21 septembre 2008

La Monongahéla

Edmond Rousseau, La Monongahéla, Montréal-Tours, Alfred Mame-Granger frères, 1930?, 235 pages (1re édition : 1890) (Dessins : André Fournier)

Le roman s’ouvre sur le décès de Mgr de Laval (1708) et se termine en épilogue par la défaite des plaines d’Abraham (1760). Deux personnages, deux jeunes amis, deux officiers de la marine, vont partager la vedette dans ce récit : Daniel de Saint-Denis et Nicolas de Neuville. Daniel est amoureux d’une jeune fille, Irène de Linctot : elle est la nièce de Vaudreuil qui la considère comme sa fille. Nicolas est un célibataire invétéré.

Les deux s’embarquent sur le navire du commandant de Bienville qui doit se rendre en France. La mission de Daniel de Neuville change en cours de route. On lui confie un détachement en route vers Terre-Neuve. Les Anglais ont entrepris la conquête de la Nouvelle-France et, pour les affaiblir, les Français attaquent leurs installations côtières. Bien entendu, De Neuville se couvre de gloire. Pendant ce temps, son ami, De Saint-Denis, après son voyage en France, se retrouve en Louisiane. Là il rencontre une jeune fille dont il tombe amoureux. Il accomplit une mission commerciale au Mexique.

Six ou sept ans ont passé quand les deux officiers se retrouvent finalement à Montréal avec leur amoureuse. Et la Monongahéla? C’est une rivière qui a donné lieu à une bataille entre les Anglais et les Français (1755). Ces derniers et leurs alliés indiens, inférieurs en nombre, y remportèrent une brillante victoire. Ce récit très secondaire n’apparaît qu’à la toute fin du roman (voir l’extrait).

Disons d’emblée que ce roman est inférieur au Château de Beaumanoir. Le roman n’est pas très bien ficelé : l’auteur raconte plus de 50 ans d’histoire en 200 pages, tout en essayant tant bien que mal de nous intéresser aux aventures de ses deux héros. Comme il se doit, le récit historique est agrémenté d’une histoire romantique. En fait, ici, tout est en double. À travers la vie de ces deux jeunes gens, on assiste au déclin et à la chute de la Nouvelle-France. Trop souvent, le récit est sacrifié au profit de l’histoire. Les batailles y sont nombreuses. L’auteur cite abondamment l’historien Ferland (voir l’extrait). **
Extrait
Nous allons de nouveau céder pour une dernière fois la parole à l'historien :
« Partis à 8 heures du matin du fort Duquesne, dit-il, les Français avaient été rejoints un peu plus tard par six cents sauvages, parmi lesquels était Pontiac. Ils avaient d'abord refusé de se joindre à la petite bande de Beaujeu; mais lorsqu'ils avaient vu celle de deux cents Français s'avancer hardiment à la rencontre de quatre mille anglais, ils avaient saisi leurs armes en silence et avaient suivi leurs alliés. Habillés à la manière des sauvages et ne portant d'autre marque de distinction qu'une chaîne d'argent qui lui pendait au cou, de Beaujeu, le fusil à la main, marchait à la tête de ses hommes.
« A midi et demi, il rencontra la première colonne anglaise à trois lieues du fort Duquesne; elle venait de gravir la hauteur au-dessus de la Monongahéla, et avait commencé à défiler par un sentier de chasse. Les sauvages s'arrêtèrent un instant pour considérer cette masse d'hommes qui s'avançaient lentement et régulièrement à travers le bois si épais de cette partie du pays. Les baïonnettes étincelantes, les brillants habits écarlates des soldats anglais étonnèrent ces enfants de la forêt, accoutumés à ne rencontrer que des guerriers habillés comme eux. De leur côté, les soldats furent surpris à la vue des guerriers français et sauvages qui se ressemblaient par le costume.
« Après quelques moments d'étonnement de part et d'autre, la fusillade commença. Le feu des Français et des sauvages faisait un effet terrible sur les rangs serrés des régiments anglais. Sur l’ordre de Braddock, l'artillerie s'avança et ouvrit vigoureusement le feu sur les Français; le brave de Beaujeu tomba mort à troisième décharge. Le sieur Dumas, commandant second, le remplaça. Pour se mettre à l'abri des boulets, les Français et leurs alliés se jetèrent chacun derrière un arbre et un feu terrible écrasait les troupes anglaises sans qu'elles pussent apercevoir leurs ennemis. »
On peut paraître étonné qu'une poignée de soldats tiennent ainsi en échec et écrase, pour nous servir de l'expression si juste de Ferland, un ennemi plus de vingt fois supérieur en nombre. Mais outre la bravoure incomparable de nos troupes, celles-ci profitaient aussi de l'inexpérience de Braddock dans ces sortes de guerre. En effet, le général anglais massait ses forces en colonnes solides au lieu de les déployer en tirailleurs et les lançait contre un ennemi imaginaire dont il croyait remplis les bois environnants. Celles-ci étaient alors assaillies par un ennemi qui était partout à la fois et qu'elles ne voyaient nulle part. (p. 230-231)

Edmond Rousseau sur Laurentiana

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