18 décembre 2008

La Noël au Canada (Coburn)

"Frederick Simpson Coburn, peintre et illustrateur (Upper Melbourne, Qc, 18 mars 1871 -- id., 25 mai 1960). Coburn est surtout connu pour ses tableaux représentant des scènes hivernales dans lesquelles des chevaux et des traîneaux sortent d'une forêt et émergent dans une clairière, exécutés, pour la plupart, après 1916 dans les Cantons de l'Est (Québec). Vers 1890, Coburn part en Europe où il réside jusqu'en 1916. Il y mène une carrière lucrative d'illustrateur, sa réputation ayant été solidement assise en 1897 avec le succès remportée par la publication illustrée de The Habitant, du poète canadien W. H. DRUMMOND. Coburn illustre quatre autres recueils de poésie de Drummond, ainsi que des oeuvres littéraires d'auteurs connus comme Louis-Honoré Fréchette, Washington Irving, Charles Dickens, Edgar Allan Poe, Alfred Lord Tennyson et Robert Browning. Ses dernières huiles et gravures baignent dans une atmosphère lumineuse d'hiver canadien, ce qui contraste avec la lourde palette sombre de ses illustrations où transparaît une influence européenne." (ELIZABETH H. KENNELL, L'Encyclopédie canadienne)






16 décembre 2008

La Noël au Canada

Louis Fréchette, La Noël au Canada, Toronto, Georges N. Morang, 1900, 288 pages. (Illustrations de Frederik Simpson Coburn).

Louis Fréchette a écrit deux versions de ce recueil : un première en anglais (Christmas in french Canada, 1899) et celle-ci, en français. Il semble que certains contes, d’abord écrits en anglais, ont été réécrits (et non traduits) en français. Pourquoi «en anglais» d'abord? Simplement parce qu'il existait un intérêt pour les contes folkloriques chez les anglophones.

Comme le veut le genre, c’est souvent naïf, gentil. Mais qu’importe, ne boudons pas notre plaisir! Fréchette est un sacré conteur, il ne faut pas en douter! C’est vif, charmant, sentimental, varié, bien écrit, sans enflures verbales, bref c’est du plaisir de bout en bout. Ce livre n’a jamais connu une belle réédition. L’édition de 1900, avec ses bandeaux, ses lettrines et ses culs-de-lampe est magnifique. Les illustrations, un peu défraîchies dans mon exemplaire, proviennent de Coburn qui, on le sait, est un illustrateur important du début du vingtième siècle. À la même époque, il illustrera aussi The Habitant de Drummond. Voici un aperçu du recueil
:

Voix de Noël
Poème qui célèbre les joies de Noël.

Au seuil
Un trappeur, depuis 16 ans en Alaska, décide de rentrer chez au Québec. Il doit d’abord rejoindre Edmonton, ce qui représente quelques semaines de marche. Le 24 décembre, comme il ne se trouve plus qu’à une journée de marche, il décide d’aller de l’avant malgré une forte tempête. Il se perd. Il campe en attendant que le temps se calme. Le lendemain, un peu perdu, à la vue d’un poteau de télégraphe, il se rend compte qu’il a dépassé Edmonton. Pourtant, il se jette au pied de ce poteau qui représente pour lui la civilisation et un lien avec les siens.

Le violon de Santa Claus
Le petit Louis, trois ans, est très malade. Il fait beaucoup de fièvre. Aux dires du médecin, seul le sommeil pourrait le guérir. Comme il est fou de musique, son père engage un célèbre violoniste pour jouer entre autres des airs de Noël, ce qui plonge le petit malade dans un sommeil bienfaisant.

Une aubaine
Quelques jours avant Noël, Maurice, un jeune peintre qui vient de passer cinq ans à Paris, met la main sur un tableau de Murillo pour une bouchée de pain. Avant de le vendre, il en fait une copie qu’il offre au curé de sa paroisse. Or, il se trouve que ce tableau appartenait à Suzanne, une jeune fille qui a pris soin de sa mère aveugle en son absence, et qui a dû s’en départir pour raison de pauvreté. Le soir de Noël, Maurice, déjà amoureux de Suzanne, lui offre les profits de sa vente, mais elle refuse malgré toutes ses insistances. Le curé trouve une solution : les deux jeunes gens n’ont qu’à se marier.

