1 mai 2012

Jacques et Marie


Napoléon Bourassa, Jacques et Marie. Souvenirs d’un peuple dispersé, Eusèbe Senécal, 1866, 306 pages. (publié d’abord dans la Revue canadienne de juillet 1865 à août 1866)

Dans sa préface, Bourassa explique la genèse de son roman et ses intentions. Lui-même descendant d’Acadiens venus s’établir à Montréal, il a voulu rendre hommage à ces « humbles mais héroïques infortunés » qui ont traversé l’Amérique pour trouver une terre d’exil qui leur convenait : « Le récit que je vais offrir aux lecteurs de la Revue résume les  impressions vagues qui me sont restées de tous ceux que j'ai entendus dans mon enfance sur les Acadiens, et il rappellera le plus fidèlement possible l'existence éphémère d'un peuple que la Providence semblait destiner à une vie nationale plus longue et plus heureuse, tant elle avait mis en lui de foi, d'amour et d'énergie. » Il insiste pour dire que son roman ne doit pas être lu comme une revanche contre l’Anglais oppresseur : « J'ai pris pour sujet de mon livre un événement lugubre, conséquence d'un acte bien mauvais de la politique anglaise ; mais ce n'est pas pour soulever des haines tardives et inutiles dans le cœur de mes lecteurs : à quoi bon ? tous les peuples ne conservent-ils pas dans leurs annales des souvenirs qui rappellent des crimes affreux qu'ils ont expiés, ou dont ils porteront la tache durant les siècles? »

Grand-Pré, 1749. Jacques Hébert (18 ans) et Marie Landry (13 ans), malgré leur différence d’âge, sont amoureux. Devant l’obligation de prêter allégeance à l’Angleterre et la menace de se voir expropriée, la famille Hébert décide de fuir et d’aller s’établir dans la région de Beaubassin, encore territoire français à l’époque. Jacques promet à Marie de revenir au printemps. Les années passent et Jacques ne revient pas. On ne sait même pas s’il est encore vivant.

Nous voici en 1755. Un jeune officier anglais, Georges, courtise Marie depuis deux ans. Celle-ci, toujours amoureuse de Jacques, le tient à distance. Au début de septembre, les événements se précipitent : tous les hommes de plus de 10 ans sont convoqués à l’église de Grand-Pré. La Déportation est commencée. Pour sauver ses parents, Marie vient près de céder aux avances de Georges. Le retour de Jacques, prisonnier des Anglais, la ramène sur le droit chemin du patriotisme. Condamné à mort pour avoir mené une guérilla contre l’armée anglaise, il est sauvé in extremis par des maquisards amis.

L’embarquement sur les bateaux de l’exil commence : les Anglais ne respectent pas la parole donnée, à savoir qu’ils ne sépareraient pas les familles. Le lieutenant Georges, francophile au fond et toujours amoureux de Marie, se révolte. Jacques et ses amis maquisards lancent une action punitive contre les dirigeants anglais, mais épargne Georges.

Quelque temps passe. On retrouve Marie et les Hébert dans la région de Boston. George veille sur eux à distance et organise leur retour en Nouvelle-France. Ils s’installent à Lacadie. Jacques, entre-temps, se comporte en héros lors de la bataille de Sainte-Foy. Sur le champ de bataille, il découvre le lieutenant Georges, blessé à mort : ce dernier lui apprend que Marie et son père doivent être de retour en Nouvelle-France. La guerre finie, plutôt que de s’embarquer pour la France, Jacques prête le serment d’allégeance et se lance à la recherche des siens. Il arrive juste à temps pour assister à la mort de son père. Le roman se termine par son mariage avec Marie.

Le roman de Napoléon Bourassa a beaucoup de qualités : d’abord, l’auteur écrit très bien, quoique son style d’écriture convienne mieux à un essayiste. En fait, il se démarque quand il s’agit d’analyser une situation psychologique, sociale ou militaire. Il ratisse large et bien comme on dit. Cette qualité, malheureusement, est quasiment un défaut quand on écrit un roman. La narration proprement dite des actions, qui touchent nos deux héros, est constamment repoussée pour céder la place à des digressions historiques, certes bien faites, mais lourdes dans un roman. Ces digressions sont trop souvent présentées comme des tableaux figés desquels les personnages principaux sont exclus. On pourrait dire aussi que les éléments dramatiques du roman (l’embarquement de Marie sur le bateau de l’exil, ses retrouvailles avec Jacques à la toute fin) ne sont pas assez exploités. D’un autre côté, ce parti-pris atténue le pathétisme dont l’histoire est porteuse.

