27 janvier 2013

Les Bois qui chantent


Gonzalve Desaulniers, Les Bois qui chantent, Montréal, Beauchemin, 1930, 189 pages. (Préface de Louis Dantin)

Gonzalve Desaulniers (1863-1934) fut de la première cuvée de l’École littéraire de Montréal. Pourtant, il avait 67 ans quand parut Les Bois qui chantent. On peut imaginer que les poèmes de ce recueil ont été écrits sur une période de quarante ans et peut-être davantage. Cela explique peut-être la quantité de poèmes d’amour adolescent que contient le recueil.

Étonnant ce livre quand on pense qu’il a été écrit par un avocat devenu juge. Si je n’avais rien su de l’auteur, j’aurais pu penser qu’un coureur des bois ou un bûcheron ou un marin ou un paysan en était l’auteur. La plupart des poèmes ont pour cadre physique  la forêt, la mer (la Gaspésie à quelques occasions) ou un décor champêtre. On suppose que le juge devait vivre en ville, qu’il a eu une vie sociale : c’est tout juste si on peut le découvrir à travers quelques poèmes de circonstances. Rien sur l’espace urbain,  sur la vie citadine, sur la société. Rien sur les grands problèmes humains. Quelques références à la guerre, tout au plus, et encore à travers les yeux des paysans.

Le personnage typique qu’on rencontre dans ces poèmes, c’est celui de la jeune fille. Et que fait-elle? Telle une fleur, elle ne vit que de sa beauté. Son bonheur, c’est  de rencontrer un poète qui saura chanter ses charmes, dans un langage gracieux  que n’auraient pas renié les troubadours. « Vous souvenez-vous, vous étiez jolie? / Le flot déferlait sur le sable roux. / Pour un peu j’aurais commis la folie / Qu’on regrette alors qu’elle est accomplie. / Vous souvenez-vous, vous étiez jolie? »  Ce sont des paroles bien superficielles et il ne faut guère attendre plus de Desaulniers. Pour varier un peu le thème, il emprunte à Chateaubriand ses idylles chez les « enfants des bois », les Indiens.

Desaulniers ressassent tous les thèmes romantiques liés à la nature. La nature est le doux témoin des premiers amours; la nature est le refuge des amoureux abandonnés; la nature est la gardienne des souvenirs; la nature est le prolongement du divin. Desaulniers évoque Horace, mais on pense davantage à Chateaubriand, à Musset et, surtout, à Lamartine, par exemple  dans cet extrait qu’on pourrait multiplier : « Ne cherchons pas, goûtons cette heure évocatrice / D’un passé dont la cendre est brûlante à demi, / Et laissons de ce qui fut peut-être un caprice / Flotter le cher parfum sur le lac endormi. »

Certains poèmes ne contiennent pas plus de cinq vers, d’autres s’étendent sur plusieurs pages. Dans ceux-ci, Desaulniers raconte une histoire rimée, comme celle de ce vieil indien, cruel du temps de sa jeunesse, devenu guide de chasse, qui empêche un chasseur d’abattre une chevrette par respect pour la nature. Ou encore celle de cette jeune fiancée de 16 ans qui écrit une longue diatribe à l’adresse de son amoureux, l’encourageant à s’engager pour défendre la France, long poème que vient clore cette exhortation : «Va là-bas pour qu'un peu de tes triomphes fasse / Comme un nouveau manteau de gloire pour ta race ; / Pour que la France en toi reconnaisse les siens / O petit paysan des champs laurentiens ! » 

Vous l’aurez compris, Desaulniers n’est pas un grand poète. On suppose qu’au terme de sa vie, toute obligation sociale ayant cessé, il a décidé de laisser à la postérité des traces de son passage. Pour terminer, et c’est le bibliophile qui parle,  s’il n’a pu imposer son œuvre par son génie, il a voulu au moins que celle-ci repose dans un livre imposant (22 sur 28 cm) de belle facture.  Bien entendu, ceci ne rachète pas cela.

POUR AIMER PLUS LONGTEMPS
Je t'aime et je n'ai pas encor pu te le dire;
Quand j'hésite à livrer l’aveu qui tremble en moi.
Je ne sais quelle main farouche l’y déchire
Avant qu'il ait monté de mon cœur jusqu’à toi.

Je t’aime et quand ma lèvre indiscrète se pose
Quelquefois sur ton front qui s'offre ingénument.
Je retiens son frisson léger de peur qu’il ose
Ce que je n oserai jamais assurément.

Je t’aime et ne veux pas surtout que tu le saches.
Tu pourrais par pitié m’aimer quelques instants:
Les amours partagés ont de frêles attaches
Et je veux aimer seul pour aimer plus longtemps.

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1 commentaire:

Johanne martineau a dit...

J'ai chez moi un exemplaire de "Les bois qui chantent" dédicacé par M. Desaulniers ainsi qu'un carnet intitulé "Pour la France", dédicacé aussi. Ils appartenaient à ma tante qui a été sa secrétaire pendant plusieurs années.

Malheureusement, le livre a eu la vie dure. Il n'a pas rencontré d'humidité mais la page couverture est déchirée. Entière, mais déchirée.

Si quelqu'un est intéressé, me contacter
martineau-johanne@ hotmail.com
Merci