Tempête d’hiver
Le narrateur et son ami, un médecin, décident d’aller passer Noël chez un confrère de Saint-Tite-des-Caps. Ils sont surpris par une tempête et trouvent finalement refuge chez un habitant. Le docteur est reçu à bras ouverts puisque la femme est en train d’accoucher.

Petite Pauline
Les parents de Pauline éprouvent tant d’amitié pour une veuve sans enfant qu’ils l’ont adoptée. Elle est devenue la compagne adorée de leur petite Pauline. Le soir de Noël, l’enfant force tante Lucie, la veuve, à étendre son bas de Noël et, repoussant son sommeil, elle divise à parts égales les bonbons et jouets que ses parents y déposent.

Les bûches de Noël
Une tradition bretonne veut que le soir de Noël, on fasse brûler une bûche qu’on baptise. Personne ne doit profaner cette bûche. Dans un château, le seigneur, qui est un mécréant, voyant ses serviteurs en train d’honorer cette tradition, s’empare de la bûche et la jette dehors. On entend alors un hurlement. On ne revit plus jamais le mécréant. On dit que le bonhomme dans la lune, c’est lui expiant sa faute.

Jeannette
Jeannette est très attristée d’apprendre que Florina, la fille de leur blanchisseuse, n’a pas reçu de cadeaux de Noël l’an dernier. Elle demande au Petit Jésus de lui donner tous les cadeaux qui lui sont destinés. Touché, le père comble de cadeaux Florina, mais en réserve aussi un certain nombre pour les donner à sa fille au jour de l’An.

La Tête à Pitre
Deux Américains fortunés, venus passer leurs vacances de Noël à Québec, cherchent des canotiers qui leur feront traverser le fleuve, bien que le temps soit mauvais. Un vieux canotier, pour les en dissuader, leur raconte l’histoire de Pitre Soulard, un canotier trop téméraire, qui fut projeté dans le fleuve et qui eut la tête tranchée par une glace.

Ouise (voir l’extrait)
La petite Ouise (Louise) est une enfant adorable. Le matin de Noël, elle se lève avant tout le monde et se rend à l’église : elle a vu que le petit Jésus était nu et elle est allée lui donner la robe de la poupée qu’elle vient de recevoir. C’est le curé qui la ramène à la maison.

Le fer à cheval
L’histoire se passe à la Nouvelle-Orléans. Le narrateur partage un appartement avec son ami Alphonse, un homme superstitieux comme pas un. Un jour, Alphonse trouve un fer à cheval. Des bandits rodent dans les parages. Le soir de Noël, Alphonse, resté seul à la maison, se croit victime d’un cambriolage. Il lance son fer sur les bandits, qui se révèlent des policiers en train de surveiller les lieux. En cherchant son fer, il retrouve un portefeuille et une grosse somme qu’il avait perdus.

Tom Caribou : Voir Les Contes de Jos Violon.

Titange : Voir Les Contes de Jos Violon.

Le loup-Garou
Lors d’une épluchette, qui a lieu à Saint-Antoine-de-Tilly, une vieille raconte l’histoire de deux mécréants qui, le soir de Noël, se saoulent, et se moquent de toutes les mises en garde de leurs concitoyens. Or quand les cloches de l’église célèbrent l’élévation, l’un d’eux croit apercevoir un loup, ne sachant trop si c’est l’ébriété ou une punition divine. En fait, il finit par découvrir que c’est son copain de beuverie, transformé en loup-garou. Il en perd la raison.

Un voleur
Histoire mélodramatique, écrite en vers, d’un petit pauvre qui vole une poupée pour la donner en cadeau à sa sœur malade et se fait prendre.

