1 février 2012

Le Dodu


Jacques Ferron, Le Dodu, Montréal, éditions d’Orphée, 1956, 92 pages.

Dans une interview conservée par Radio-Canada, Ferron déclare que son théâtre n’est pas très bon. Il dit encore que le critère ultime pour juger d’une pièce, c’est l’adhésion du public. Plus loin, avec sa morgue habituelle, il admet qu’on écrit sur l’amour quand on n’a rien à dire, du moins qu’on n’a pas de sujet qui vaille la peine d’être développé.

Ils sont cinq personnages et un corbeau qui parle. Dora et Célia viennent de se marier. Agnès, l'amie de Célia,  leur a cédé sa chambre, plus confortable, pour leur nuit de noces. Agnès a aussi un amoureux secret; il s’appelle Mouftan et ne se sépare jamais de son épée. Et Dodu et son corbeau, les deux derniers personnages? Ils  jouent en quelque sorte les rôles que jouaient les soubrettes et les valets dans la comédie classique : ce sont des faire-valoir.

L’intrigue est bien mince : Mouftan croit que Dorante a couché avec Agnès puisqu’il se trouve dans sa chambre. Il veut « le saigner comme un cochon ». Après quelques marivaudages, le quiproquo est levé et c’est le perroquet qui est décapité. Enfin réunis, Agnès et Mouftan se précipitent chez le curé. Ferron ne serait pas Ferron, s’il ne s’amusait pas des codes de la comédie, s’il ne franchissait la barrière des niveaux de langue, tout en distribuant quelques piques ici et là. De toute évidence Ionesco est passé par là.

Extrait
MOUFTAN -Je  t'aime,  petite  poupoule!   Je  t'aime assez que j'en reste bête.
AGNÈS - Je n'en doute pas. Sais-tu, Dorante, qu'il a cru que je le trompais avec toi ?
CELIA - Si on le sait !
DORANTE - Il voulait me saigner comme un cochon,
AGNÈS - Mouftan,  tu  aurais fait ça pour un moi!
MOUFTAN - Hélas!
AGNÈS - Chéri Mouftan, tu m'aimes plus que je n'osais l'espérer!
MOUFTAN - Tonnerre de tonnerre! Je t'aime, je t'aime... (Il dégaine.)
CÉLIA - Pour l'amour du ciel, Agnès, retiens-le!
AGNÈS - Je n'ai pas peur de sa petite piqûre. C'est un mouton, mon tigre.
CÉLIA - Je vois, mais ne t'éloignes pas trop de lui.
AGNÈS - Comme si je pouvais m'éloigner de toi, moineau !
MOUFTAN - Ma poupoule, ma petite poupoule!
AGNÈS - Du calme, Mouftan, du calme! Ce sera demain. Pas sur le trottoir, j'ai dit... Je te regarde, mais au juste, à qui ressembles-tu?
MOUFTAN - A qui, poupoule ?
DODU - Coute-coute-coute-cou-toute !
AGNÈS - Je l'ai : c'est à l'oiseau que tu ressembles. Où donc est-il, celui-là ? Je ne le vois plus sur le mur. Envolé ?
DODU -  II est ici.
AGNÈS - Dodu, tu t'es fait mal, mon gros!
DODU - C'est l'oiseau qui a saigné.
AGNÈS - Pouah ! il n'a plus de tête.
DODU - Ton bel amant l'a raccourci.
AGNÈS - Tu as fait ça, Mouftan !
MOUFTAN - Euh...
AGNÈS  - Tant   mieux!   Il   m'appelait   poupoule.  Je t'avais d'ailleurs prévenu, Dodu : « tu le trouveras mort, un beau matin, ton corbeau, » que j'avais dit.
DODU - II est mort.
AGNÈS - J'espère bien.
MOUFTAN - On va chez le curé, poupoule ?
AGNÈS - Oui, mon grand chéri.  (Elle embrasse Mouftan.)
CÉLIA - Ils sont heureux,  quel bonheur!   (Elle embrasse Dorante.)
DODU - Hum!
AGNÈS(ne lâchant pas Mouftan) - As-tu le rhume, Dodu ?
DODU - II est guéri, Dieu merci.
AGNÈS (même jeu) - Tant mieux!
DODU - II est guéri, mais le vieux curé, lui, il risque fort de mourir si vous ne cessez pas de vous embrasser.
MOUFTAN - Tant pis!
AGNÈS - Non, non, à la cérémonie d'abord ! Ailez, ouste! Les hommes en avant, les femmes en arrière.
DODU - Je vous accompagne ; je servirai de père aux deux, au marié et à la mariée, ce sera plus simple.
AGNÈS - Ouste, les hommes !
MOUFTAN - (à Dorante) Quand je pense que je voulais te saigner comme un cochon! Vieux frère, va! (Les hommes sortent.)

