22 décembre 2007

Noël d'antan (12)

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

Bon temps des Fêtes à toutes et à tous. J'espère que vous avez apprécié le caractère suranné de ces douze poèmes de Noël. Qui d'autres que Jean Narrache pour compléter la série! Je ne reprendrai pas ce blogue avant le 15 janvier. J'ai deux ou trois livres de notre époque (eh oui!) que je voudrais lire.... Bonne année 2008 !

LE TEMPS DES FÊTES

V’la l'temps des Fêt's pis des étrennes.
Les magasins, les grands journaux
Annonc'nt Santa Claus d'puis trois s'maines
C'est l'p'tit Jésus des temps nouveaux.

...Dir' que Santa Claus te remplace,
Ah ! pauvre Jésus d'mon jeun' temps !
C'est-i' vrai qu' t'as perdu ta place
Dans la croyanc' des p'tits enfants !...

Tandis que tout l'mond' se garroche
Aux magasins, j'passe en r'gardant,
Tout seul, les deux mains dans mes poches...
J'ai pas d'autr' chose à mettr' dedans.

L’argent, on pogn' pas ça au piège,
Faut travailler pour en avoir ;
Ça l'fait exprès, on n'a pas d'neige
A ramasser su' les trottoirs.

J'aim'rais ça fair' des bell's étrennes
A ma vieille et aux p'tits enfants ;
J'leu donn' c'que j'peux... Ça m'fait d'la peine
Vu qu' j'ai ben l'coeur, mais pas l'argent...

Des p'tits quêteux r'gard'nt les vitrines
Plein's de nénane et d'beaux joujoux ;
Le coeur leu bat dans la poitrine,
Y'en voudraient ben eux-autr's étou.

En r'gardant ça, i' s'font d'la bile
A s'expliquer c'qui z'aim'r aient l'mieux.
Pourtant, i'sav'nt qu' c'est inutile,
Santa Claus ira pas chez eux.

...Eh oui ! c'est d'mêm' tout l'long d'la vie !
Qu'on soit p'tit ou ben qu'on soit grand,
On est plein d'rêve et plein d'envies,
Pis, on s'fait plus d'mal en rêvant !

(Jean Narrache, Quand j'parl' tout seul, 1932)

21 décembre 2007

Noël d'antan (11)

CHANT DE NOËL
J'adore ta venue, enfant, frères des mondes,
Œuvre de votre amour, ô Père, ô Saint Esprit!
Sublime Agneau, victime et sauveur, Jésus-Christ,
Dont le front doit bleuir à nos douleurs profondes.

Je t'adore, ô Promis de toute éternité,
Je t'adore en mes cris, je t'adore en ma joie;
D'une âme que le feu de ses désirs rougeoie
Je t'adore en mon rêve et mon humanité.

Je t'adore!... Car j'ai compris ton beau sourire :
Sur ta lèvre divine où ses plis sont posés
Comme en un grand miroir, bouche et traits convulsés,
Le Prodige inouï du Calvaire se mire...

Ô divin Rédempteur! Flambeau des paradis
Que la chair et la vie agitent devant l'Être;
Ô Sauveur! Apprends-moi ce que je dois connaître
Pour dompter la chimère et ses envols maudits.

Car je veux, avec Toi, grandir dans l'humble enceinte;
Comme Toi, je veux mettre à mon front le roseau;
Je veux m'agenouiller auprès de ton berceau,
Pour expirer plus tard aux pieds de la Croix Sainte.

(Arthur de Bussières, Les Bengalis, 1931)

20 décembre 2007

Noël d'antan (10)

LE SAPIN DE NOËL

Le frère des buis et des houx.
Le sapin des arpents de neige,
Jouit, au pays de chez nous,
D'un liturgique privilège.

Près de la Crèche, le hameau
Érige encore dans l'église
La parure du baliveau,
Qu'une étoile argentine irise.

Suivant le rituel ancien
De la divine nuit de fête,
Le petit sapin canadien
Est enguirlandé jusqu'au faîte.

L'arbre se dresse, endimanché,
Sous le velours vert qu'il étale,
Tel, vêtu d'un satin broché,
Le portechape dans la stalle.

On raconte que, certain soir,
A travers le givre et la mousse
Du bucolique reposoir,
Glisse une berceuse tout douce.

Est-ce le sapin de Noël
Dont le murmure, avec mystère,
Se mêle aux musiques du ciel
Et berce l'Enfant solitaire ?

(Nérée Beauchemin, Patrie intime, 1928)

19 décembre 2007

Noël d'antan (9)

VIEUX NOËLS

O beaux jours envolés! O Noëls de jadis!
Claire embrasure au fond lointain du Paradis!
En ces mois d'hiver où la nuit gronde et vente,
O douce vision, que vous êtes vivante!...
Magique pauvreté! Riens chers et bienvenus!
Tous les trésors étaient dans nos bas contenus!
Dès l’aube, très émus, retenant notre haleine,
Tremblants, nous saisissions l'énorme bas de laine
Où le petit Jésus, en secret, avait mis
Les cadeaux désirés et les bonbons promis.
Un bonheur grandissant brûlait notre prunelle
— Qu'as-tu? demandait l'un; — C'est un polichinelle !
— Et toi ? — C'est un cheval de bois! — Et toi, dis, dis ?
— Une poupée! Un sac de noix et de candis !
— Moi, disait l'autre, j'ai des crayons et des plumes,
Des raisins d'or et des pastilles pour les rhumes !
— Une toupie! — Un régiment! — Des animaux !
Et notre cœur joyeux s'exaltait dans ces mots !
Je vois passer encor devant moi ce cortège.
O belle âme d'enfant, neuve comme la neige !
Enchantements naïfs, jouets mirobolants,
Que vous étiez petits et que vous étiez grands !
Ma poupée au visage informe et teint de rose,
Que vous me paraissez maintenant peu de chose !
A côté de ces vers qui narguent mon désir,
Et de cet infini que je ne puis saisir!

(Blanche Lamontagne, Ma Gaspésie, 1928)

18 décembre 2007

Noël d'antan (8)

NOËL

Dans l'aube matinale,
Les cloches ont sonné !
La nature hibernale
S'est prise à frissonner,
Par les Cieux entonné,
A ce chant de Victoire:
Le Christ vous est donné,
Le Verbe s'est fait gloire !

Peuples, chantez ! Chantez
La trêve de souffrance.
Le Roi Jésus est né,
Voici la délivrance.
Dans votre exubérance,
Ployez vos deux genoux
Devant cette espérance
Qui vient du Ciel à nous.

Il est là dans sa crèche
De langes entouré
Là sur sa paille fraîche
Attend l'humanité.
Gage d'éternité,
L'Amour est son royaume;
Il vêt la pauvreté
Du plus subtil arôme.

Cet otage divin
Que donne Dieu le Père,
Adorons-le, Chrétiens;
Il vient nous dire : « Espère ».
Et la nature entière
A mêlé sa blancheur
A nos blanches prières
De Glorias vainqueurs.

(Rosaire Dion, En égrenant le chapelet des jours, 1928)