12 décembre 2007

Noël d'antan (4)

NOËL D'ANTAN

Minuit sonne au beffroi de givre recouvert.
Les cloches en prière ouvrent grandes leurs ailes
Dont l'essor généreux à l'horizon désert,
Répète avec douceur l'hosanna des fidèles.

La neige étale aux champs sa princière beauté ;
Une étoile a surgi tout à coup d'un nuage,
Et dans le soir rêveur par la lune argenté,
Un long frisson d'émoi descend sur le village.

Sous un toit en lambeaux, un enfant dans son lit
Tousse en mêlant sa plainte aux baisers d'une mère
Qui, malgré sa douleur, le contemple et sourit,
Songeant à l'Enfant-Dieu naissant dans la misère.

Près de la lampe éteinte et le front dans la main,
J'écoute, en regardant l'âtre qui brille et fume,
La bise sangloter au fond du ciel lointain,
Des grands pins dénudés la secrète amertume.

Malgré les froids aigus de cette nuit d'hiver,
Sortant de leur paisible et rustique chaumière,
Joyeux, des campagnards, vont d'un pas noble et fier,
Vers l'église où des voix chantent l'heureux mystère.

D'autres — les vieilles gens — dans leurs rudes traîneaux
Unissent leurs chansons à ceux qui, sur la route,
Se redisent entr'eux quelques noms amicaux,
Emportés par le vent vers la céleste voûte.

Les orgues éveillées déchirent leur ennui ;
L'encens parfume l'air et monte vers la crèche
Où le cierge d'or brille en éclairant Celui
Qui dort paisiblement sur de la paille fraîche.

0 Noël ! il suffit d'un indicible accent,
D'un refrain de berger, pour que comme les Mages,
L'homme éloigné de Dieu revienne triomphant,
Déposer à ses pieds de repentants hommages.

(Ulric Gingras, La Chanson du paysan, 1917)

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