Pages 86-90

24 janvier 2012

Mélanges poétiques et littéraires


F. G. Marchand, Mélanges poétiques et littéraires, Montréal, Beauchemin, 1899, 367 pages. (Préface d’A. D. de Celles)

On le sait, Félix-Gabriel Marchand a été premier ministre du Québec de 1897 à 1900. Il est mort dans l’exercice de ses fonctions. En 1899, quand il publie ce livre, il a 67 ans et il est en poste depuis deux ans. Peu habituel quand même qu’un premier ministre publie ses œuvres complètes!

Comme le titre l’indique, Mélanges poétiques et littéraires regroupe les principaux écrits de leur auteur.  Marchand a possédé des journaux dans lesquels il publiait ses œuvres.

Le recueil est divisé en trois parties : Pièces dramatiques, Poésies diverses et Prose.

Pièces dramatiques
Voici cinq pièces comiques dont trois sont écrites en vers. Dans Un bonheur en attire un autre (1883), un jeune marié déclare à son ami qu’il étouffe dans la « béatitude uniforme et tenace » du mariage; il change d’idée quand il croit que sa jeune femme le trompe. Dans Les faux brillants (1885), dont Jean-Claude Germain a fait une réécriture en 1977, il présente un bourgeois entiché de noblesse qui veut que ses filles épousent qui un baron, qui un comte. In extremis, il découvre que ces faux nobles ne cherchaient qu’à lui soutirer son argent. Dans Erreur n’est pas compte (1872), encore un bourgeois qui cherche un époux pour sa fille trop dépensière : le fiancé a un frère jumeau identique qui a mal tourné, ce qui crée quelques quiproquos. Je n’ai pas lu Fatenville (1869) et Le Lauréat (1899), un opéra-comique en deux actes qui fut créé 1906. Certaines de ses pièces ont été publiées en livre. Rien d'original, tout cela sent à plein nez Molière, Beaumarchais, Marivaux et probablement les auteurs de vaudeville français (que je connais peu : Labiche, Feydeau...).

Poésies diverses
Il est un peu difficile de parler de poésie. Je dirais plutôt des textes rimés, au mieux des exercices scolaires. On a droit à deux poèmes moralisateurs : « Les travers du siècle » où il est dit que : « Mais le plus ennuyeux des fâcheux, quoi qu'on dise, / Est cet énergumène en paroles fécond,  / Qui, tout scandalisé du siècle, se morfond / A prouver des humains la coupable ignorance, / Et qui, poussant sa fougue insensée à l'outrance, / Pour réforme a rêvé l'État bouleversé, / Et, pour dernier succès, le monde renversé. » Futur programme du premier ministre?  Dans le texte « Nos ridicules » il passe en revue nos principaux défauts sous la lorgnette des sept péchés capitaux. Suivent entre autres un « Hymne aux Martyrs de 1837 » et trois poèmes qui abordent le thème de la charité : « Impromptus sur la charité », « La sœur de charité » et « Charité enfantine ».

Prose
Il est un peu exagéré de prétendre que ces textes puissent faire partie d’un recueil qui recense des textes poétiques et littéraires. Des huit écrits qui composent cette partie retenons un récit de voyage, un article sur la constitution et, le plus sympathique, un texte quelque peu humoristique qui raconte les déboires du « premier chemin de fer canadien » : il semblerait que lors du lancement, on n’ait pas réussi à faire démarrer  la locomotive.

Extrait
INAUGURATION DU PREMIER CHEMIN DE FER CANADIEN

C'est à la ville de Saint-Jean d'Iberville qu'appartient l'honneur d'avoir inauguré la première voie ferrée construite sur le sol canadien. Elle s'étendait depuis cette ville jusqu'au village de Laprairie, distance de 15 milles, et servait à relier la navigation du lac Champlain à celle du Saint- Laurent.

L'organisation fut lente et difficile. Il s'agissait d'une entreprise d'un genre jusque-là inconnu, dont nos capitalistes n'avaient encore que des notions très imparfaites et qui semblait leur offrir des chances de succès plus que douteuses.

Cependant la Compagnie du Champlain et du Saint- Laurent finit par se constituer et ses travaux, poussés avec vigueur, furent terminée durant l'été de 1836.

Mais le parachèvement du chemin n'était pas le plus difficile de l'entreprise. Personne en Canada n'avait une connaissance suffisante du mécanisme d'une locomotive pour en entreprendre la construction, et la direction s'était trouvée dans la nécessité de donner sa commande à une fabrique écossaise.

Après une attente bien trop prolongée pour l'impatience du public, on annonça enfin l'arrivée dans le port de Montréal d'un voilier ayant à son bord la locomotive tant désirée.

[…]
L'heure de la grande épreuve approchait. Un air de mystère entourait tous les préparatifs. La locomotive, accompagnée de son ingénieur-mécanicien, homme silencieux et bourru comme le plus rébarbatif des cornacs, était arrivée nuitamment, à l'improviste, traînée avec une prudente lenteur par quatre lourds chevaux, inconscients des bons offices qu'ils prêtaient à un formidable rival dès ses premiers pas. On l'avait ainsi remorquée afin, disait-on, de ne pas anticiper sur la cérémonie d'inauguration.

