20 septembre 2011

La Cruauté des faibles

Marcel Godin, La Cruauté des faibles, Montréal, Les Romanciers du jour, 1961, 123 pages.

La Cruauté des faibles inaugure la célèbre collection « Les romanciers du jour ». Marcel Godin nous présente 11 courtes nouvelles. Toutes mettent en scène des relations entre des hommes et des femmes. Toutes nous montrent des amoureux frustrés, des perdants et des perdantes, des gens qui se haïssent, qui se déchirent… Des amours glauques. Au mieux des amoureux usés, déçus. Une phase résume bien le propos de Godin : « On s’use les uns les autres, les uns aux autres. » Dit en d’autres mots plus célèbres : « L’enfer, c’est les autres. »

Simone
Le narrateur pense à sa femme morte dans la pièce d’à-côté. Il regrette qu’elle soit devenue aussi grosse.

La   naïve
Une femme est sûre que son patron ne pourra résister à ses charmes.

La récompense
Un embaumeur fait l’amour à une morte.

L'invitation   
Le bossu du village essaie de coucher avec la putain du village.

Mon Allemande
Un homme passe trois jours d’amour et de sexe avec une femme matelot.

Ces trois jours-là
Une mère détestée de ses enfants vient de mourir. Vision carnavalesque des obsèques qui s’ensuivent.

L'anguille  
Un artiste et son amoureuse se disputent.

Rencontre
Le narrateur, ayant raté son train, revient chez lui et trouve sa femme au lit avec un autre homme.

Les insectes  
Un homme veille sa femme qui va mourir. Regret ou délivrance?

Les lits parlent
Un lit raconte les derniers jours d’un vieil homme plein de haine pour sa fille.

Lydie, je  m'excuse  
Un peintre amène chez lui une jeune fille dont il est épris. Sous prétexte de la peindre, il la fait se déshabiller mais est tellement déçu de son corps qu'il ne peut la peindre.

Extrait (Les insectes)
Dieu! Qu'attendait-elle pour râler son dernier râle, devancer la maladie. Du bout des doigts, il toucha les cheveux de Mona. Un geste simple, presque humain, compréhensible. Lentement, gagner les oreilles, le menton, le cou. De là, comme des araignées impatientes ses deux mains s'immobilisèrent sur la gorge. Une pression hâtive, de toutes ses forces. Puis, un cri.
Mais il cria lui-même, comme en lançant un morbide appel à la vie normale, aux souvenirs et aux autres habitudes qu'il allait perdre. Il lâcha l'étreinte et rejeta ses deux bras ballant le long du corps, comme des pendules qui marquaient le temps. Il quitta la chambre. Il ne la tuerait pas. Il la laisserait mourir. Il quitterait la maison, irait   au   club,   prendre   un   verre,   rencontrer   Pamphile, manger au restaurant, flirter une autre fille.
II endossa son paletot, se coiffa de sa casquette, ouvrit la porte, au moment même où un soupir traversa la maison. En une demi-seconde, il s'imagina penché sur Mona qui, d'un élan brusque, avec une force insoupçonnée le saisissait à la gorge. Et clic! De ses doigts énormes lui tordait le cou, lui rendait la pareille, le broyait comme il avait voulu la broyer.
Il eut si peur que ce fut vrai. Il s'arrêta sur le seuil de  la  porte  et  n'osa  pas  s'approcher  de  Mona  qui le délivrait, après tant d'usure, la langue échappée, le visage teinté de mauve, un filet rouge ruisselant lentement, très lentement sur l'oreiller.
Ah! Si elle avait pu voir encore. Deux terribles insectes tournoyaient autour d'elle et cherchaient à s'abreuver. Ah! Si elle avait pu entendre encore Péret qui disait:   « On s’use les uns les autres, les uns aux autres... » (p. 104-105)

1 commentaire:

Ecrire un roman a dit...

Je n’aime pas tellement la nouvelle, encore moins lorsqu’elles ne font que raconter l’ordinaire. Je préfère m’évader du quotidien durant une lecture. J’aime votre franchise et votre fraicheur. Merci d’avoir pris le temps de lire ce livre pour nous en faire un résumé.