13 avril 2010

L'Homme du jour

Marie-Rose Turcot, L’Homme du jour, Montréal, Beauchemin, 1920, 206 pages.

Recueil de sept nouvelles.

L’homme du jour
Alberte vient d’épouser Lucien, un jeune avocat ambitieux qui la délaisse.Il veut devenir candidat libéral dans le comté des Deux-Montagnes. Sa jeune femme s’ennuie, revoit un ancien compagnon. Avant que l’irréparable ne soit commis, les deux époux se retrouvent.

Les impressions d’un homme dans une carafe
Scipion Fatout (sic) est un original qui courtise une petite maitresse d’école. Un soir, après une beuverie, il s’endort dans un fossé et il meurt. Son ami Gaspard est chargé d’accomplir ses dernières volontés : le faire incinérer. Gaspard se rend à Montréal et revient avec l’urne. Quand, à son tour, il courtise la petite maitresse d’école, les cendres de Scipion s’animent dans leur urne.

La brodeuse de dragons
Une jeune fille, pour attirer l’attention d’un jeune homme indépendant, lui fait courir le poisson d’avril. Elle l’appelle sur les lieux de son travail et lui demande la couleur des yeux des dragons. Tout tombe bien, puisque le jeune homme, qui se doute de son identité, est aussi attiré par elle. Lors d’une rencontre, chacun abat son masque.

Isola
Isola Julien a eu une enfance difficile entre un père autoritaire et paresseux et une mère bonne mais résignée. Sa famille a souvent déménagé. Isola a travaillé dans une manufacture, mais maintenant elle tient un courrier dans un journal de Winnipeg. Quand ses parents déménagent encore, elle est obligée de les suivre, laissant sur place un jeune homme attristé. Rassurez-vous, les deux finissent par se retrouver.

Nestor et Piccolo
Un mauvais garnement, jeté hors de chez lui à 16 ans, finit par devenir médecin.

Tante Emma
Tante Emma n’a jamais connu l’amour. Pourtant elle est une femme aimante et encore très séduisante malgré ses quarante ans. Elle tombe sous le charme d’un beau jeune homme qui arrive dans la pension où elle habite. Pourtant, c'est à sa nièce que le jeune homme s’intéresse, ce que Tante Emma comprend... non sans un pincement au cœur.

La pupille de tonton Manuel
Bibiane, une jeune orpheline, vit seule avec Tonton Manuel, un pharmacien, et deux vieux serviteurs. Elle s’ennuie dans ce « monde d’antiquités ». Tonton, un vieux garçon, bien qu’il l’aime beaucoup, lui rend la vie difficile. Un jour elle s’en ouvre à un ami de son oncle, le docteur Germain Guérimaux (sic), qui lui déniche un travail dans la fonction publique à Ottawa. Bientôt, elle apprend que son oncle est en train de perdre son commerce. Se sentant responsable de ses malheurs, elle tombe malade. Pendant que son oncle, pour se reprendre en mains, décide de s’engager dans l’armée, le docteur Guérimaux est aux petits soins pour elle. Il en est amoureux (bien qu’il ait 20 ans de plus) et quand il lui déclare sa flamme, elle découvre (eh oui!) qu’elle aussi est amoureuse de lui.

L’auteure commence bien ses histoires, mais ne sait pas comment les développer et encore moins les conclure. La fin arrive sans aucune préparation, comme si l‘auteur voulait se débarrasser de ses personnages devenus encombrants.
Au départ de plusieurs nouvelles, on trouve un conflit de génération ou de classe sociale ou de couple. Pourtant, à l’arrivée, tout se résout dans un « happy end » sentimental. Dans certaines histoires, on rencontre des jeunes femmes qui cherchent à s’émanciper, mais qui refusent d’assumer pleinement leurs choix. Voir l’extrait.

Extrait

Désormais, elle n'avait d'autre parti à prendre que d'accepter sans retour cette vie de bureau dont elle était lasse.
Comme les choses lui étaient apparues d'une façon différente lorsque, dans son lit à colonnettes, Bibi, songeait à venir demeurer en ville! Elle n'avait pas pensé alors à la routine des jours, à la monotonie des heures qui pèsent, à l'entourage de figures ennuyées assoupies sur des dossiers. Elle n'avait pas pensé que, lorsqu'elle serait malade, elle devrait rester seule dans une chambre de pension à regarder passer les lourds camions et les coupés fermés. Elle n'avait pas songé à l'isolement qui la guettait lorsque Marthe Leblond serait mariée. Elle n'avait pas songé à ces examens ennuyeux qu'il lui fallait subir pour assurer sa position. Ses études venaient d'être interrompues, et il lui faudrait tout recommencer, car la fièvre avait démeublé son cerveau, et sa mémoire était vide.
Et puis, Marthe lui avait infligé l'humiliation suprême, l'autre jour, lorsqu'elle lui avait dit, à propos de Maurice Grand-train pour qui elle avait un faible :
« Tu sais, Maurice n'épousera jamais qu'une jeune fille riche. »
Marthe n'aimait pas son cousin, et elle devinait que Bibi était sur le point de s'en éprendre. Elle disait qu'il ruinait son père par ses extravagances d'étudiant, voulant ainsi enlever à Bibiane toute illusion sur ce mauvais sujet. (p. 187-188)


Marie-Rose Turcot sur Laurentiana
Le Caroussel
L'Homme du jour
Nicolette Auclair

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