La vue même en était interdite au public. Les premiers soins du morose gardien avaient été d'entourer cet objet de toutes ses sollicitudes d'une forte cloison, à l'intérieur de laquelle personne n'était admis. On avait beau solliciter, se fâcher même, rien ne pouvait ébranler sa persistante obstination. Aux questionneurs, il répondait invariablement par monosyllabes, accompagnés parfois d'un juron du plus pur écossais ; puis, il se retirait en grommelant dans le compartiment mystérieux et en verrouillait la porte à l'intérieur.

[…]
Enfin le moment solennel arriva. Deux wagons, proclamés superbes par la foule ébahie — quoiqu'ils ne fissent aucunement prévoir les chars-palais de notre époque — furent bientôt remplis des quelques privilégiés invités par faveur spéciale à faire partie de l'expédition.

On avait naturellement préludé par une série de discours bien sentis, prononcés par les notables de l'endroit et par les membres de la direction ; le tout arrosé d'un Champagne pétillant, accessoire indispensable de toutes les inaugurations bien comprises.

La locomotive, soumise pour la première fois à l'inspection du vulgaire, lançait vers le ciel étoile sa fumée noire, par bouffées, et faisait entendre une série non interrompue de soupirs saccadés,
comme pour témoigner son ennui des regards indiscrets dont elle était l'objet.

De son côté, l'ingénieur-mécanicien, tout pénétré de l'importance de sa fonction, se tenait à son poste dans une attitude de dignité superbe, tout prêt à donner le signal du départ.

Les enthousiastes étaient là, nombreux et bruyants, qui se préparaient à lancer leurs bravos étourdissants au premier mouvement du convoi. Les sceptiques y étaient aussi, attendant en
silence la réalisation de leurs sinistres prévisions.

Soudain, un sifflement aigu se fait entendre !

Tout est prêt.

Les spectateurs, maintenant silencieux, sont dans une attente fiévreuse ; le mécanicien, plus solennel que jamais dans son rôle de deus ex machina, appuie majestueusement la main droite sur l'aiguille motrice. Aussitôt la locomotive s'agite, exhale des soupirs plus gros, plus précipités, plus véhéments que jamais ; elle s'ébranle dans un suprême effort, les roues font péniblement un demi-tour en avant et... s'arrêtent!... L'ingénieur recommence son manège... Rien ne bouge... Il fait une inspection minutieuse du monstre récalcitrant, tourne une vis ici et là ; puis saisissant de nouveau l'aiguille, il l'agite furieusement. La locomotive est secouée dans toutes ses parties ; elle fume, geint, siffle et semble affectée d'un tremblement épileptique... Mais elle n'avance pas d'un pouce...

Une exclamation de désappointement s'échappe de mille poitrines à la fois.

Hélas ! l'expérience était manquée !

Le parti des sceptiques triomphait.

Jean Du Berger a fait de courtes présentations des pièces de Marchand pour le DOLQ.



18 janvier 2012

Totems


Gilles Hénault, Totems, Montréal, Éditions Erta, 1953, s.p. (28 pages) (Collection de la Tête armée no 1) (Couverture et trois planches illustrées d’Albert Dumouchel)

Voici le premier recueil de la célèbre collection « La Tête armée » qui va réunir typographes, graveurs et poètes sur le modèle des Cahiers de la file indienne.  Six titres vont paraître dans ce qui est la première collection consacrée exclusivement à la poésie. Pour vendre les recueils, on va procéder par souscription, comme le fera aussi l’Hexagone. Roland Giguère en sera l’âme dirigeante et plus encore, puisque Les Armes blanches deviendra le deuxième recueil de la collection.  

Totems est une mince plaquette qui ne contient que 12 poèmes.  Le titre évoque les origines d’un groupe humain, son fondement, son parcours,  en quelque sorte ce qui l’a formé, ce qui le définit, ce qui maintient sa cohésion.

Petite genèse apocryphe (dédié à Roland Giguère)
Suite poétique composée de 12 strophes. Sur le mode de l’humour et de la dérision, Hénault refait le récit de la genèse. Dans un premier temps, Adam et Ève sont chassés du paradis terrestre par un Dieu théâtral, vengeur, plus préoccupé par son costume et «la confiture aux pommes » que par ses enfants, les hommes et les femmes livrés au mal désormais. Dans un deuxième temps, à l’ombre du totem, l’homme se reconstruit, retrouve l’espoir qui fait vivre, capable d’affronter le « désert de soif et de sable » et de refaire de la terre un lieu habitable. « La terre balance / ses flancs d’abondance /… / Les moissons se pâme / quand le vent les peigne »

Temps des aurores du temps
Le passé préhistorique est décrit comme le temps de référence, celui « du bonheur fossile ». Ce bonheur primordial est perdu quand les tomahawks, les tam-tams, les tambours et les marteaux « assourdiss[ent la source éclatante du silence ». Comment retrouver la paix quand le « désespoir est un mensonge aux mille masques » ?

