17 mars 2007

Les Horizons

Albert Ferland, Le Canada chanté. Les Horizons, Montréal, Déom frères, 1908, 32 p. (Illustrations de l’auteur)

Le Canada chanté va comporter cinq courts recueils. Les Horizons est le premier ; suivront Le Terroir (1909), L'Âme des Bois (1909), La Fête du Christ à Ville-Marie (1910) et, posthume, en 1945, Montréal, ma ville natale. (Voir sur le site de la BANQ)

Ferland dédie Les Horizons à son pays. Il veut lui rendre hommage, lui payer son dû : « Je te paie en chansons / Ce que tu m’as donné / Pays, où je suis né. »

En exergue, Ferland présente un texte de l’abbé Félix Klein. Celui-ci souligne la grandeur, les dimensions hors norme du pays. Il insiste sur le fait que le Canada est un pays d’accueil, un pays d’avenir qui conserve ses traditions françaises. Même les Indiens y trouvent leur place.

« Prière des Bois du nord » : Il remercie Dieu de nous avoir donné le « pays de l’ours et du bison ». Pour célébrer la richesse de la nature, le poète évoque tous les types d’arbre. Défilent sapins, érables, bouleaux, cèdres, hêtres, pins, saules, trembles, ormes et chênes et j’en passe. Pas de symbolique particulière associée aux différents arbres. Plutôt une louange au Créateur pour cette nature si belle. « Gloire à Toi ! les grands bois ont conquis l’horizon, / De soleil altérés, de terre vierge avides, / Sans fin leur multitude emplit les Laurentides, / Propice au rêve obscur de l’ours et du bison, / Gloire à Toi ! les grands bois ont conquis l’horizon ! »

« Oséraké » : Ville mythique sur l’Île de Montréal. Le mot viendrait de l’iroquois « Osera », qui aurait donné par corruption « Hochelaga ». Cartier aurait visité cette ville, disparue du temps de Champlain. Le poème rend hommage aux premiers habitants de Montréal et évoque avec nostalgie leur civilisation fondée sur l’agriculture.

« Patrie » : Chant patriotique dédiée aux Canadiennes. Ferland déploie l’artillerie patriotique classique : il célèbre la nature grandiose, pure et généreuse, les caractères altiers et héroïques de nos pères. Comme figures de proue, il y a les Laurentides, mais surtout le Saint-Laurent.

« Retour des corneilles » : Hommage est rendu aux Corneilles, cet oiseau astronome, dont la chanson « fait chanter la mémoire des vieilles, / Évoquant les splendeurs des printemps de jadis ». Le retour des corneilles marque le début du printemps.


« Terre nouvelle » : Une hymne à la nature, plus particulièrement au soleil, « créateur des matins », « Semeur des jours ». Le soleil réveille le blé qui « dès les aubes d’avril redemande la terre! ».

« Arbres blancs » : Bouleaux de l’hiver, bouleaux du printemps. Ferland les enjoint à « reverdir [leurs] branches », à retrouver « la beauté verte ». Il faut abandonner les « formes blanches », revêtues pour passer l’hiver.

« Soir de juin à Longueuil » : Par un soir d’été, dans le silence bucolique de Longueuil, le poète admire Montréal : « Ses feux tissent dans l’ombre une dentelle claire, […] D’éclatants nénuphars semblent peupler la nuit »

« Poésie des feuilles » : Il s’intéresse à la chute des feuilles. Il ne faut pas y voir de symboles profonds. Paradoxalement, les nombreuses feuilles mortes témoignent de la vitalité du pays. « Feuilles mortes, gloire de juin! »

« La terre canadienne » : L’immensité du pays célébrée à travers trois saisons : l’époque des « champs verdis », celle des « blés et des avoines blondes », celle des « automnes divines ». Hymne au pays, à la beauté de la nature canadienne.

Dans chacun des poèmes, un allocutaire bien identifié est présent : Dieu, les Canadiennes ou les Canadiens, le soleil, les paysans, les feuilles mortes… Ce procédé confère aux poèmes une certaine oralité. Le poète apparaît comme le grand sage ou même un célébrant qui interpelle, qui conseille, qui encourage, qui incite, qui loue. L’horizon qui donne son titre au recueil n’est pas un lointain point de fuite : c’est le pays, le Saint-Laurent, les Laurentides, bref un lieu saisissable. La thématique de l’arbre est omniprésente aussi bien dans le texte que dans les dessins. L’auteur n’en fait que très peu un usage symbolique : il se contente d’en évoquer les variétés. Les critiques s’entendent pour dire que Ferland a trouvé sa voix avec Les Horizons. Certains lui reprochent de manquer d’envergure, mais cette retenue stylistique m’apparaît plutôt comme une qualité. Et qu’il me soit permis d’ajouter qu’on trouve dans ces poèmes quelques inflexions et même des sujets que va reprendre Miron. ****

Lire le recueil.

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