C’est un roman historique dans la plus pure tradition : une intrigue amoureuse fictive vient agrémenter une trame historique. L’auteur donne beaucoup de détails sur les accrochages qui ont lieu ici et là entre les Français et les Anglais. Tout cela est un peu difficile à suivre si on ne connait pas très bien l’histoire des Acadiens entre 1749 et 1755. Les Anglais sont présentés sous un jour assez odieux (lire l'extrait). Le patriotisme, le sens de l’honneur demeurent des valeurs qui supplantent le sentiment amoureux, comme c’est le cas dans pareils romans : « Quant au père Landry, il ne variait pas ostensiblement de langage et d'habitudes depuis l'entrée de son jeune hôte dans sa maison : il était toujours affable, également jovial avec lui ; mais quand l'occasion s'en présentait, dans l'absence de l'officier, il ne manquait pas de réciter les deux phrases suivantes qu'il tenait comme des axiomes de ses pères : " Qu'une Française n'a pas le droit d'aliéner le sang de sa race ; et, qu'une fille des champs qui songe à s'élever au-dessus de sa condition est presqu'une fille perdue." »

Napoléon Bourassa - BAnq
Émile Achard a présenté une version revue de ce drame (Montréal, Librairie Générale Canadienne, 1944, 4 tomes). Il semblerait qu’il l’ait pour ainsi dire réécrite.

Extrait
Alors commença le triage des jeunes et des vieux. À mesure que les prisonniers franchissaient le seuil du petit temple, les gardes qui se trouvaient au porche séparèrent les enfants d'avec leurs pères, comme le maître d'un troupeau sépare les agneaux qu'il envoie à différents marchés. Les malheureux crurent que c'était tout simplement une mesure d'ordre et de précaution. Winslow leur avait dit que les familles s'en iraient ensemble; ils se fiaient à cette promesse, confiants encore dans la bonne foi de ces hommes qui les avaient si impudemment trompés. Rien ne pouvait détruire la crédulité de ces âmes honnêtes ; elles ne s'habituaient pas à croire qu'on pouvait si souvent mentira un peuple. Ils se séparèrent, donc sans se faire leurs adieux, pensant se rencontrer un instant plus tard, sur le môme vaisseau, avec leurs femmes, leurs mères et leurs filles; et cette idée de se retrouver encore tous ensemble tempérait dans leurs cœurs les angoisses du départ; ces quelques jours de séparation leur avaient fait désirer l'exil qui devait les rendre au moins aux affections de leurs foyers... Ils obéirent tous sans murmurer à ce qu'ils croyaient être les dispositions nécessaires de l'autorité.
Les jeunes gens furent mis à l'avant, distribués par rangs de six, et les vieillards, placés à leur suite, dans le même ordre, attendirent avec calme le signal du colonel pour s'acheminer vers la côte. Tous étaient résignés; il ne s'élevait pas une réclamation du milieu de cette foule ; au contraire, quelques-uns semblaient refléter sur leur figure cet enthousiasme que les martyrs apportaient sur le théâtre de leurs tortures ; beaucoup d'entre eux croyaient véritablement souffrir pour leur foi : à leurs yeux, le serment qu'on avait voulu leur imposer était un acte sacrilège. Mais Butler vint bientôt soulever une tempête dans leurs cœurs pacifiés, en commandant aux jeunes gens de s'avancer seuls du côté des vaisseaux :
— Il faut que vous montiez à bord avant vos parents.
Tous se récrièrent:
— Non, non ! nous ne voulons pas partir sans eux!... Nous ne bougerons pas à moins qu'ils ne nous suivent!... Pourquoi nous séparer ?... Nous sommes prêts à obéir, mais avec eux... Nos parents ! nos parents !...
En même temps ils se retournèrent pour aller se confondre dans les rangs de ceux-ci. Mais ce cri de leurs entrailles avait été prévu, et ils trouvèrent derrière eux une barrière de soldats qu'ils ne purent enfoncer, et devant laquelle ils s'arrêtèrent, protestant toujours avec la même fermeté. Butler cria à ses gens de marcher sur eux et de les pousser à la pointe de leurs armes. Ces hommes n'attendaient qu'un ordre semblable pour satisfaire leur haine. Ils s'élancèrent donc, dirigeant des faisceaux de baïonnettes vers ces poitrines trop pleines d'amour, contre ces bras levés vers le ciel, sans armes, et qui ne demandaient qu'un embrassement paternel! Le sang de ces enfants coula devant leurs mères, devant leurs vieux parents qui leur tendaient aussi les bras, mais qui, voyant pourquoi on les blessait, les prièrent de s'en aller sans eux, sans s'inquiéter d'eux...
Ils furent bien obligés d'obéir; ils n'avaient d'autre alternative que celle de se faire massacrer sous les yeux de ceux qu'ils aimaient. Ils tournèrent la face du côté de la mer et s'avancèrent au mouvement rapide que leur imprimait les armes que les troupiers tenaient toujours fixées sur leurs reins.
Mais bientôt leur marche précipitée se ralentit, on les laissa respirer. On vit que c'était se lasser inutilement que de poursuivre ainsi des gens soumis. Leur acte n'avait pas été une révolte inspirée par la colère, mais le premier mouvement de cœurs qu'on vient de briser: maintenant, dépouillés du dernier bien de leur vie, de la seule consolation qu'ils pouvaient apporter dans leur exil, la société et l'affection de leurs parents, ils ne faisaient entendre aucune menace, aucune imprécation; ils souffraient seulement, beaucoup, mais sans faiblesse, comme des hommes chrétiens savent souffrir. » (p. 244-245)

