Google fournit des statistiques sur le blogue. Chaque année, je suis un peu surpris de constater la fréquentation du site. Il faut dire que j’ai présenté plus de 800 livres et que certains sont étudiés dans le réseau scolaire, ce que les statistiques démontrent clairement. Cependant, de réaliser que 16300 pages ont été vues en Suède a de quoi m’étonner, surtout que je viens de le découvrir. Que s’est-il passé au mois d’août en Suède? Un cours sur la littérature québécoise? Une exposition?
Plus de 1000 livres québécois! Patrimoine littéraire, bibliophilie, carnet de lecture. 196 000 pages vues en 2025. « Laurentiana » se dit des livres ou brochures relatifs au Québec, au Bas-Canada et à la Nouvelle-France.
27 décembre 2021
25 décembre 2021
CHANT DE NOËL
Les
sapins de Noël méditent cette nuit.
L’église
au loin scintille, et de pieux cortèges
Cheminent
vers la crèche où l’image sourit.
Le
froid tombe du ciel, le ciel est plein de neige.
Et des essaims de voix murmurent tendrement
Des pardons. Les sapins, au bord de l’ombre fière,
Tendent leurs fronts blanchis vers les hauts firmaments
Où se perd en échos leur unique prière.
Sapins noirs, sapins bleus secouant vos frimas,
Quand passent les frissons de la brise nocturne,
Sans déranger vos pieds, vous élevez vos bras.
Les dômes étoilés, aussi ronds que des urnes,
Couvrent les monts lointains pleins d’ombre et d’horizons
D’où vient notre espérance, où s’en vont nos chansons !
(Louis-Joseph Doucet, Au
vent qui passe, 1917, p. 35)
24 décembre 2021
CONTE DE NOËL
« Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
Le pauvre homme est seul en son logis désert, et l’œil morne, il regarde
aux carreaux des fenêtres, se battre les miettes de neige, comme des ailes de
papillons en détresse. La nuit aussi sombre qu’un drap mortuaire est piquée de quelques
étoiles tremblotantes comme des cierges. Les passants attardés se hâtent. L’air mystérieux
est plein du son lointain des grelots, de la clameur apaisée des clochers en
délire, et du timbre argentin qui vient de se taire, laissant un écho très doux de musique envolée.
Elles sont parties toutes deux, ses filles bien-bien-aimées, étouffant leurs sanglots, après de vains efforts pour l’amener aussi.
C’est Noël, c’est la messe de minuit.
Mais il a juré de ne plus retourner à l’église, et depuis dix mois, il
lutte avec sa conscience d'honnête homme, et son fol orgueil.
— Ce n’est pas Monsieur le Curé qui ira en enfer… lui répète au fond du cœur,
la voix de sa fille cadette…
— Faut-il s’obstiner avec le bon Dieu?... Vous étiez si fier l’an dernier à
pareille date, de vous vanter bien haut que jamais vous n’aviez manqué la messe
de minuit, ce sera donc la première fois, et maman du haut du ciel, s’attristera…
Sa fille aînée, effleurant une corde sensible, a remué son cœur, mais ne l’a
pas vaincu.
Non, ce curé qui n’a pas voulu se ranger avec lui pour le choix du
terrain, lors de l’érection de la dernière école, ce curé ne le verra plus à
l’église, il le lui a dit, il l’a répété à ses amis… ses filles ne le
fléchiront pas !
Et pourtant, il sent, un remords
de les attrister ainsi… Avec des soins touchants, elles ont préparé le menu
du réveillon, orné les rideaux de la couronne traditionnelle de houx, semé
partout un air de fête, n’osant le croire rebelle à l’attrait de cette gaieté,
à leur tendresse surtout…
Et l’homme qui tout à l’heure
dressait son orgueil devant son amour paternel et sa foi toujours vivante au
fond de l’âme, cet homme se courbe et pleure maintenant.
Est-il vaincu?... Non…, mais.il
pense qu’il y a foule à l’église, et que dans l’ombre d’une colonne Monsieur le
Curé ne le reconnaîtra pas... La messe de minuit… il se sent incapable de ne
pas s’y rendre, pour la première fois… Et malgré la lutte qui s’agite encore
au fond de lui-même, il s’en va d’un pas automatique, à travers la nuit si
douce de paix mystérieuse.
