19 juin 2020

Simone en déroute

Claude Mathieu, Simone en déroute, Montréal, Cercle du livre de France, 1963, 211 pages.

Dans la scène d’ouverture, Simone, une veuve de 45 ans, accable d’injures sa bru qui lui a volé son fils unique. En effet, ce dernier a laissé ses études, s’est marié et est devenu agent de commerce plutôt que médecin ou avocat, comme le désirait sa mère.

 

Simone vit dans une grande maison, seule ou presque, puisqu’elle emploie, « pour son bien », Jacqueline Lacroix, une jeune fille pas très  délurée. Une fois par semaine, elle reçoit deux habitués, le curé de la paroisse et Raoul, un veuf qui s’est épris d’elle. 

 

Un jour lui vient l’envie de bousculer cette vie devenue trop prévisible. Elle achète une superbe automobile. Le hic : elle ne sait pas conduire. Elle engage donc un chauffeur-homme-à-tout-faire, Gino, un jeune immigré italien, au grand dam de ses deux vieux amis pleins de préjugés. Commencent alors des ballades dans les environs avec son Gino qu’elle se plait à considérer comme son fils de remplacement. Bien qu’elle repousse l’idée le plus longtemps possible, elle doit finir par admettre qu’elle est attirée par ce bellâtre à l’esprit rétréci. Lentement, elle construit une image idéalisée de son Gino. Fière et orgueilleuse, il est difficile pour elle de faire les premiers pas. Pourtant, quand elle finit par les faire, le résultat est désastreux : elle n’y prend aucun plaisir, elle se sent méprisable et honteuse.

 

Il y a deux actions dans cette histoire : le lien malheureux de Simone avec son fils et le supposé lien compensateur avec Gino. L’auteur tente tant bien que mal de lier les deux et on se demande bien pourquoi. En plus du rapprochement pour le moins trouble qu’on peut faire, on se dit que ce prétexte — qui pousse une femme « bien sous tous les rapports » dans une aventure audacieuse — n’était pas nécessaire. Elle est veuve, elle a 45 ans, sa vie est platement réglée, bref on comprend qu’elle ait envie d’un amant, peu importe le comportement de son fils. 

 

Le roman est divisé en quatre parties : L’EmpireLes Invasions barbaresLe Bas-Empire et La Chute. Ce découpage nous ramène à une certaine époque où il faisait bon de référer à la  grande culture classique, une culture souvent mal assimilée qu’on déployait pour montrer sa réussite sociale. Bref, un certain rapport faussé avec la réalité. Solange, grande lectrice d’Alfred de Musset, habille son Gino d’un aura, d’un vernis culturel qu’il n’a pas, tout Italien qu’il soit.  Il faudra qu’elle couche avec lui pour réaliser qu'il n’est qu’un « barbare ».  Tout comme son fils, elle vient de trahir un monde auquel elle avait toujours cru.  

 

D’ailleurs, ici et là dans le roman, l’auteur ironise au sujet de la « grande culture ». Simone, entre en contact avec un spécialiste de Musset, qui se fourvoie en attribuant au grand poète un poème qu’elle a elle-même écrit. On est au début des années 60 : ce roman annonce le déclin d’une certaine conception de la culture qu’on enseignait dans les collèges classiques. 

 

Je ne suis pas friand des romans psychologiques, pourtant je dois admettre que les analyses dans Simone en déroute sont souvent brillantes et drôlement bien exprimées. L’action est pour ainsi dire nulle. Les personnages ne font rien, ils végètent sous nos yeux. Le roman tient donc dans les multiples méandres qui mènent Simone à la « déroute ».

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