Avec le feu, avec le vin
Il décrit un pays sans le nommer, là tout près, mais inaccessible. Mais est-ce vraiment un pays, cette « barque sans oriflamme »? L’inspiration, la poésie, une femme? Ce sont les mots qui font obstacle, qui sèment consternation et froid : « Et les mots seuls nous séparaient / Niagara tonnant dans le vide / Neige évanescente / pont de glace au-dessus de l’aurore ». Encore une fois, obligation de retourner en amont pour « prendre racine dans le terreau ».

Enfance
Toujours le monde qui fuit, qui échappe, ici l’enfance, son enfance, mais aussi celle de l’humanité.

Chanson des mégots
Chanson surréaliste, avec refrain. On a l’impression qu’il s’agit d’une femme, d’une perte amoureuse, mais rien n’est moins sûr. En fait, celle qui part n’apporte rien, même sa fuite se dissout dans un vague qui la rend douteuse. « Elle est partie sans ses poissons dorés au cœur de cerise / Sans le rayon des jours sans pluie / sans le manteau de bruit que tisse le passage des trains ». Elle laisse derrière elle, surtout un grand désordre, dont des mégots. « Et la dernière journée elle partit / en laissant ses mégots / en laissant un éventail de frasques incomprises / ses cheveux aux serrures / ses empreintes digitales au plafond / ses colères éclatées / par où entre le vent des futures années ».

Gaspésie
« Les mains coupées sont bien le pire des mutismes ». Retour à la mer, aux origines. « Ce n’est pas tout de dire / il faut toucher ».

Feu sur la bête-angoisse
Même si « la révolte est la vague la plus haute », « l’homme se souvient de l’enfant qu’il a ». Concilier l’engagement social et la présence auprès des siens, le futur idéalisé et la vie présente.

Défense de toucher
Reprend la thématique de « Gaspésie ». La main et les mots, le faire et le dire. « Les mots ne sont rien ». Pour le poète, « les mains savent bien plus / que les mots ».

On tourne
Le mince espace entre la misère et la violence : « Le vide est plein d’épines / Et sous les feux croisés / La nuit pleine d’épées. »

Un homme à la mer
La peine d’amour, le désespoir amoureux, le deuil, la tromperie, la moquerie. « La beauté des femmes est effrayante ».

L’enfant prodigue
De l’enfance perdue. Le travailleur est asservi par son travail, tout à ses occupations, privé de sa vie, aliéné.  « L’homme rivé à son travail qui est de river toute la journée ». Élément théâtral.

Je te salue
Poème d’anthologie, surtout les deux premières parties. Malgré toutes les spoliations dont ils ont été victimes, les Indiens nous ont laissé leurs « espoirs totémiques ». Forts de cette impulsion spirituelle, les « Visages-Pâles » ont construit un pays à la mesure de leurs rêves. « Pays casqué de glaces polaires / Auréolé d’aurores boréales / Et tendant aux générations futures / L’étincelante gerbe de tes feux d’uranium ».

Ce qui me frappe d’abord dans le recueil, c’est la diversité dans la manière et dans l’inspiration. Certains poèmes flirtent avec le surréalisme (Chanson du mégot), d’autres utilisent un langage presque quotidien (Défense de toucher). Comme si Hénault voulait parler aussi bien à l’intellectuel et à l’esthète qu’au simple ouvrier. Certains poèmes semblent très personnels (Feu sur la bête-angoisse, Un homme à la mer), d’autres sont d’inspiration sociale (On tourne, L’enfant prodigue), d’autres plus ethnologique (Je te salue) ou même esthétique (Défense de toucher). Dans ces poèmes, il y a cette recherche des origines, d’un bonheur ancien, celui de l’enfance, des premiers temps de l’humanité, loin des mensonges et du bruit de la vie contemporaine.

Lire : Un jour on va revenir à la poésie, entrevue accordée à Paul Chamberland


LA CHANSON DES MÉGOTS

Elle est partie en laissant ses mégots.
Eh ! pourquoi pas, le feu est sans histoire
Et l'art de bien fumer pare les continents.
Qu'en dites-vous, lutins des magiques journées ?
Ces temps sont révolus parce que l'âme clame en toi
la floraison des voyages délétères.

II

Elle est partie en laissant ses mégots.
Transparente est la fuite des voilures lisses
au bord d'un horizon mémorial
où la rame indéfiniment rature les vagues du rêve.
Elle est partie sans ses poissons dorés au cœur de cerise
sans le rayon des jours sans pluie
sans le manteau de bruit que tisse le passage des trains
sans le petit chaperon rouge des soleils en-allés
sans l'ourson assis dans la désolation du déluge.

