26 janvier 2010

Le Secret de la Marquise

Adèle Bibaud, Le Secret de la Marquise et Un Homme d'honneur, suivis de : Michel Bibaud, Poésies Canadiennes, Chez l'auteure, Montréal, 1906, 128 pages.

Ce livre contient deux récits d’Adèle Bibaud et quelques poèmes de son arrière-grand-père, Michel Bibaud. Les histoires de Madame Bibaud sont très romantiques, très moralisatrices. Les poèmes de Michel Bibaud sont aussi très moralisateurs. Le livre a été publié à compte d’auteur et est farci de publicités. Il me semble que c’est son plus grand intérêt.

Le Secret de la Marquise
La marquise de Montreuil, veuve, n’a qu’un fils, Hector. Elle a aussi une nièce, Louise, qu’elle a élevée comme sa propre fille. Quand elle découvre qu’Hector est amoureux de sa cousine, elle décide de l’éloigner : elle l’emmène en Europe. Quand ils reviennent, deux ans plus tard, les sentiments d’Hector à l’endroit de sa cousine sont toujours aussi vifs. Le fils comprend que sa mère s’oppose à cette union pour des raisons autres que le lien de parenté. Pour ne pas blesser sa mère, dont la santé est fragile, il s’éloigne de Louise. Du moins, il essaie, mais ne réussit pas. La Marquise finit par révéler son secret ; elle croit que Louise est sa propre fille, enfant qu’elle a eue avec son mari avant qu’ils soient mariés et confiée à une nourrice. Or, sur son lit de mort, cette nourrice révèle à la Marquise que Louise est sa propre fille et que l’enfant, lui ayant été confiée, est mort depuis longtemps. Hector et Louise peuvent laisser libre cours à leur amour.

Un Homme d'Honneur
Quand Paul Bienville, un jeune avocat à sa première cause, découvre qu’il s’est fait berner par son client, un notaire véreux qui détourne les héritages, et qu’il a condamné une brave femme et ses deux enfants à l’indigence, il se jure de réparer cette injustice, ce qu’il parvient à faire. Déçu, il abandonne la profession pour se consacrer au journalisme.

Poésies canadiennes de Michel Bibaud
Les deux premiers poèmes font entre 200 et 300 vers. Dans le premier, « Satire contre l’avarice », Bibaud cite plusieurs cas où l’avarice est à l’origine du mal. Dans ce passage, il s’agit d’un bourgeois : « Voyez cet homme pâle, et maigre et décharné ; / De tous nos bons bourgeois c'est le plus fortuné. / Il a des revenus quatre fois plus qu'un juge ; / Mais la triste avarice le ronge et le gruge : / Plus mal que son valet vous le voyez vêtu ; A le voir vous diriez du dernier malotru. / De quels mets croyez-vous que se couvre sa table ? / De gros lard, de babeurre et de sucre d'érable. / " Tous les mets délicats font tort à la santé," / Dit-il, " et trop longtemps manger c'est volupté. / Jamais, surtout, il ne convient de boire... "
Dans sa seconde « épitre », « Satire contre l’envie », Bibaud s’en prend aux jaloux : « On a beaucoup écrit et parlé de l'envie : / Mais dans tous ses replis l'a-t-on toujours suivie ? / " L'envie est un poison, a-t-on dit, dangereux, / " Car l'arbre qui le porte est un bois cancéreux. / " L'homme envieux ressemble au reptile, à l'insecte ; / " Car tout ce qu'il atteint de son souffle, il l'infecte : / " Mais cet homme, souvent, fait son propre malheur, / " Comme en voulant tuer, souvent l'insecte meurt. » « Les souhaits » contiennent les vouex adressés par l’auteur à famille le 1er janvier 1822. « Les grands chefs » est un hommage à tous les grands Indiens qui ont marqué l’histoire de la Nouvelle-France. Enfin, dans « Le héros canadien », Bibaud fait l’apologie d’Iberville.


Extrait

Qui mérita, par l'amitié
Qu'il porte aux enfants de la France,
Mainte fois, leur reconnaissance :
Ce fut Garakonthié :
Entre les siens et nous grand négociateur,
Et pacificateur,
Que de fois il nous fut utile et nécessaire !

Salut, ô mortel distingué
Par la droiture et la franchise ;
Dont la candeur fut la devise,
Honneur d'Onnontagué :
Ce que j'estime en toi, c'est bien moins l'éloquence.
L'art de négocier, que la sincérité,
Que la véracité
Et des moeurs, chez les tiens, l'admirable décence.

Qui mérite d'être admiré
Par un cœur tendre, une âme pure ;
Par tous les dons de la nature ?
C'est Ouréhonharé ;
Qui, se donnant aux siens comme exemple et modèle.
Oubliant Denonville et le fatal tillac,
Devient de Frontenac
L'admirateur, l'ami, le compagnon fidèle.
Avec les Canadiens, parfois
Avec les enfants de la France
S'il porte l'épée ou la lance
Contre les Iroquois,
Ne le croyons point lâche et traître à sa patrie :
Non, Ouréhonharé chérit sa nation,
Même avec passion ;
Mais il la voudrait voir hors de sa barbarie.
C'est lui, qui devenu chrétien,
Et près de son heure dernière,
Attentif, entendant un père
Qui, pieux, l'entretient
De Jésus par les Juifs meurtri sur le Calvaire,
Dans un dévot transport, hautement s'écria :
"Eh ! que n'étais-je là ?
Ah ! je les eusse bien empêché de le faire."

Qui connaît si bien les moyens,
Le jeu de la diplomatie ?
Qui, si prudemment négocie ?
C'est Téganissorens ;
Qui, trois fois, des Cantons ambassadeur illustre,
Dans l'art de rétablir ou préserver la paix,
L'émule du Français
A, trois fois, des Cantons fait accroître le lustre.
(p. 116-117)

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