Lire le roman : Internet archives
Lire l’article de Roger Le Moine, dans le DOLQ

Sur l’Acadie
«Évangéline» dans Essais poétiques

20 avril 2012

Napoléon Tremblay


Angus Graham, Napoléon Tremblay, Montréal, Beauchemin, 1945, 405 pages (traduit par André Champroux) (1re édition : R. Hale Limited, 1939, 336 pages)

Angus Graham est né à Skipness (Écosse) le 3 avril 1892 et mort à Édinbourg le 25 novembre 1979. Cet ingénieur forestier a vécu 12 ans au Québec, travaillant pour la compagnie Price et pour le gouvernement.  Le roman Napoléon Tremblay, plutôt sympathique aux Canadiens français, fut écrit après son retour chez lui.

Difficile de dire avec précision où se déroulent les aventures de Napoléon Tremblay, Angus Graham ayant modifié le nom des lieux. On peut toutefois en déduire que l’essentiel se passe dans le bas du fleuve, à l’intérieur des terres entre Rivière-du-loup et Trois-Pistoles (baptisé Trois-Visons). Quant à l’époque, on est fixé : le récit commence en 1920 et se termine en 1936.

Partie 1
Jeanne Gagnon, dont la mère est autochtone, est de retour au village après avoir donné naissance à un enfant que la communauté montagnaise a adopté, ce qui a sauvé les apparences. Voulant l’éloigner du village, le curé lui a trouvé un mari : Napoléon Tremblay, un garçon pas trop déluré. Et il a même trouvé un poste de gardien de barrage sur le lac Touladi à ce dernier. Perdue dans les bois, Jeanne s'ennuie. Pourtant, elle ne fait rien dans la maison qui est plutôt un « camp ». Elle donne naissance à une petite fille. Pendant l'absence de don mari, elle reçoit des hommes et dans une bousculade avec l'un d'eux, elle tombe à l'eau et se noie. Dommage pour elle, car Napoléon courait lui annoncer qu’il avait découvert de l’or dans une rivière.

Partie 2
Napoléon est plutôt dépressif. Il en oublie même sa découverte. Il a quitté son travail et il habite à l’auberge de sa belle-famille avec sa petite-fille. Son beau-père étant décédé, c’est maintenant son beau-frère Philippe qui possède l’auberge. Ce dernier fait de la contrebande d’alcool. Sans trop poser de question, Napoléon travaille pour lui. Lors des élections, Gagnon fournit de l’alcool à l’un des partis et se fait beaucoup d’ennemis. Finalement, la police réussit à l’arrêter. Absent lors de la descente, Napoléon s’en tire.

Partie 3
Se croyant recherché par la police, il s’engage dans un camp de bûcherons et y passe l’hiver. À l’été, il s’engage sur une goélette. Durant un voyage sur la Côte-Nord, il entrevoit brièvement sa fille, maintenant avec sa grand-mère chez les Montagnais. Il passe un second hiver dans les chantiers. Une lettre du curé lui apprend qu’il n’a jamais été recherché par la police.

Partie 4
Dans son hiver au chantier, il s’est fait un ami : Ozias Potevin. Ce dernier l’aide à trouver un poste de surveillant sur l’Ile-aux-Basques. L’Île vient d’être acquise par la Société d’histoire naturelle qui entend protéger les moyacs (les eiders) et la héronnière qui s’y trouvent. Des braconniers viennent voler les œufs des canards, ce qui menace la colonie d’eiders. Napoléon tombe amoureux d’une fille, mais finit par réaliser qu'elle est de mèche avec les braconniers. Il rencontre aussi une autre femme qui, par son intelligence, finit par gagner son amour : il s’agit de Marie-Ange, la sœur de son ami Ozias.

Partie 5
Napoléon essaie de revendiquer le terrain (claim) où il a trouvé des pépites d’or. Peine perdue, il appartient à une compagnie anglaise. Il décide de s’établir dans une paroisse qui ouvre à la colonisation : Sainte-Rose-du-lac. Il achète un lot, s’y installe avec Marie-Ange (qu’il a épousée) et Marie-Thérèse, sa fille. Pour le reste, on assiste aux efforts d’implantation des nouveaux colons et à l’abatis qui clôt la saison. Napoléon, qui a quelques économies, achète le bois des colons à bas prix. Ce faisant, il s’endette espérant retirer un fort profit lorsque la route qui mène à leur paroisse sera terminée.

Partie 6
Un curé entreprenant arrive dans la paroisse. Le gouvernement, critiqué pour le peu d’efforts qu’il offre aux colons, décide de faire sa part en construisant une route et en subventionnant la colonisation. Sainte-Rose-du-lac en profite. Des enfants naissent à Napoléon et Marie-Ange. Celui-ci possède maintenant un moulin à scie et est devenu prospère. Son ancien beau-frère, de retour des États-Unis, toujours aussi malhonnête, essaie de le faire chanter. Il est emprisonné. La Crise survient. Napoléon, déjà riche, en bénéficie : il bâtit magasin, hôtel et continue de marchander le bois.