III

Elle est partie sens devant derrière
sa jeunesse décousue
en laissant le poisson comme un fruit.
Le couteau est moins aigu qu'un éclat de rire
La face convulsée est un écran très lumineux
La première journée, elle avait fait couler une source de ses cheveux
Qu'il t'en souvienne
La deuxième journée fut celle de l'amour sans nuages dans les îles de l'été
Et les autres journées furent les journées-caravane
Les orients pâlissaient devant le monstre bicéphale
Et la dernière journée elle partit
en laissant ses mégots
en laissant son éventail de frasques incomprises
Ses cheveux aux serrures
Ses empreintes digitales au plafond
Ses colères éclatées
par où entre le vent des futures années.


11 janvier 2012

Les Armes blanches


Roland Giguère, Les Armes blanches, Erta, 1954, s.p. (Collection de la tête armée) (Avec six dessins de l’auteur) (Couverture par Albert Dumouchel)

Le recueil ne compte que 11 poèmes et fait moins de 30 pages. Matériellement, il est très richement illustré, ce qui en fait un objet recherché des collectionneurs.

Tout le recueil est construit sur la tension aliénation-rédemption. Le poète ne réussit jamais tout à fait à se libérer d’un monde qui l’opprime. On peut penser que c’est la société qui est l’oppresseur.

Dans « Continuer à vivre », Giguère décrit un monde en décrépitude dans lequel fleurit un « cancer … invulnérable». Les hommes qui l’habitent ont été souillés par cette pourriture et, pire encore, s’en sentent responsables : « nous nous sentions virus / plaies béantes / pus poison plaies / mauvais sang et plaies ». L’imaginaire leur sert d’exutoire : « et pour continuer à vivre / dans nos solitaires et silencieuses cellules / nous commencions d’inventer un monde / avec les formes et les couleurs / que nous lui avions rêvés ».

Dans « Les mots-flots », le poète évoque le pouvoir créateur du langage. Non contents de le représenter, les mots transfigurent le réel, le déplacent, le prolongent : « Les mots-flots viennent battre la plage blanche / où j’écris que l’eau n’est plus l’eau / sans les lèvres qui la boivent ». Ils peuvent aussi bien révéler la beauté qu’engendrer la faille qui jettera par terre l’édifice : « un seul grain de sable et la mariée n’est plus à elle / ne s’appartient plus / devient mère et se couche en souriant / comme un verre renversé perd son eau / et les mots-flots envahissent la table / la maison le champ / le verre se multiplie par sa brisure / et le malheur devient transparent ».

« L’été torride » évoque un être aliéné dans un monde desséché : « on perdait la tête à chaque pas et l’on se retournait / pour s’apercevoir qu’elle n’était plus là ».

« Paysage dépaysé », dédié à « [s]es amis peintres », et « Van Gogh » décrivent un monde vide, déglingué, qui ne demande qu’à être remodelé : « le paysage était à refaire » ; « la vie revenait à ses sources de miel / sève et sang renouvelés / dans un crépitement de l’œil » Ou encore : « Une vie de tournesols commençait ».

 « Le silence aux champs » nous transporte sur le versant de la révolte : « La raison de nos silences toujours la même / reculait devant la force du cri ».

 « À cris perdus », « Les heures lentes » et « Les yeux du pain » évoquent encore et toujours cette tension entre le malheur qui écrase l’individu et la résistance qui laisse l’espoir : « le feu toujours prêt à s’ouvrir / au souvenir de la cendre sur la feuille / au moindre geste d’allumer le regard ». Rien n’est jamais acquis, toute conquête repose sur des assises qui peuvent s’écrouler à tout moment : « les heures coulent dans les lignes profondes de la main / sans s'arrêter sans rien noyer sans heurt / les heures coulent et la main doucement se resserre / sur la gorge d'un long ruisseau / mince filet de voix qu'il ne faut pas briser / gorge chaude / mince filet de vie qu'il ne faut pas broyer / à tout prix / au prix de ne plus jamais dormir la nuit / au prix même de la vie ».

« Roses et ronces » est l’un des poèmes les plus célèbres de Giguère. La musicalité et le rythme contribuent à sa beauté. Les mots « roses, ronces et rosaces », assemblés de différentes façons, reviennent comme un leitmotiv. Au-delà du matériau sonore, on y retrouve encore cette alternance d’images qui évoquent tantôt la sérénité tantôt la catastrophe : « la douceur envolée n’a laissé derrière elle / qu’un long ruban déchiré ». Le monde a perdu ses points d’ancrage : « le cœur bat comme une porte / que plus rien ne retient dans ses gonds » Et dans ce poème, cet équilibre si tenu bascule dans la noirceur : « rosace les roses les roses et les ronces / il y avait sur cette terre tant de choses fragiles / tant de choses qu'il ne fallait pas briser / pour y croire et pour y boire / fontaine aussi pure aussi claire que l'eau / fontaine maintenant si noire que l'eau est absente »

Le dernier poème, intitulé prosaïquement « L’effort humain », m’apparaît comme un épilogue : une dernière fois, Giguère évoque un monde en ruine, dont il fallait se libérer. Pourtant, la conquête demeure bien modeste, le tout ne tient qu’à « un cerceau retrouvé ».

