20 août 2026

En pleine gloire

Madeleine (Anne-Marie Gleason), En pleine gloire (pièce en un acte), Montréal, La Patrie, 1919, 24 p.

La scène se passe dans une maison en ruines, dans un village de Reims, en août 1918. Dubreuil, un soldat canadien du 22e régiment, ayant été blessé, est recueilli et soigné par une famille française dont il ne reste que le grand-père, un héros de la guerre de 1870, sa petite-fille (Marthe) et son petit-fils. Marthe et Dubreuil sont amoureux. Lors d’une sortie, Dubreuil est blessé mortellement.

La pièce se veut un hymne aux héros de la patrie, à l’amitié qui lie la France et le Canada. Le dialogue suivant met en scène Marthe, Dubreuil et le grand-père.

Extrait

MARTHE

Aussi votre 22e régiment canadien-français a-t-il immortalisé votre jeune patrie!

LE COLONEL

Il fut intrépide partout votre 22e, mais à Courcelette il devint magnifique! Là, vous avez senti, n’est-ce pas, jeune homme, que vous écriviez une page dans votre belle histoire, et vous l’avez écrite, cette page, avec le plus pur de votre sang. Ce furent des heures d’épopée vraiment, et les soldats venus de vos tranquilles villages et de vos villes paisibles connurent l’émotion d’être des héros!

LE LIEUTENANT

Notre 22e, il est fier, voyez-vous, de partager avec votre 22e de ligne, l’hon­neur suprême d’avoir eu le plus de morts. Mais si vaillant qu’il fût, il n’a pas, sachez-le bien, représenté à lui seul toute la Nouvelle France. Des soldats, nous en avions mis dans tous les régiments canadiens, et même dans ce magnifique “Princesse Patricia”, qui disparut dans une tourmente d’apothéose ! Nous en avions même chez vous, dans votre héroïque Légion Étrangère. Nous en avions partout, enfin !

LE COLONEL

Comme vous avez su vous battre... Comme vous savez mourir !

LE LIEUTENANT

Nous avons regardé tomber les Français, et nous avons compris que la mort n’était rien, et que le sacrifice était tout ! Puis, s’endormir ici, dans la terre ancestrale, à côté de tant de héros, nous a paru un très-beau sort. Aussi, tapis au fond des tranchées, nos petits soldats écrivent à leur maman, l’heure qui précède la grande attaque : “Si je meurs, il ne faut pas me pleurer, puisque je serai tombé pour une grande cause et que je reposerai en terre de France”. Voilà leur testament, leur adieu...

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