29 mai 2020

Les murmures

Reine Malouin, Les murmures, Québec, Institut Saint-Jean Bosco, 1939, 158 p. (Préface de Marcel Montgrain)

« Je dédie ce recueil à l’amour qui remplit ma vie. » (Reine Malouin)

À l’occasion d’un concours organisé par « L’Académie de la Ballade Française et des Poèmes à formes fixes », fondée à Paris en 1930, Reine Malouin soumet une série de poèmes fixes (deux ballades, six sonnets, un rondeau, un rondel, un pantoum) et remporte le Grand prix d’Académie (1936). Les Murmures reprend ces poèmes dans la première partie du recueil.

Marcel Montgrain, un préfacier verbeux, insiste sur le parcours exceptionnel de Reine Malouin qui, malgré une « instruction moyenne, donc médiocre » devint une « autodidacte accomplie ». Il retient « l’esprit plus viril et logique de la poétesse », dont la poésie, malgré « les traces des vieux défauts de notre école littéraire », contient « certaines strophes [qui] sont des modèles de facture ».

Le recueil contient cinq parties : « Recueil de poèmes à forme fixe », « Messages et confidences », « Le temps fuit », « Vers la lumière » et « Sagesse et paix ». Il serait bien difficile de justifier l’appartenance de chacun des poèmes à l’une des parties.

L’autrice met en scène la figure du poète romantique, inspiré, épris d’absolu.  Elle semble éprouver l’urgent besoin de s’extirper d’une certaine médiocrité pour atteindre le sublime. « Mon âme, envole-toi vers tout ce qui t’élève ». La poésie est la voie choisie, mais il est difficile d’être poète dans un monde matérialiste : « Profane […] / Vous n’atteindrez jamais à la hauteur des cimes / Que le rêve réserve aux poètes sublimes! » La poésie devient une expérience mystique, que Malouin exprime avec les mots du haut-lyrisme : « Éperdu d’infini, je me perds en la nue, / Mon esprit vogue au loin dans la lumière nue, / Et pour lui, le ciel semble une chère maison ».

Beaucoup de poèmes reprennent des thèmes  romantiques comme la fuite du temps, le sentiment de la nature et l’amour. Dans la nature, s’exprime le sublime. La nature est la grande conseillère qui doit guider les humains : « Je ne me lasse pas de mêler à mon âme / La foi de la nature et sa subtilité, / Tout ce qu’elle a de grand, de noble... » Mais elle est aussi celle qui nous rappelle que l’âme est portée par un corps : « La nature sans trêve / Prêche la volupté ».

Dans ses poèmes sur le thème de l’amour, la sensualité est très présente (lire l’extrait). Le sentiment amoureux, comme la nature et la poésie, doit élever l’âme : « Mon cœur, asile de mon rêve, / Écrin secret de tant d’espoir, / Ne veut pas du bonheur d’un soir, / Mais d’un noble amour qui l’élève. »

Même si Reine Malouin est inspirée par des sentiments et idées nobles, l’expression sombre souvent dans les clichés poétiques : «  À travers la guipure ombrageante de l’arbre, / J’aperçois l’azur clair du grand ciel lumineux. » L’usage fréquent des formes fixes crée l’impression que l’autrice est plus inspirée par les règles de la versification que par le message à délivrer. Mais on lit aussi des petits poèmes sans enflure verbale, plus libres, de belle venue : « Vous ne viendrez pas! Aujourd’hui, / Je serai seule avec mon âme. / Tout mon être qui vous réclame / Se sent triste et comme réduit. »

Édition de qualité : papier coquille ivoire.

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