Il se sent pâlir en franchissant
le seuil du temple, et la clarté qui jaillit de toutes parts en l’éclosion de
joie universelle, le surprend, le trouble et le saisit. Il n’ose avancer, et
derrière un pilier, il s’abrite... La foule est recueillie et s’incline avec
foi. L’émotion et l’orgueil paralysent un peu les élans de cette âme, mais
l’homme n’a pas oublié la dignité du saint lieu, et son maintien est digne. Il
retrouve au fond de sa poche, le chapelet qu'il n’a pas égrené depuis dix mois,
et les mots si doux de l’Ave s’éveillent en sa mémoire.
Le chant triomphal du Gloria
in excelsis Deo, éclate sous les voûtes sonores: la paix chantée au ciel se
dilate aussi sur terre. Chaque âme en reçoit comme une aspersion douce, et se
sent plus forte et plus heureuse.
La foule a maintenant quitté le temple, seules quelques personnes agenouillées restent encore pour montrer au Dieu d’amour, le trop plein de leur âme, ce sont celles sans doute dont la croix a blessé les épaules, ou que le repentir vient d’inonder. Peu à peu, l’ombre se fait, et les fidèles attardés s’éloignent après un regard au Tabernacle. Le dernier flambeau s’éteint, deux femmes s’inclinent, mais en relevant la tête, elles aperçoivent, ô bonheur, un homme à genoux aux pieds de la Crèche !
Décembre 1928.23 décembre 2021
CHANT DE NOËL
Noël! chant d’amour, d’allégresse :
Ce jour nous annonce un Sauveur
Venu pour l’âme pécheresse.
Hymne de joie allant au coeur!
Noël! chant de magnificence:
Nous promet la félicité
En de célestes récompenses.
Du Fils qui nous a racheté !
Noël! chant d’angélique joie,
Et nous redit la piété:
Un ciel d’amour,— l’heureuse voie—
Ouvert par la grande bonté
D’un Dieu-Sauveur!
(Marie Dechenaud-Larue, La voix du cœur, 1935, p. 134)
22 décembre 2021
LES ROIS DE NOËL
Noël chante!... la nuit est belle.
Les gueux sont gais comme des rois.
L’audace brille en leur prunelle;
Ont-ils raison? oui, je le crois!
Ils pensent qu’un Dieu, sur la paille,
En vain ne doit pas être né.
Ce soir, beaucoup feront ripaille,
Eux comptent, demain, déjeuner.
Ils ont l’âme douce et mystique
Des bons vieux bergers d’autrefois
Dont Ils croient ouïr la musique,
Airs de musettes, de hautbois.
Si Dieu naquit dans une étable,
Ce fut pour tout le genre humain,
Mais surtout pour nous, misérables.
Songent-ils en tendant la main.
Noël chante! c’est grande fête;
Ce soir le gueux, puissant et fort,
Osera relever la tête;
Qui donc trouverait qu’il a tort?
Il semble qu’il n’a plus la frousse,
Son oeil, même, est un peu railleur;
Accroupi près d’un mur, s’il tousse,
Ce n’est certes pas qu’il se meurt.
Le froid !... mais ce soir il s’en moque !
A Noël, les gueux sont-ils fous?...
Il croit voir fumer sa défroque
Sous l’haleine d’un beau bœuf roux!
Noël chante et le pauvre hère,
Regardant la foule, sourit!
Doit-on rougir de sa misère
Quand on ressemble à Jésus-Christ!
Son œil scrute la nuit sereine;
Il contemple hardiment les cieux.
Voilà la foi qui, souveraine,
Doit aller jusqu’à l’Homme-Dieu !
Puis, sa pauvre tête s’incline,
Prosterné, les membres tremblants,
Il sent comme une aile divine
D’ange frôler ses cheveux blancs.
Noël chante!... la nuit est belle!
Salut! gueux, vous êtes les rois
En cette nuit qui nous rappelle
Combien Dieu fut pauvre autrefois.
Sur ton front, mendiant austère,
Que Noël nimbe de clarté,
Quand s’accomplit le grand mystère,
Rayonne le mot VÉRITÉ!
(Alfred Descarries, La revanche, 1929, p. 144-146)