28 février 2016

La BEQ et le roman à dix sous

Aperçu des différentes collections
On ne soulignera jamais assez le travail titanesque accompli par Jean-Yves Dupuis depuis 18 ans pour rendre accessible notre patrimoine  littéraire. Pionnier dans le domaine, ici comme pour l’ensemble de la francophonie, sans l'aide des grandes institutions, souvent piraté par des vendeurs sans âme, année après année, il a enrichi sa Bibliothèque électronique du Québec (BEQ). Si je choisis ce moment pour attirer encore plus l’attention sur son site et son auteur, c’est qu’il est en train de créer des versions numériques des innombrables romans à dix sous publiés entre les années 40 et 60 au Québec.

On a tous entendu parler des aventures de l’agent IXE-13, l’as des espions canadiens-français, souvent à cause du film de Jacques Godbout. Certains d’entre nous, qui ont fréquenté quelque peu la littérature populaire, savent qu’Yves Thériault a écrit sous différents pseudonymes des romans de gare. Et peut-être connaissons-nous le nom de Pierre Saurel. Mais, bien souvent, là s’arrête l’intérêt des « littéraires » purs et durs pour cette paralittérature.

 « De 1944 à 1967, les kiosques à journaux, les étagères des gares et des tabagies sont couverts de ces fascicules d’une quarantaine de pages en moyenne, aux couvertures monochromes munies d’illustrations spectaculaires, d’un goût souvent douteux. On les vend 0.10$ (d’où leur surnom de «romans à dix sous»). Le prix montera à 0.15$ dans les années 60, qui verront la disparition du genre. (André Pelchat, Histoire des romans à dix sous )

Sous la rubrique « La littérature en fascicules », en collaboration avec Jean Layette, qui semble être un véritable spécialiste et un passionné du genre (il est l’auteur du Blogue de l’agent IXE-13, du Manchot et du site Littérature Québécoise en Fascicules 1941 – 1970), Dupuis nous offre quelques centaines de romans en version numérique. Pour que vous compreniez bien que ces deux « messieurs » n’ont pas chômé en février, jetez un œil à la liste des romans qu’ils ont ajoutés à la BEQ.

Déjà  numériser un livre (quand la marge intérieure est insuffisante ou que certaines encres sont à moitié effacées) est un travail fastidieux qui demande de l’attention,  surtout pour le livre fragilisé qu’on risque de casser. Mais encore, après cette étape, faut-il le relire car la numérisation n’est jamais exacte : maintes coquilles se sont glissées (des « o » lus comme des « e », des « i » devenus des « l », certains mots complètement changés...); et encore plus, on doit souvent corriger le livre (sans le dénaturer), surtout lorsqu’on travaille sur des romans à dix cents, mal écrits ou écrits trop rapidement, bourrés de fautes, d’incohérences typographiques…

Je ne connais pas ces romans à dix sous. Je connais un peu mieux le précurseur du roman populaire au Québec (curieusement des romans à 25 cents) : Le roman canadien aux éditions Édouard Garand (1923-1944). Plusieurs œuvres de cet éditeur ont été numérisées, souvent en version PDF image. Projet Québec/Canada Le Roman canadien  sur Wikisource veut rendre accessibles sous différentes formats (EPUB PDF MOBI) les 78 fascicules que nous ont laissés les éditions Garand dans cette collection. Déjà quelques titres sont disponibles en téléchargement.

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