé du soir ; / On croit voir de lugubres choses / Au fond de l’âtre froid et noir. »

Mélanges
Comme l’annonce le titre, cette partie est en quelque sorte un fourre-tout : on y retrouve quelques poèmes de circonstances (la célébration de la St-Jean, les retrouvailles dans son alma mater, le jour de l’An), quelques poèmes à tendances sociales (il est très sensible à la pauvreté, il croit que le siècle dégénère), mais surtout des poèmes qui exhortent les gens aux bons sentiments. Legendre se présente souvent comme un guide ; va encore lorsqu’il s’adresse aux enfants, mais il fait aussi la leçon aux plus vieux. Il prêche le partage, le souci de l’autre, la modération. Revient encore l’idée qu’une fois la jeunesse passée, la vie est un jardin de ronces qu’il faut traverser avec courage. Dans le dernier poème du recueil « Autrefois et maintenant », il conclut ainsi : « Donc, je conclus, avec les vieux, / Qu’aujourd’hui, ça ne va plus guère, / Que, de leur temps, tout était mieux, / Et que le monde dégénère. »

Souvenirs
L’ombre s’allonge dans la plaine,
Et, sur le grand chemin qui mène
Jusqu’aux confins de l’horizon,
Je vois encor la blanche trace
Du gros attelage qui passe
Tout auprès de notre maison.

Les troupeaux entrent à l’étable,
Tandis que, sous le vieux érable,
Nous arrêtons soudain nos jeux ;
Car, c’est l’heure de la prière,
Et la cloche invite la terre
A porter son cœur vers les cieux.

L’ombre s’épaissit davantage
Et, vers l’ouest, un gros nuage
Voile le ciel décoloré ;
On se parle encore à voix basse,
Puis, bientôt, la paupière lasse
Se clôt sur un songe doré.

Telle est l’enfance calme et pure ;
Plus tard, la route devient dure,
Et le soleil luit moins souvent ;
Les nuits ont moins de songes roses,
Et, si l’on connaît plus de choses,
Hélas ! on souffre plus ! Pourtant,

Ces fleurs des premières années,
Écloses à peine et fanées,
De l’âge remontant le cours,
Souvenirs que le coeur écoute,
Viennent refleurir notre route
Et parfumer nos derniers jours.



Napoléon Legendre sur Laurentiana
Le Perce-neige

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