2 novembre 2016

La rose de pierre: histoires d'amour

Yves Thériault, La rose de pierre: histoires d'amour, Montréal, Éditions du Jour, 1964, 135 pages.

Le recueil propose neuf titres dont celui qui donne son nom au recueil. Les sept premiers sont des nouvelles alors que les deux derniers tiennent davantage du conte. Tous ces récits, sauf le dernier, étaient déjà parus en revue, dans Chatelaine ou Maclean.

La rose de pierre
Anthyme, 60 ans, engage Nicolas, un ouvrier agricole d’origine roumaine. Sa fille Véronique, libre et un peu sauvage, est amoureuse de Nicolas.  Amour qu’il semble partager mais auquel il n’a pas droit : il est marié et a un enfant.

La Loutre
Rita, une Indienne Waswanipi du grand lac Mistassini, a fui sa communauté qui voulait la forcer à épouser un homme qu’elle n’aimait pas. Elle croise dans sa fuite François, et il tombe amoureux d’elle.

La Mariouche, c’est pour un blanc
La Mariouche, c’est Marie-Lise, une belle blonde qui accompagne ses parents dans un voyage d’agrément en forêt. Lui, c’est Benjamin, un Montagnais de la Romaine. Bien entendu la Marie-Lise n’est pas pour lui. La Mariouche, c’est aussi la fille d’une légende indienne chantée par Vigneault.

Le fichu de laine
Newport, Baie-des-Chaleurs. Ambroise, au début de la soixantaine, a épousé Micheline, au début de la vingtaine. Sur le bateau qu’il dirige, il aperçoit un matelot qui porte un tricot comme sa jeune femme en tricote. La jalousie s’empare de lui.

La main
Géron est un colérique, mais il aime sa femme par-dessus tout. Un jour, dans un accès de colère, il frappe sa femme. Pour être sûr de ne jamais recommencer, il se coupe la main.

Les sept jours de la transhumance
On est dans les montagnes du sud de l’Italie. Un bouc aurait tué un berger qui aurait malmené une chèvre.

Je n’ai lieu qu’en toi
Julienne, une Parisienne, a épousé un ingénieur, Richard. Après des séjours en Afrique, Richard se retrouve sur la Côte-Nord, près de Baie-Comeau. Sa femme n’arrive pas à apprivoiser les lieux jusqu’à ce qu’elle rencontre une Montagnaise.

Le plat d’or
Conte. Dans un pays qui a aboli la monarchie, le roi et la reine ne sont plus que deux fantoches, image dont ils n’ont pas conscience, puisque les miroirs sont défendus dans le palais.

La tulipe bleue
Martine est inconsolable depuis la mort de François. Une amie lui donne une tulipe qui devient le substitut de son amoureux décédé.


L’amour est décliné sous différentes formes. Couples qui se forment, qui se défont, qui n’arrivent pas à se former, usés, désunis par la mort. On trouve quelques couples mixtes (Québec-Europe; Blancs-Indiens) et si cette différence apparaît comme un obstacle, elle n’est pas synonyme d’échec de la relation amoureuse. Dans 5 récits sur 9, l’aventure se termine plutôt mal.

On connait la manière Thériault. Il plante un décor loin de la ville, dans un lieux excentré, même lorsqu’il l'invente. Sur les neuf récits, quatre ont lieu dans des lieux imaginaires, deux sur la Côte-Nord, un au Saguenay, un dans la Baie-des-Chaleurs et un en Italie.

On retrouve aussi ses personnages habituels. La virilité et le silence des hommes cachent une grande tendresse; les femmes sont généreuses de leurs corps, de leurs sentiments, davantage par atavisme que par éducation.

Thériault utilise souvent un objet ou un lieu qui devient le symbole de l’état d’âme de ses personnages. C’est tantôt un objet (la rose de pierre dans « La Rose de pierre »), tantôt un lieu (l’anse dans « Je n’ai lieu qu’en toi »). 

Thériault, on le sait, est très sympathique à la culture indienne. Même si socialement, l’indien est souvent déclassé, il trouve sa revanche quand vient le temps d’affronter la nature sauvage. 

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