Ouise
Il y a quelques années passées, des circonstances particulières avaient conduit à Nicolet – jolie petite ville située sur les bords de la rivière du même nom – une famille de cinq personnes en tout, ni riche ni pauvre, de condition ni humble ni brillante, mais chez qui l’ange du bonheur domestique avait toujours eu sa place au foyer et son couvert à table.
À l’époque où se passe ma petite histoire, la plus jeune des trois enfants – une blonde aux yeux noirs, toute mignonne et toute frêle – avait à peine quatre ans; mais sa jolie figure et ses mines futées, pleines d’espiègle câlinerie, l’avaient déjà rendue populaire dans tout le voisinage.
Elle parlait toujours d’elle-même à la troisième personne; et son nom de Louise – qu’elle prononçait Ouise – était devenu familier un peu partout, depuis le bac du passeur Boisvert jusqu’au palais épiscopal; car il ne faut pas oublier que nous sommes dans un évêché.
Quand celle qui le portait se penchait au balcon sur lequel s’ouvrait le salon paternel, ou qu’elle se promenait, légère comme une alouette, dans les allées du jardin, sa tête mutine émergeant ci et là parmi les rosiers et les chèvrefeuilles, les vieux prêtres qui se rendaient auprès de l’évêque, les collégiens qui tournaient l’avenue du Séminaire, les messieurs et les dames qui suivaient le trottoir de la grand’rue, ne manquaient jamais de lui dire en passant :
– Bonjour, Louise!
Ce à quoi une petite voix fraîche et rieuse répondait invariablement :
– Bonzour!
Les cochers même, les travailleurs qui revenaient du chantier après leur journée faite, lui souriaient avec un mot d’affection :
– Bonjour, mam’zelle Louise!
Et la fillette répondait avec un gazouillis sonore et clair comme un ramage de pinson :
– Bonzour, monsieur.
Souvent elle arrêtait les cochers d’un signe de son petit doigt rose, et quand ils s’approchaient pour lui demander ce qu’il pouvait y avoir à son service :
– Un tit tour! murmurait-elle à demi-voix, pendant que tout un arsenal de malins sourires se dessinait aux coins de sa bouche et de ses yeux.
Quelquefois le cocher objectait :
– J’ai pas le temps, mam’zelle Louise.
Alors, elle posait l’index de sa main droite sur l’index de sa main gauche, et avec un accent d’irrésistible lutinerie :
– Un tit, tit, tit, tit!... gazouillait-elle, en variant ses intonations comme les vocalises les plus flûtées de la musique italienne.
C’était fini. Le cocher s’arrêtait, la regardait un instant, puis cédant tout à coup à un accès de bienveillance bourrue :
– Bigre d’enfant! grommelait-il, pas moyen de lui rien refuser, à celle-là...
Et saisissant la petite dans ses deux bras robustes, il la déposait sur le siège de son barouche, sautait à côté d’elle, fouettait sa bête, et partait à l’aventure, pendant que l’enfant secouait ses boucles blondes dans le vent, et que ses éclats de gaieté s’égrenaient dans l’air comme des poignées de perles, aux oreilles des passants, qui la regardaient aller avec un sourire.
Bref, Louise se faisait aimer. Aimait-elle quelqu’un en retour?

Lire la suite sur internet : la
Bibliothèque électronique
Voir aussi Coburn

Louis Fréchette sur Laurentiana
Mémoires intimes





11 décembre 2008

Contes vrais (illustrations)

Plusieurs illustrateurs ont collaboré à l'édition des Contes vrais de Lemay. Chaque conte est illustré par un auteur différent :

