25 mars 2007

Chez nos ancêtres

Lionel Groux, Chez nos ancêtres, Montréal, Albert Lévesque, 1933, 93 p. (1re édition : Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1920, 102 p.) (Illustrations : James McIsaac)

« Ces pages sur nos ancêtres sont le texte à peine remanié d’une conférence prononcée à Montréal sous les auspices de L’ACTION FRANÇAISE. […] Le projet de cette petite étude germa dans notre esprit à la suite d'un voyage à Boston. Nous avions posé cette question à quelques-uns de nos frères de là-bas : « Où, Franco- Américains, prenez-vous les attaches de vos sentiments français? En France d'abord ou au Canada? Quelques-uns nous répondirent: "En France d'abord." - Ils voulurent même ajouter: "Nous considérons le passage de nos pères au Canada comme un temps d'épreuves, où, loin de s'enrichir, le type français s'est appauvri" ». (Groulx, le 24 juin 1920, en introduction)
Pour Groulx, le défi consiste à démontrer que « pendant les cent cinquante ans de notre premier régime que le type français n’a ni déchu ni dérogé ». Groulx veut s’attacher à la « petite histoire », en évitant le folklore (le capot d’étoffe, la ceinture fléchée…), il veut raconter « le fond pittoresque, l’originalité de la famille et de la paroisse », attaquant au passage le Dr Drummond et ses caricatures de l’habitant canadien-français (The Habitant, 1900).


I - LA VIE FAMILIALE

a) L’élément champêtre : Il a retenu cinq éléments. Il décrit d’abord la maison, telle que décrite par Kalm à la fin du Régime français. Suit une plus longue partie sur l’importance des enfants : « Les enfants! Voici bien, dans la maison canadienne, la plus riche partie du mobilier. Ce que d'autres redoutent comme un péril de pauvreté, nos pères, l'appellent richesse. […] Chez les anciens Canadiens, la règle, dans les ménages qui se respectent, est de se rendre à une première douzaine d'enfants, de dépasser souvent la seconde, et la maison n'est jamais si joyeuse que quand elle est pleine. Quels splendides repas autour de la vaste table où, "quand ils sont seuls", ils sont 24 ou 26, quelquefois 30 ou 32. » On apprend que le ber canadien devrait avoir la même stature (statue) que Dollard et qu’on n’honore pas assez ces femmes qui « ont élevé contre l’envahisseur une frontière de berceaux ». Il décrit ensuite la famille sur la terre ancestrale comme une « petite coopérative du travail » qui permet de vivre en autarcie. Puis, sur un mode plus léger, il évoque la relation privilégiée entre l’habitant et son cheval et termine le chapitre en énumérant les « distractions » de nos ancêtres : les chansons, les noces, fumer une bonne pipe, participer aux fêtes champêtres, recevoir un personnage important, comme Vaudreuil ou Mgr Pontbriand.

b) L’élément militaire : Ce qui rendrait pittoresque la famille canadienne, c’est la double présence d’un esprit militaire et d’un esprit d'aventure. Dans toutes les familles, on trouve certains miliciens qui se livrent assidûment aux exercices prescrits par le capitaine de milice. On trouve aussi des voyageurs, des « gars de vingt ans… partis aux pays d’en haut » qui reviennent « à Montréal, à la file, dans leurs canots chargés de hauts paquets de castors, de peaux d’orignal, de bœuf illinois ». Son heure de gloire, il la tient, le voyageur, lorsque de retour dans la famille, il raconte les « épisodes épiques qui vont se déformant et s’agrandissant dans un mélange glorieux de vérité et de légende ». Groulx termine par l’hommage aux héros de l’Histoire - Dollard, Madeleine de Verchères - dont la « beauté plus grande des actes … rejailli[t] sur tous ».

c) L’élément religieux : « Les peuples forts, les peuples durables ne le deviennent point par les seules forces matérielles […] Il n’y a de puissance et d’immortalité pour les peuples que dans la conformité de leur vie et de leurs institutions à la pensée de Dieu… » Cette pensée religieuse, les Canadiens l’auraient acquise à l’époque de la Nouvelle-France, ce que certains historiens contestent.


II - LA VIE PAROISSIALE

a) La description de la paroisse : « La paroisse n’est, chez nos ancêtres, que la famille agrandie. » Et l’auteur de nous rappeler ce vieux soldat de Carignan présentant à Montcalm ses 220 descendants, peuplant quatre paroisses. Il décrit le découpage seigneurial le long du fleuve, les paroisses qui tardent à paraître. Le clocher est au cœur de la paroisse, entouré du presbytère, du cimetière, du moulin banal, du manoir seigneurial.

b) La vie féodale : Rien de comparable avec la féodalité française. Le censitaire ne paie pas de lourdes rentes au seigneur. Il lui voue une certaine admiration et respecte son statut social supérieur. Leurs relations demeurent cordiales. Presque tous les seigneurs acceptent de parrainer un enfant de leurs censitaires. En retour, le seigneur occupe le banc seigneurial à l’église, reçoit l’hommage de la plantation du mai…

c) La vie religieuse : « L’église domine tout dans la paroisse » et le curé est le « seul chef qui ramène à l’unité les petites collectivités familiales ». L’habitant aime fréquenter l’église pour des raisons religieuses et, tout autant, sociales. Le spectacle de la liturgie, les ordonnances de l’intendant ou du gouverneur, voilà d’autres raisons qui expliquent la fréquentation assidue de la messe.

CONCLUSION
Il termine son texte par un vibrant appel à retrouver « l’image du passé et le carillon des gloires anciennes ».

Hors de tout doute, Groulx présente une version très idéalisée de nos ancêtres. À commencer par la place qu'il attribue à l’église. Les Canadiens sont décrits comme un petit troupeau de moutons derrière leur berger. Le clocher jette son ombre sur tous les aspects de la vie! D’autres historiens diront plutôt que nos ancêtres étaient des insoumis. Les voyageurs n’étaient assurément pas des petits saints! Tout se passe comme si les Amérindiens n’existaient pas, qu’ils n’avaient exercé aucune influence sur les Français. Or, tous les visiteurs étrangers ont souligné cette influence. Par moments, on a l’impression que sa description correspond davantage au Canadien du XIXe siècle qu'à celui de la Nouvelle-France. ***

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