Partie 7
Quand le terrain qu’il convoitait est retourné au domaine public, Napoléon s’empresse d’aller enregistrer son « claim ». Ayant en main quelques échantillons, il se rend jusqu’à Toronto pour vendre son droit de propriété à une compagnie susceptible de l’exploiter. Or ses pépites ne sont rien d’autre que de la pyrite de fer. Malgré tout, on trouve du plomb sur son lot. Napoléon continue donc de s’enrichir. Le roman se termine par l’annonce du mariage de sa fille Marie-Antoinette, seize ans.

Le roman est conçu comme un best-seller, avec intrigue, machination, coups de théâtre, personnages stéréotypés. Graham décrit la montée d’un «self made man». En toile de fond défile le Québec des années 20. Plusieurs milieux ou aspects sont décrits : la foresterie, l’agriculture, la faune, les mines. Il est évident que Graham connaît beaucoup le domaine forestier et le fait qu’il soit ingénieur apparaît dans la description des lieux géographiques. Il est dommage qu’il n’ait pas attribué aux lieux leur vrai nom. Dernière remarque : la transcription du français québécois est très particulière. Par exemple : « tu n’as qu’une piastre à payer » devient « y a eun’ pias’ à payer ». Cependant, quand un Anglais s’essaie au français, cela devient presque incompréhensible « Broule pâa! Fo pâa broulaie – dansgerous – broulaie laie limitss, comprie? » (Traduction : Ne brûle pas, il ne faut pas brûler. C’est dangereux de brûler les limites, compris? »

Extrait
Mais quel bel objet de contemplation que Gabrielle pour un jeune homme dans l'isolement ! Quand toute visite à la ferme était impossible, Napoléon restait paisiblement assis dans son bateau ou dans une certaine crevasse du rocher, évoquant toutes ses perfections, toutes les choses merveilleuses qu'elle trouvait à dire ou à faire. Avec quelle pénétration elle savait dire: « Ah ! Oui. » en réponse à une de ses suggestions; quelle, vivacité d'esprit transparaissait dans un simple « j'cré ben »; quelle candeur dans ce: « Pense pas »; et quelle finesse dans ces: « Mais pourquoi ? » et « Pas d'dange ! »
Napoléon semblait capable de se rappeler mot à mot toute sa conversation et sa façon de lever les yeux, de les baisser, de vous regarder de côté, ses haussements d'épaule, ses soupirs, et jusqu'aux moindres gestes qui complétaient le charme.
Mais le meilleur souvenir était celui du jour où il lui avait apporté un plein sac d'édredon: elle avait commencé par le tâter de ses doigts rosés et potelés, puis, en prenant une grosse poignée, elle y avait posé sa joue, tandis que son visage rayonnait de volupté à ce douillet contact. Ce sourire, cet éclat, ce feu, cette joue tendue sur laquelle s'égarait une boucle de cheveux, ce bourrelet blanc et satiné au coin de la mâchoire — car même un double menton peut être séduisant en sa prime jeunesse — tout cela avait transpercé le cœur de Napoléon et ébranlé jusqu'aux tréfonds de son âme. Et alors, le regardant du coin des yeux, elle avait murmuré: « Ah! qu'c'est doux! »
De tels éclats émotifs rendaient Napoléon absolument inapte à supporter les autres femmes, qui se trouvaient plus nombreuses à Trois-Visons qu'on eût pu croire d'après les simples apparences extérieures. Une, entre autres, lui semblait du dernier détestable: une belle petite de la boutique où il achetait son tabac; il en vint donc à transférer sa pratique ailleurs à seule fin d'éviter ses minauderies. (p. 198-199)

11 avril 2012

La Petite Aurore

 
Émile Asselin, La Petite Aurore, Montréal, A. C. C. I. film, 1952, 286 pages.

Émile Asselin est un comédien qui a joué à plusieurs reprises Aurore au théâtre. C’est à la demande de J. M. de Sève, qui avait acheté les droits sur l’histoire, qu’il a écrit ce roman. Comme le texte dramatique était très mince, Asselin a reçu le mandat de le développer afin qu’on puisse en faire un film. Asselin va aussi écrire le scénario que Jean-Yves Bigras tourne en 1952, film qui a obtenu un grand succès (750 000 entrées).

L’histoire est tellement connue que je vais la résumer à gros traits. Comme on s’en doute, les noms des personnages et des lieux ont été changés. L’action ne se passe plus à Fortierville mais à Normandville, et les Gagnon sont devenus des Andois.

Théodore Andois a épousé en deuxièmes noces Marie-Louise, la servante qui s’est installée chez lui quand sa première femme est tombée malade. Ils avaient chacun un enfant : Maurice et Aurore.

Après la mort de sa mère, Aurore est allée habiter chez sa tante Malvina. Elle n’aime pas sa belle-mère qu’elle appelle madame. Elle s’est rendu compte que cette dernière a précipité la fin de sa mère. Il faudra que le curé insiste pour qu'elle revienne chez elle.

