1 décembre 2011

L'Heure est venue suivi de Le Mirage

Monique (Alice Pépin), L’heure est venue suivi de Le mirage, Montréal, Le Devoir, 1923, 141 pages.

Le recueil compte deux pièces. L’auteure l’a dédié à sa mère.

L’Heure est venue, qui ne contient qu’un acte, a été représentée au Ritz-Carlton le 8 janvier 1923. La pièce se passe dans une villa à Montréal. Claire Marois et André Bernier se fréquentent depuis un certain temps. Claire vit avec sa mère qui perd peu à peu la vue. Quand Bernier obtient une promotion qui lui permet d’aller vivre à Paris, il demande la main de Claire. Celle-ci refuse parce qu’elle désire que sa mère, bientôt aveugle, puisse continuer de vivre dans un milieu familier.

Le Mirage est une pièce en trois actes. La première a eu lieu au Théâtre canadien-français le 20 novembre 1921. Gisèle et Philippe forment un couple mal assorti. Ils ont une enfant, Véronique. Gisèle passe ses soirées à l’extérieur de la maison, jouant dans des comédies tandis que Philippe reste à la maison, rageant en l’attendant. À la suite d’une dispute, Gisèle décide de partir. Au deuxième acte, on la retrouve à New York, quelques années plus tard. Elle vient de jouer une pièce qui lui a valu un énorme succès. Pourtant, elle n’est pas heureuse. Philippe apparaît et essaie de la forcer à revenir à la maison. Il lui fait même croire que leur fille est malade. Au troisième acte, ô surprise, Gisèle est très malade. Pourtant, seules quelques semaines se sont écoulées depuis son succès. Philippe est toujours dans le décor. En fait, il vient la visiter toutes les semaines. Elle profite d’une de ses visites pour mourir.

Malgré toute la bonne volonté du monde, il est difficile de trouver quelques qualités à ces deux pièces. Les fils sont trop gros et les personnages, caricaturaux. Le tout baigne dans les clichés romantiques et le mélodrame. C’est verbeux et mièvre : « GISÈLE - Ah ! petite Marine, vous me faites songer à ces barques qui partent sur la mer, par un beau matin ensoleillé. Elles vont, oublieuses des vents d'hier, insouciantes des tempêtes clé demain. Le soleil d'aujourd'hui leur suffit...et vogue, vogue la voile ! Vous avez l'âme de ces petites barques qui glissent sans bruit sur les flots bleus. Un jour vous comprendrez le vide de vos illusions : tout vous semblera mensonge, tristesse, amertume... et vous serez si désemparée, petite barque, si désemparée que vous vous voudrez revenir au rivage. Oh ! alors qu'il ne soit pas trop tard pour vous sauver du naufrage ! »

Le seul point d’intérêt, pour un lecteur de notre temps, ce sont les discours que tiennent les personnages sur les relations maritales. C’est l’époque où la femme, en se mariant, acceptait le joug d’un mari. C’est aussi l’époque où un certain féminisme commençait à poindre :

« PHILIPPE : On ne refait pas un caractère, on le plie, mais on ne le refait pas. Gisèle est un être vaporeux, inconstant… jeune fille, c’était un enfant gâtée, quand elle voulait, il fallait obéir... Elle est arrivée au mariage avec cette mentalité de petite fille se persuadant facilement que le mari est un brave garçon qui la fera vivre et lui laissera beaucoup de liberté. Le mari lui a plu pendant quelque temps, mais comme les petites filles, elle s'est vite lassée de sa dernière poupée, son esprit trop léger ne peut être satisfait de cette existence. Elle veut retrouver toute sa liberté: son mari est un gardien trop vigilant... La vie est si riante au dehors, elle n'hésite plus, elle risque un pas hors du nid, elle est prise dans l'engrenage des plaisirs... et c'est une femme perdue.

RAYMOND : Non, c'est une femme égarée, voilà tout, faut ramener l'hirondelle à son nid. »

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Je viens de trouver ce livre dans la bibliothèque d'un ami qui vient de mourir. Je ne l'ai pas lu encore mais était curieux de l'auteur. Votre critique ne m'incite vraiment pas à le lire...
mais peut-être lui donnerai une chance.

Jean-Louis Lessard a dit...

Donnez-lui sa chance. Même si un livre n'est pas génial, ça ne veut pas dire qu'il n'y a aucun plaisir de lecture. Et je suis bien placé pour l'affirmer. Satisfaire sa curiosité, c'est déjà un plaisir.