Edmond J. Massicotte - Le Hibou - Le Spectre de Babylas; J. B. Lagacé - Le baiser fatal - Fantôme; Georges Delfosse - Sang et or - Baptême de sang - L'anneau des fiançailles - Petite scène d'un grand drame - La croix de sang - Le marteau du jongleur - Patriotisme; Albert S. Brodeur - Le boeuf de Marguerite; Raoul Barré - Le jeune acrobate - Mariette; J. Labelle - La dernière nuit du père Rasoy; Ulric Lamarche - Les marionnettes; Henri Julien - Le loup-garou; Ozias Leduc - Le réveillon; Charles Huot - Fontaine vs Boisvert; Jobson Paradis - Voyage autour d'une bibliothèque; Jacques Latour - Le coup de fourche de Jacques Ledur





9 décembre 2008

Contes vrais

Pamphile Lemay, Contes vrais, Montréal, Beauchemin, 1907, 551 pages (1re édition : 1899) (Cette édition, la seconde, a été augmentée de planches hors texte, comprenant des illustrations de plusieurs artistes, dont E.-J. Massicotte, J.-B. Lagacé, Georges Delfosse et Henri Julien)

Le recueil compte 18 contes, les quatre premiers formant une suite.

Maison hantée
I - Le hibou
Un hibou hante une vieille maison abandonnée. On a beau le tuer, il réapparaît. Un certain Babylas y aurait caché de l’or mal gagné. Henriette Lépire qui a vu le spectre en est devenue folle. Célestin Graindamour et Pamphile Leroy ont décidé de percer le secret.

II - Le spectre de Babylas
Om se retrouve 25 ans plus tard. Célestin est riche. Le trésor, qui a fait sa richesse, il l’a trouvé dans la maison hantée.

III - Le baiser fatal
Bien que Célestin soit marié, son ancienne amoureuse, Henriette Lépire, continue de venir le voir. Il faut dire qu’elle n’a pas recouvré ses esprits depuis sa terrible aventure dans la maison hantée. Et, un soir, le feu se déclare dans la grange de Célestin. La pauvre folle, torche vivante, a juste le temps de lui donner son baiser d’adieu avant de mourir.

IV - Sang et Or
Babylas et sa femme avaient une petite auberge. Ils avaient aussi un fils unique qui partit un jour, espérant faire fortune. Il revint incognito et fut assassiné par ses parents qui voulaient lui dérober sa fortune. L’argent que Célestin a trouvé dans la maison hantée, c’est celui du fils Babylas. Le spectre qui hante la maison hantée, c’était celui de Babylas, condamné à compter éternellement l’argent de son crime.

Le bœuf de Marguerite
Tout le monde croit que le bœuf de Marguerite est ensorcelé jusqu’au jour où l’on découvre que ses cornes enflammées sont allumés par un farceur qui les enduit de pétrole.

Baptême de sang
Un Patriote, capturé par les Anglais, découvre que le délateur était un ami qui voulait lui voler sa fiancée.

Le jeune acrobate
Lors de la venue d’un cirque, sous les traits d’un jeune acrobate, des parents découvrent leur fils enlevé il y a 15 ans.

Mariette (conte de Noël)
Mariette s’est amourachée de l’engagé qui travaille dans la ferme voisine. Lui aussi l’aime, ce qui ne l’empêche pas d’aller chercher fortune aux États-Unis. La jeune fille l’attend, se désespère, tombe malade. Deux ans plus tard, juste avant Noël, il revient et la jeune fille reprend vie.

Les marionnettes
Le narrateur assiste à un spectacle de marionnettes. On présente des scènes d’amour, un spectacle de danse, une histoire du futur, un combat de boxe...

L’anneau des fiançailles
Noé Bergeron va épouser Amarylis Beleau. Le soir des fiançailles, il lui offre un anneau qui fait tressaillir la jeune fille et son père. Sa mère, décédée, en avait un, identique. Il faut dire que Noé et ses amis, étudiants en médecine, volaient parfois des cadavres au cimetière, pour les besoins de la science.

Petite scène d’un grand drame
St-Eustache, 1837. Une jeune fille, dont le père honnit les Patriotes, en héberge un en fuite. Elle ne le dénonce pas même quand elle sait qu’il a tué son fiancé.