Aurore est une petite fille parfaite. Son père voit en elle une réplique de sa première femme, ce qui irrite la belle-mère. Cette dernière n’a qu’une idée en tête : la détruire. Mais la jalousie n’explique pas complètement le caractère cruel de cette femme. Asselin nous fait comprendre qu’elle jouit du plaisir sadique qu’elle ressent à maltraiter Aurore. Ce qu’elle veut détruire, c’est la beauté, la féminité de cette petite fille. « Privée de sa plus grande source de jouissance, elle couvait sa belle-fille d'un regard haineux, attendant des opportunités de recommencer ses sauvageries. Elle épiait chacun des mouvements de la petite et le levain de la jalousie fermentait de plus en plus dans son cœur. Les marques physiques de la féminité de l'enfant provoquaient des sursauts de colère sourde en cette femme au cerveau désaxé par l'emprise passionnelle des transes envieuses. Aussi ne perdait-elle aucune occasion de meurtrir la fillette aux endroits dont la vue attirait la rancune jalouse. Il lui revenait toujours à l'esprit que le père avait trouvé sa fille belle, et elle continuait à ravager cette beauté. »  On le dit à mots à peine couverts, mais elle s’attaque à ses organes génitaux : «Aurore n'avait pas le dos tourné que la marâtre retirait soudain le tisonnier du brasier. Il était rouge. Le glissant sous la jupe de l'enfant, elle se mit à le lui promener entre les cuisses. La fillette poussa un hurlement de douleur et voulut s'enfuir mais elle tomba de faiblesse. Marie-Louise la rejoignit et posa de nouveau le tisonnier sur la chair. Aurore agitait les jambes et roulait sur le plancher pour échapper au supplice. Dans l'agitation, sa robe resta un moment levée et la belle-mère se mit à lui griller le ventre… » Elle finit même par considérer que c’est l’enfant en son sein (elle devient encore plus cruelle à partir du moment où elle est enceinte) qui exige les souffrances et la mort d’Aurore (lire l’extrait). Voilà pour les motivations qui expliquent le comportement.

Les atrocités que subit la jeune Aurore sont tellement extrêmes que la société québécoise a souvent préféré les traiter sous le mode de l’humour. Tel n’est pas le cas dans le roman. Contentons-nous de les énumérer : Marie-Louise fait en sorte qu’Aurore ait des poux pour lui couper sa belle chevelure; elle découvre en la frisant qu’il est si facile et agréable de lui brûler le cuir chevelu; elle manipule tant et si bien son mari qu’elle l’incite à deux reprises à battre sa fille avec beaucoup de violence (lanières et manches de hache); pur plaisir sadique, elle ajoute du savon liquide dans sa boisson gazeuse; elle la force à manger des sandwiches au savon; elle lui cogne la tête contre les murs; elle lui  administre des coups de coude dans le bas du ventre; elle lui brûle au petit tisonnier les cuisses et le bas du ventre; elle lui plaque les mains sur le poêle; elle lui fait débouler l’escalier.

La fin de l’histoire est semblable à ce qui s’est passé dans la réalité : Marie-Louise est condamnée à la pendaison, mais sa peine est aussitôt commuée en prison à vie parce qu’elle est enceinte. Elle aurait donné naissance à deux enfants monstrueux et aurait passé le reste de sa vie (morte à 40 ans d’un cancer) dans un asile d’aliénés. Sa fin donne dans le mystique : Aurore, sous les traits d’un ange, vient la chercher. Quant à Théodore, condamné à 10 ans de travaux forcés, il serait revenu dans son village au bout de cinq ans et aurait refait sa vie.

On aura beau dire et en rire, la véritable question qui nous vient à la lecture de ce mélo est la suivante: comment expliquer que cette histoire, d’une violence inégalée dans la littérature québécoise, ait pu faire courir les foules pendant plus de trente ans? Qu'est-ce que le Canadien français pouvait bien trouver dans ce drame? En quoi ce trio (la mère marâtre, le mari bafoué, l’enfant martyr) pouvait-il le rejoindre? Jacques Ferron est un des premiers à avoir posé la question en ces termes. «Quelle est la signification de ce mélodrame ? On préférerait qu'il n'y en ait pas. Aurore l'enfant martyre, quelle horreur, quelle insanité! Là-dessus nos beaux esprits furent toujours unanimes. Pourtant c'est une œuvre précieuse. Un aveu, bien sûr: la mission du théâtre en ce pays, à cause de la fausseté régnante, est de faire remonter au grand jour, par une sorte de psychanalyse, l'âme refoulée du peuple. Un aveu de culpabilité collective. La marâtre, c’était tout simplement la bonne terre du Québec jusque-là maternelle, encore débordante de vitalité mais trahie au cœur même de sa génération, qui ne pouvait plus prendre soin de ses enfants et les voyait s’exiler, se perdre par centaines de milliers. » Je serais plus porté à y voir l’aliénation d’un peuple qui s’identifie aux victimes et qui se complaît dans leurs souffrances. On peut penser à Sainte-Donalda Laloge immolée sur l'autel de l'argent. Ou encore à tous ces orphelins qui peuplent la littérature québécoise des années 1930 à 1950. D’ailleurs, c’est l’un d’eux, Tit-Coq, qui prendra la relève d’Aurore dans les années 50.