Les Armes blanches, publié en 1953, est l’un des beaux recueils de la poésie québécoise. Il faut se rappeler que les éditions de l’Hexagone seront fondées en cette même année 1953. Quand on met ces deux événements en parallèle, on ne peut qu’admirer le travail de Giguère. On peut dire sans se tromper que tout un pan de la collection « Les Matinaux » s’inscrit dans la continuité du travail de Giguère. On parle ici aussi bien de la thématique que de la fabrication artisanale des recueils.

Lire « Roses et ronces »
Lire « Les mots-flots »
Sur les éditions ERTA
La collection « La tête armée »



24 décembre 2011

Yolande la fiancée

Laetitia Filion, Yolande la fiancée, s. l. [Lévis], s.n. [Imprimerie «Le Quotidien»], 1935, 188 pages

L’histoire commence en 1913, se déroule à Québec et aux alentours, surtout à Saint-Jean, Île d’Orléans. Jean Dubreuil et Henri Desruisseaux sont deux universitaires qui achèvent leurs études: le premier veut devenir médecin et le second, avocat. Jean a une sœur, Yolande, qui a une amie, Lucienne. Les jeunes filles ont fréquenté les couvents, ont terminé leurs études et demeurent à la maison en attendant de trouver un mari. Henri est amoureux de Yolande et Jean, de Lucienne.

Aux termes de leurs études, en 1915, pour des raisons obscures, Jean et Henri décident de s’enrôler. Juste avant de partir, l’un et l’autre se déclarent à sa belle. Ils se retrouvent successivement à Val Cartier (sic), à Plymouth, puis au front à Rouen. Les amoureux s’échangent des lettres. Les deux gars s’en tirent jusqu’en 1916 : Henri est amputé des deux jambes. Il rentre au pays au printemps 1917, envoie une lettre à Yolande dans laquelle il la libère de son engagement. Même si tout le monde lui conseille d’accepter cette rupture, elle ne l’entend pas ainsi.  Elle essaie sans succès de convaincre ses parents et son fiancé. Le temps passe, Yolande s’accroche à son rêve jusqu’à ce que Henri meure (on ne comprend pas trop de quoi).

En novembre 1918, survient l’armistice et Jean rentre au pays. Il revoit Lucienne, mais rompt avec elle. Pendant la guerre, elle s’était trouvé un autre amoureux, au cas où il ne serait pas revenu. Jean est maintenant médecin à Matane. Monsieur Dubreuil meurt. À défaut du grand amour, Jean épouse une gentille fille. Quand madame Dubreuil meurt à son tour, Yolande se retrouve seule. Elle décide de rester célibataire et de donner sa vie aux autres : elle allègera la vieillesse de madame Desruisseaux (qui aurait dû être sa belle-mère), d’une vieille tante et s’occupera des enfants de son frère.

Inutile de vous dire que je n’aime pas la conclusion de ce roman :
« De la joyeuse fiancée du mois de juillet 1915, il ne restait plus qu'une personne vieillie avant l'âge et qui désormais partagerait ses soins et son dévouement entre sa tante Sylvie et Madame Desruisseaux. A toutes deux qui étaient âgées, elle fermerait les yeux. Henri n'aurait pas de reproches à lui faire, après s'être dépensé auprès de ses parents, elle serait pour sa mère, à lui, une fille affectueuse et dévouée comme elle l'avait promis. Enfin, plus tard elle irait partager avec sa belle-sœur les devoirs nombreux qu’impose une famille.Yolande, seule dans la chambre d'Henri, que Madame Desruisseaux met à sa disposition, pense à ses rêves d'avenir, et voit qu'ils se sont tous changés en fumée. Malgré un soupir qui gonfle sa poitrine, elle ne se sent pas trop malheureuse: il lui reste encore quelqu'un pour qui se dévouer. »
Il y a beaucoup de femmes qui commencent une carrière de romancière aux alentours des années 1930 et Laetitia Filion (1897-1947) est l’une d’elle. Disons que la plupart ont écrit sur les relations amoureuses.  Je pense à Hélène Charbonneau,  Jovette Bernier, Éva Senécal, Marie-Louise Turcot, Françoise Morin  et Adrienne Maillet (L’Oncle des jumeaux Pomponelle, 1939). Je dois dire que toutes celles citées ci-dessus, sauf Morin, sont supérieures à Filion.