Le coup de fourche de Jacques Ledur
Jacques Ledur aspire à devenir marguillier. À la dernière minute, le curé s’y oppose. Frustré, il cesse de fréquenter l’église. Un jour, comme il se préparait à engranger du foin, une tempête survient. Il est si enragé qu’il s’attaque à une croix de chemin, mais ne réussit qu'à se transpercer de sa fourche.

Le réveillon
Un personnage, qui s’est perdu en se rendant à la messe de Minuit, est guidé par une mystérieuse étoile.

La croix de sang
Qui a tracé une croix de sang sur un immense rocher qui borde la route? Certains prétendent que c’est Modeste Rioux pour marquer un exploit. D’autres croient que ce serait une jeune Indienne, enlevée par les Iroquois avant d’être baptisée, qui l’aurait tracée, pour marquer sa foi.

Fantôme
Mathias Padrol, l’amoureux de Joséphine Duvallon, est parti chercher fortune en Californie avec le frère de sa fiancée. Il en est revenu, riche, mais sans son compagnon de voyage, supposément tué par les Indiens. Le jour de son mariage, quand le curé demande à Joséphine si elle consent à épouser Mathias, une voix répond à sa place : « Non! ». C’est celle de son frère, assassiné par son futur époux, qui a pris les traits d’un servant de messe.

Le marteau du jongleur
Le jongleur est le sorcier d’une tribu indienne qui vit près du lac Croche. Le fils du chef veut épouser sa fille. Il lui impose une épreuve : ramener le Dieu des visages-pâles. Le fils du chef revient avec un crucifix, que le sorcier cloue sur un arbre. Depuis ce jour, on entend le son du marteau qui frappe sur le crucifix.

Fontaine vs Boisvert
Sans permission, les Boisvert débouchent un ruisseau sur la terre de Moïse Fontaine; ce dernier et sa femme acariâtre apparaissent. Elle lance une roche au père Boisvert. Pendant que son fils occupe le père Fontaine, le père Boisvert empoigne la dame Fontaine et lui donne une fessée, ce qui donne lieu à un procès granguignolesque.

Patriotisme
Marcel Poudrier a décidé de s’engager auprès des patriotes, abandonnant sa fiancée derrière lui. Qu’à cela ne tienne, cette dernière, désireuse de faire aussi sa part, épouse un riche veuf, espérant lui soutirer de l’argent pour acheter des armes aux patriotes. Après la rapide défaite des patriotes, Marcel revient chez lui, le jour même du mariage de sa fiancée. Tout finit pour le mieux quand le veuf est tué dans un accident de voiture, avant même que le mariage soit célébré.

Un rêve ou voyage autour d’une bibliothèque
Le narrateur rêve qu’il entre dans une bibliothèque, habitée par tous les sages du passé : philosophes, penseurs politiques, théologiens, dramaturges, poètes...

On considère souvent ce livre comme le meilleur de l’auteur. Il compte près de 600 pages. Certains contes sont réalistes, d’autres fantastiques. Entendons-nous, Pamphile Lemay n’est pas le conteur le plus vif qui soit. On est très loin de l’esprit mordant d’un Fréchette ou de la fluidité verbale de Beaugrand.

On le sait, le conte se termine souvent par une morale. Lemay applique parfois trop lourdement ce principe, n’hésitant pas à interrompre son récit pour servir au lecteur une petite leçon de morale, religieuse ou civique. C’est dire que le récit offre maintes digressions, parfois même sans liens véritables avec l’histoire racontée. « Hélas! Nous oublions trop facilement que la vie est un temps d’épreuve et la terre, une arène où la lutte est sans merci. L’homme ne peut naître cependant pour une destinée qu’il ne saurait atteindre. » Voilà sans doute qui nous rassure... Autre petite idiosyncrasie de Lemay : il a de la difficulté à commencer et à terminer ses contes. Il affectionne le récit dans le récit à la Maupassant. Le récit ne débute que rarement in media res. Nous avons droit à de longs préambules. Quant à la fin, elle est souvent sans surprise, une fin en queue de poisson, comme on dit.