Extrait
Si cette femme s'était trouvée sous observation, on aurait certainement reconnu en elle un cas pathologique tout à fait exceptionnel. Outre la croissance normale de la grossesse, le travail de gestation qui s'opérait en elle ne l'incommodait pas à la manière des autres mères. Elle ne ressentait aucun goût particulier, aucun caprice inaccoutumé, aucune fantaisie spéciale. Seul, le besoin de cruauté grandissait en elle, devenait plus violent, plus impérieux, comme s'il évoluait au même rythme que le développement de l'enfant qu'elle portait en son sein. C'est pourquoi elle s'ingéniait constamment à trouver d'autres tortures, toujours plus cruelles, pour que le martyre atteigne son point culminant en même temps que l'embryon toucherait à sa maturité. Elle en était arrivée au point que l'enfant en formation semblait demander ces explosions de fureur, les ordonner même. Quand elle les espaçait trop, une douleur lancinante lui tenaillait les entrailles et elle ne trouvait d'apaisement que dans la volupté de regarder sa victime se tordre sous les morsures de la souffrance. Cet anormal et sadique appétit, devenu vice impitoyable, aux suggestions infâmes, aux commandements irrésistibles, cet appétit accaparait aussi son cerveau, le maîtrisait et le dirigeait implacablement. Lorsque la crise montait dans la chair, l'obsession s'emparait de l'esprit; rien d'autre ne comptait plus et la volonté restait sans force comme sans action. Dans la détente, elle retrouvait toute sa lucidité, mais cette lucidité totalement désaxée, de même qu'un rayon détourné de sa ligne par une lentille aux angles réfractaires,  n'éclairait plus qu'une pensée,  toujours la même: préparer d'autres voluptés. Aussi la marâtre se montrait-elle, à certains égards, d'une prudence extrême. D'ailleurs, elle demeurait tout à fait normale dans l'accomplissement des actes quotidiens de la vie courante. L'espèce de folie intermittente dont elle souffrait ne pouvait apparaître aux yeux de quiconque la voyait agir ou l'écoutait parler aux heures où les crises la laissaient en repos. Il lui devenait donc assez facile de cacher son jeu. Et son plus grand effort consistait à maîtriser les excès de sa passion en présence des personnes à craindre. Elle tenait à se satisfaire dans l'isolement et la sécurité. » (p. 154-155)

Aurore l’enfant martyr sur Laurentiana
La Petite Aurore d’Émile Asselin
Aurore l’enfant martyre de Léon Petitjean et Henri Rollin

6 avril 2012

Aurore l’enfant martyre

Léon Petitjean et Henri Rollin, Aurore l’enfant martyre, Montréal, VLB, 1982,273 pages. (Histoire et présentation de la pièce par Alonzo Leblanc)

Un drame familial, survenu à Fortierville dans Lotbinière en 1920, est à l’origine de la pièce Aurore l’enfant martyre : une belle-mère, avec la complicité de son mari, est accusée d’avoir tellement maltraité une enfant qu’elle en est morte. La marâtre, enceinte lors du procès, est condamnée à mort et son mari, à la prison perpétuelle. Leur peine se résumera finalement à quelques années de prison. Ces informations et beaucoup d’autres, je les dois à  Alonzo Leblanc qui a mené une véritable enquête afin de reconstituer l’histoire de ce qui fut le plus grand succès populaire du théâtre québécois au XXe siècle : « De tout le répertoire théâtral québécois, Aurore l'enfant martyre est la pièce qui fut la plus souvent jouée: environ deux cents représentations par année, d'une façon quasi ininterrompue, de 1921 à 1951, ce qui donne le nombre approximatif de 5000 à 6000 représentations. »

La pièce ne fut jamais publiée. Plus encore, il n’y eut probablement jamais une version écrite de l’ensemble de la pièce. Léon Petitjean, d’abord acteur,  serait l’auteur de la première mouture en 1920. Elle ne contenait que deux actes et l’action s’arrêtait avant le procès. Ce fut un succès, malgré quelques critiques, surtout du milieu intellectuel. C’est Henri Rollin qui aurait écrit les derniers actes, après la mort de Petitjean. La pièce fut jouée partout, aussi bien en ville qu’à la campagne, au Québec qu'en  Acadie et dans les paroisses françaises de l’Ontario et de la Nouvelle-Angleterre.