En choisissant le point de vue de la jeune fille naïve (Yolande), qui ne voit guère plus loin que l’amour qu’elle éprouve pour Henri, Filion condamnait son roman à la superficialité. On ne sait pour ainsi dire rien de la guerre, rien de la petite communauté dans laquelle elle vit, rien de ses parents. Le lecteur reste muré, avec elle, dans son rêve d’amour, devenu pathétique quand son amoureux est amputé. Même le décor est en partie escamoté : tout au plus, on mentionne à quelques reprises le traversier qui assurait la liaison entre l’île d’Orléans et Québec.

17 décembre 2011

Premières Poésies


Eudore Évanturel, Premières poésies 1876-1878, Augustin Coté, Québec, 1878, 203p. (Préface de Joseph Marmette).

On comprend mal que Joseph Marmette ait pu offrir une préface aussi élogieuse aux poésies d’Eudore Évanturel, tant elles sont loin de son œuvre. Est-ce simplement l'amitié qui l’a motivé ou voulait-il secouer l’arbre un peu trop classique du monde littéraire de son époque? Toujours est-il que sa préface fit scandale et qu’elle attira sur l’œuvre de son « jeune ami » bien des critiques dont il aurait pu se passer. Évanturel cessa d’écrire et publia, en 1888,  une version expurgée (autocensurée) de son œuvre.

Contrairement à la plupart des recueils du XIXe siècle, Premières poésies n’appartient pas au courant patriotique. Évanturel cite Musset et s’inspire de sa vie personnelle. D’autres l’ont fait avant lui, mais seulement à travers quelques poèmes perdus dans une mer de patriotisme. On peut comprendre les sautes d’humeur de ses contemporains qui n’y virent que « niaiseries », tant l’enjeu leur semblait sans intérêt. Aujourd’hui, Évanturel, que les années 1960 ont redécouvert, demeure le poète du XIXe siècle le plus près de l’inspiration contemporaine.

Dans sa longue préface de 21 pages, Joseph Marmette présente son « jeune ami » : ils se sont rencontrés sur l’Île d’Orléans que les deux fréquentent l’été quand ils veulent « aller s’abreuver d’air pur ». Marmette insiste beaucoup sur la délicatesse de l’inspiration d’Évanturel pour finir par dire que, dans l’avenir, il devrait imiter les élans patriotiques du grand Crémazie.

Le recueil est divisé en deux parties. La plupart des poèmes n’obéissent pas à une construction classique : le nombre de vers varient d’un à l’autre et parfois, d’une strophe à l’autre.

Pinceaux et palettes
 « Le printemps », le premier poème, impose un ton et une légèreté qui nous reposent des envolées du grand Crémazie et de ses épigones : « Phthisique, et toussant dans la neige, / L'Hiver s'est éteint lentement. / Le ciel pleurait pour le cortège, / Le jour de son enterrement. // C'est au Printemps à lui survivre. / Il revient en grand appareil. / Non pas en casquette de givre, / Mais en cravate de soleil. » Oui, le ton est léger et les métaphores s’inspirent du quotidien le plus banal.

L’humour, présent dans l’extrait ci-dessus, n’est pas une constante, mais on le retrouve ici et là, et même quand il s’agit de parler d’amour comme dans le poème « Les amoureux » : Évanturel y présente un vieux garçon de cinquante ans qui courtise une veuve comme s'il avait la vie devant lui.

Dans certains vers, l’inspiration est on ne peut plus prosaïque (vulgaire, diraient ses contemporains) : « Les nuits sont froides; l’on s’enrhume » ou encore : « L'Hiver, le pied dans sa pantoufle, / Se réchauffe près des tisons. » On pourrait multiplier les exemples.

On trouve beaucoup de petits tableaux parnassiens, comme « Pastel », « Promenade », « L’opticien », assez bien ficelés mais dont il y a peu à dire.

Tout n’est pas riant dans cette poésie, loin de là : Évanturel parle des pauvres, des solitaires et surtout des personnes malades. À preuve ce tableau pathétique sur la mort d’un ami dans le poème « Au collège » : « II mourut en avril, à la fin du carême. // C'était un grand garçon, un peu maigre et très blême, / Qui servait à la messe et chantait au salut. »  Ou encore l’évocation d’un homme frappé par le tonnerre ou celle d’une jeune fille qui se prépare à aller à un bal alors que c’est la mort qui l’attend. Par contre, il traite de tels sujets davantage sur le mode parnassien que romantique. Un sujet triste comme « Les orphelins » pourrait laisser cours à tous les débordements lacrymaux. Rien de tel chez Évanturel :

LES ORPHELINS
A pas égaux, toujours au centre du trottoir,
Trainant les bouts ferrés de leur semelle épaisse,
Le dimanche et les jours de fête, l’on peut voir
Les petits orphelins revenir de la messe.

Deux à deux, les voilà silencieusement.
La Sœur de Charité qui les suit par derrière,
Les mains jointes, les yeux inclinés humblement,
Achève d'égrener les Ave du rosaire.

II est midi. La cloche a fini de tinter.
Leur longue file est droite et leur tenue est bonne.

II passe !
II est passé, sans vouloir s'arrêter,
Le petit régiment commandé par la nonne!