Qu’en est-il du texte que Leblanc publie dans ce livre? En fait, il est en partie reconstitué. Leblanc a eu la chance de connaître Émile Asselin : en plus d’être le scénariste du film de Jean-Yves Bigras (La Petite Aurore, l'enfant martyre, 1951), il a joué dans la pièce. Leblanc a aussi interviewé d’autres comédiens qui ont fait partie de la distribution dans les années 50. Il ressort de ces rencontres que le texte n’a jamais été arrêté, qu’on l’adaptait au besoin, selon qu’on était dans un grand théâtre ou une salle paroissiale, selon la disponibilité de certains comédiens. Plus encore, le texte se limitait à une série de répliques qu’on transmettait aux nouveaux comédiens pour qu’ils puissent apprendre leur rôle. Tout compte fait, on parle ici d’un texte que Leblanc aurait reconstitué (avec l’aide de Claude Robitaille) plutôt que d’une œuvre originale.

Ce qui peut surprendre, c’est que l’histoire n’est pas un pur drame. Petitjean et Rollin ont ajouté deux personnages comiques en vue de détendre l’atmosphère. Ce sont des campagnards peu dégrossis, qui tiennent tête à l’avocat de la défense pendant qu’il essaie de réduire à néant leur témoignage incriminant. Ajoutons à cela que des chansons (plutôt pathétiques, celles-là) venaient ponctuer le spectacle.

Résumer l’histoire, est-ce vraiment nécessaire? Une belle-mère martyrise la jeune fille de son nouveau conjoint à tel point qu’elle en meurt. Le père, plutôt naïf, se laisse monter la tête par sa deuxième femme et contribue aux misères de sa propre fille. Les gens autour en ont bien un vague idée, mais ils interviennent trop mollement.

C’est un mélodrame qui joue sur le pathétisme le plus primaire. Du coup, d’autres mélodrames à succès comme Un homme et son péché et Tit-Coq nous apparaissent fondés sur de « gentils » malheurs. Tout y passe, des privations de nourriture en passant par les brûlures au tisonnier et au fer à friser; de la tartine de savon en passant par les coups de harts, de manches de hache et j’en oublie certainement.

La pièce a inspiré deux films (celui de Bigras en 51 et celui de Luc Dionne en 2005) et quelques romans, dont le plus connu est celui d’Émile Asselin. J’y reviendrai dans un prochain article.

Extrait
Scène 3
MÈRE (à Aurore) - Tu as parlé, toi!
AURORE - Non... non...
MÈRE - Tu as parlé, menteuse!
AURORE - Eh bien... oui...
MÈRE - Ah ! c'est comme ça, ma bavarde ! Tu sais ce que je t'avais dit: que je te mettrais les mains sur le poêle. Viens: je vais t'apprendre à te taire. Croyez-vous ce petit monstre qui va nous salir aux yeux des voisins? Tu vas voir comme je vais me venger. Ta crème que tu mangeais avec tant d'appétit, c'est pour mes enfants. Tu vas manger une bonne beurrée de savon. C'est bon pour toi.
AURORE - Non, non, pitié! Grâce! (Elle répète ces mots. La mère lui met les mains sur le poêle. Aurore ne crie plus et tombe à terre.)
MÈRE - Je vais t'en faire de la pitié ! Tiens : mange ça !
AURORE - Pas ça, madame, pitié, grâce ! J'peux pas manger cela.
MÈRE - Je saurai bien t'y forcer.   Si je n'avais pas peur d'être pendue, je te tuerais tout de suite.
AURORE - Non... non... je vous en prie. (Elle va se coucher.)

Aurore l’enfant martyr sur Laurentiana
La petite Aurore d’Émile Asselin
Le drame d'Aurore d'Yves Thériault

1 avril 2012

Nos Canadiens d'autrefois


Edmond-J. Massicotte, Nos Canadiens d'autrefois, Montréal, Granger Frères, 1923, 41 pages. (Introduction de Casimir Hébert, 12 grandes compositions pleines pages avec commentaires de Lionel Groulx, Marius Barbeau, Marie-Victorin, Albert Ferland, Olivier Maurault, Adjutor Rivard, Aegidius Fauteux, Victor Morin, Albert Laberge, Ernest Choquette, E.-Z. Massicotte et Rodolphe Girard.)

(Je vous invite à visionner d’abord l’album de Massiccotte : La BANQ)

Ce livre est un monument du terroir au même titre que les œuvres d’Adjutor Rivard, Lionel Groulx ou Marie-Victorin. Edmond J. Massicotte a retenu douze scènes caractéristiques de la vie des Canadiens français qui vivaient à la campagne. Ces dessins sont devenus nos images d’Épinal. Elles ont décoré bien des maisons québécoises. Mieux que tout autre peintre (entre autres Henri Julien, mais aussi Suzor-Côté, Clarence Gagnon, Horatio Walker, Frederik Coburn…), Massicotte a fixé pour toujours certaines coutumes aujourd’hui disparus.

Chaque tableau est commenté par un auteur connu de l’école du terroir. On le sait, la vie d’autrefois était largement modulé par les rites religieux : c’est ce qui ressort de ces tableaux. Sur les douze, huit sont en lien avec la religion. Seuls « La fournée du bon vieux temps », « Une veillée d'autrefois », « Une épluchette de blé-d'inde » et « Les sucres » sont profanes et encore. Par exemple, dans « La fournée du bon vieux temps », Marius Barbeau ne laisse aucun doute sur le caractère sacré du pain : « Rudes laboureurs et moissonneurs cédaient le pas à la prêtresse du logis — la ménagère ou la maman — qui entrait maintenant dans son rôle quasi sacramentel. Devenue grave et attentive, elle n'entendait plus le badinage, elle qui était débonnaire en tout autre temps. Les enfants se tenaient respectueusement à l'écart pendant que le levain de houblon fermentait dans le grand seau, que la pâte se pétrissait dans la huche ou levait dans les casseroles recouvertes d'une toile blanche, sur un banc à l'écart des courants d'air. »

Même un « anti-terroiriste » comme Laberge souligne le respect que les paysans vouent aux rites religieux : « Trainée par un cheval de labour conduit par un voisin, la voiture portant le ministre de Dieu, s'en va sur la calme route, entre les prairies, les vergers et les pâturages. Elle est précédée par un enfant qui agite une clochette. À ce signal, les ouvriers de la glèbe se prosternent au passage du pasteur portant le bon Dieu. » (Le saint viatique à la campagne) Chez Aegidius Fauteux, les paysans deviennent de petits-enfants entre les mains du prêtre : « Il y a trente ans, quarante ans peut-être qu'il administre la même paroisse. C'est le vrai pasteur de l'Évangile; il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Aussi est-ce sur des fronts soumis et dans des cœurs confiants que sa bénédiction descend solennelle et lente. Ces braves gens qui, dans un même geste de foi, courbent si pieusement leurs épaules, robustes ou frêles, comptent évidemment recevoir la visite de Dieu. » (La visite de la quête de l'enfant-Jésus)

Casimir Hébert, dans la préface, nous explique en quoi consistait le credo régionaliste (en d’autres mots « le terroir ») : « Le régionaliste fait l'une et l'autre chose; il traite nouvellement les idées universelles en les vêtant d'un costume ou national ou régional, et, tant qu'il reste classique, il dit en mots modernes, quoique à l'antique, les choses de son temps. » Certains commentaires, entre autres celui du frère d’Edmond Massicotte (il était archiviste) ont un caractère plus ethnologique : « Augets, seaux, goudilles, vont rejoindre les chaudrons et les tonneaux à l'érablière. Les arbres sont entaillés, le feu s'allume sous les vases profonds, débordant du liquide précieux et la première grande corvée populaire du renouveau bat son plein dans le décor propice des hautes futaies. De la ville, du village, des rangs, s'amènent des groupes qui visitent les sucriers. Il en résulte des parties de cartes, des concerts, et surtout des festins où s'improvisent des fantaisies culinaires dont le souvenir reste vivace. » (Les sucres, Edmond Zotique Massicotte)


Ces tableaux sont un hommage au passé, aux ancêtres. Il ne faut pas s’étonner de retrouver quelques grands-pères, gardiens des traditions du passé : « Le fils qui, lui aussi, à son tour, a fondé une famille, vient d'arriver chez son père. Dehors, il fait froid: tous sont donc chaudement vêtus. Ils n'ont pas pris le temps de dépouiller ce lourd attirail. A peine franchi le seuil de la maison paternelle, le jeune homme accompagné de sa femme et de ses enfants, se jette aux pieds du chef pour implorer sa bénédiction. On sent, dans cette hâte, l'accomplissement d'un devoir auquel il ne faudrait manquer pour rien au monde. Le grand-père élève ses mains, et, avec un sourire qui dissimule mal son émotion, il demande à Dieu de bénir sa postérité. » (La bénédiction du jour de l'an, Olivier Maurault)

Parfois, le commentaire s’attarde davantage à la composition du tableau : « Tous les invités sont de solides colons, et d'accortes fermières à qui les travaux des champs n'ont rien enlevé de leur souplesse. Voyez ces quatre partenaires de la "gigue carrée" se tenant en équilibre sur une semelle tandis que l'autre "accorde" aux crins-crins endiablés du violoneux campé sans façon sur le coin de la table; le plaisir brille dans leurs yeux, mais comme ils ne sont pas inlassables, un autre couple viendra remplacer celui qui trahira le premier signe de fatigue, et déjà un candidat s'annonce en invitant gauchement une jolie brunette à "lui faire face pour la prochaine danse," au grand désarroi de son "cavalier" qu'on regarde d'un oeil narquois. » (Une veillée d’autrefois, Victor Morin)

Tous ces tableaux n’ont pas été dessinés en vue de ce volume. Par exemple, « Une veillée d'autrefois » date de 1915. Le « Réveillon de Noël », créé pour cet album, aurait exigé six mois de travail. Dans une nouvelle édition, publiée en 1961, on a ajouté onze nouveaux tableaux et plusieurs chansons folkloriques qui les représentent. Enfin, si on trouve parfois ces illustrations en couleur, c’est qu’elles ont été coloriées après-coup.

Lire et regarder sur internet : La BANQ