Œillades et soupirs
Une dédicace coiffe la seconde partie : « A ma lectrice ». Le premier poème lui est adressé : « Et ces riens brodés dans mon âme / Je vous les offre à vous madame / Comme on offrirait des bonbons. » Encore une fois, la modestie et la légèreté de l’inspiration.

« Œillades et soupirs » commence par « En revenant des eaux », un long poème (31 strophes de six vers), en fait un petit récit versifié : lors d’une croisière sur le fleuve, le poète a rencontré une jeune fille; le soir même, un orage secoue le navire en tous sens. À la demande de la jeune fille, les deux demeurent sur le pont malgré le danger. Le lendemain, il débarque à Québec et il ne reverra jamais cette jeune voyageuse de 15 ans dont le souvenir le poursuit : « Les amis étaient froids ; — je courus à ma chambre. / Ce ne fut, je crois bien, qu'à la fin de septembre / Que j'ouvris au soleil un coin de mes volets. // Jamais je n'ai revu, mon ami, l'étrangère! »

Les oeillades et les soupirs du titre, ce sont ceux des amoureux. Évanturel évoque la rencontre amoureuse sous toutes ses facettes : l’éblouissement de la première rencontre, le partage des rêves les plus fous, l’élégie pour sa belle, le rendez-vous manqué, les querelles et les réconciliations, la tristesse de la séparation, le rappel mélancolique d’un ancien amour,  la promenade solitaire dans la nature. Le ton est parfois romantique, parfois banal, mais le plus souvent courtois (celui du chevalier moyenâgeux pour sa belle dame). 

En guise d’extrait, voici un court poème qui offre un bel aperçu de l’auteur. Remarquez la liberté formelle, la simplicité du langage, la narration qui affleure et l’humour du dernier vers.

LE RENDEZ-VOUS
J’étais sorti, croyant la voir après la messe.

Comme elle m'en avait d'ailleurs fait la promesse,
En me quittant, la veille au bas de l’escalier.
Et j'allais respirant un parfum printanier,
Qui me versait l’odeur du paradis dans l’âme
En songeant que j’allais rencontrer cette femme,
— Qui me faisait souffrir encor plus que jamais —
Pour ne plus lui cacher enfin que je l’aimais.

Je ne l'entrevis point au sortir de l’église.

Pas un chapeau pareil au sien, ni robe grise.

J’attendis vainement jusqu’au soleil couché.

Je revins, cependant, sans paraître fâché,
Très lentement, les yeux levés, la tête haute.

Mais j'ai battu mon chien en entrant.
C'est sa faute.

8 décembre 2011

Passetemps sur les chars


Joseph  G. Bourget, Passetemps sur les chars, Trois-Rivières, La concorde, 1880, 137 pages (+ 4 pages de publicités à la fin)

Si je me fie aux publicités à la fin du recueil, on peut penser que ce petit livre a vraiment été vendu dans les gares. L’auteur travaillait sur les « chars » : « Voyageant depuis bientôt six ans sur les trains de chemin de fer, comme conducteur des malles, j'ai pu me faire une juste idée de l'ennui et du quasi-abrutissement dont est invariablement victime le voyageur. Y a-t-il  en effet, rien de plus monotone que  de voyager sur les chars ? Cela va assez bien en partant. On admire une heure durant les campagnes que nous traversons à toute vapeur, mais nos yeux se fatiguent bientôt de ces divers paysages, et alors.... » Et plus loin : « Heureux je serai, si mon petit livre peut faire paraître le temps moins long au voyageur, car c'est là le seul but que je me suis proposé. » Oui, l’entreprise est modeste et les récits, tout aussi modestes, si ce n’est le romantisme exacerbé qui les colore d’un bout à l’autre.

Amour et patrie
Les Benoit et les Colson sont les meilleurs amis du monde. La Rébellion les sépare. Leurs enfants doivent s’épouser. Finalement, tous ceux qui survivent aux troubles de 37-38 se retrouvent en Australie et mènent la grande vie.

Le témoignage de la morte
Allemagne. Une jeune aristocrate a épousé un coureur de dots. Il pense à la tuer. Elle est sauvée par un serviteur fidèle.

L’enfant du bon Dieu
Une famille prend en charge l’enfant illégitime d’une pauvre fille abandonnée par son amoureux.

Une aventure au Brandy pot
Rivière du loup. Une jeune bourgeoise est enlevée par des brigands et sauvée par le fils du fermier de son père. Elle finit par l’épouser.

Souffrida
Mexique. Souffrida est une jeune aristocrate. Lors d’un voyage, un brigand (Henri, alias Porporo) la sauve d’une mort certaine. Ce bandit n’est qu’un ancien noble tombé dans le crime. Souffrida en est amoureuse. Il ne peut l’épouser à cause de son passé. Elle finit par s’empoisonner. Il meurt à la guerre en contemplant la pierre tombale de la jeune fille.

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