Malgré tout ce que je viens d’écrire, je crois que le recueil vaut le détour : d’abord la seconde édition est très richement illustrée; de plus, soyons honnête, plusieurs contes sont intéressants. Je pense qu’il faut juste éviter ce que j’ai fait pour les besoins de ce blogue : les enfiler les uns après les autres.

Comme le compte rendu est déjà long, je ne présenterai pas d’extrait. On trouve le recueil sur le net
. Je vous conseille de commencer par « Le bœuf de Marguerite » et « L’anneau des fiançailles ».

Pamphile Lemay sur Laurentiana
Picounoc le maudit
Le Pèlerin de Sainte-Anne
Les Vengeances
Les Gouttelettes
Fables
Contes vrais




3 décembre 2008

La Claire Fontaine

Englebert Gallèze, La Claire Fontaine, Montréal, Beauchemin, 1913, 110 pages.

Comme le suggère le titre, repris en épigraphe, la poésie d’Englebert Gallèze, de son vrai nom Lionel Léveillé, se fait souvent chantante et vogue sur les eaux de la tradition. Plusieurs poèmes sont dédiés à ses confrères avocats et quelques-uns à des poètes : Ferland, Dreux. Le recueil aurait vu le jour grâce à Maître J.-L. Perron, député de Verchères. La Claire Fontaine est son deuxième recueil, Les Chemins de l’âme datant de 1910.

Dans la préface, l’auteur avoue humblement que ses poèmes, écrits « uniquement pour satisfaire un besoin du cœur », sont bien imparfaits et il promet même de ne plus recommencer si telle est la volonté des lecteurs.

Son recueil contient quatre parties que je vais reprendre sommairement.

Canot d’écorce
Je dirais que cette partie, qui contient seulement quatre poèmes, donne une idée d’ensemble du recueil : on trouve beaucoup de nostalgie du temps passé, certains regrets en regard de son parcours de vie, certaines désillusions amoureuses...

Feuille d’érable
Tout ce « chapitre » donne dans le terroir. Il rend hommage à l’habitant (L’habitant), au laboureur (Soir champêtre); il décrit l’importance de transmettre les traditions (Le champ paternel) et certains événements qui animaient la vie à la campagne (Épluchettes).

Chansons
Gallèze aborde des thèmes plus intimes : la fragilité de la vie, les désillusions amoureuses, la tristesse. « Toujours partir pour n’arriver jamais! / Recommencer sans plaisir et sans trêve! / Toujours pousser devant soi quelque rêve! / A des désirs enchaîner des regrets! » Il philosophe sur le sens de la vie, concluant que seules la religion et la promesse d’un « monde meilleur » peuvent calmer son angoisse existentielle. « Si toujours à vos yeux le phare rédempteur / Éclaire la nuit noire / Plaignez ceux qui, sombrés, ont perdu la douceur / D’espérer et de croire. »

La croix du chemin
Le recueil se termine par un long poème d’une dizaine de pages, presque toujours écrit en alexandrins, un poème plus ambitieux, plus grave. Gallèze décrit une démarche, celle d’un homme qui s’est perdu et qui a retrouvé sa voie, grâce à une croix de chemin qu’il associe à sa mère. Il se rappelle ses paroles, son crédo si simple : inutile de chercher la fortune, le pouvoir, la connaissance, « le seul vrai bien, mon fils, c’est d’aimer et de croire ». Le reste du poème développe l’importance de la religion, de l’héritage des aïeux, de la tradition.

Poésie toute simple, proche de la chanson, empruntant à la parabole et à la fable; vers courts, nombreux refrains, poésie sans recherche, donnant tantôt dans le terroir, tantôt dans des thèmes plus universels. Je dirais que la nostalgie d’une innocence perdue, qu’il associe à son enfance heureuse, demeure le principal thème de ce recueil.

OUI, JE ME SOUVIENS
"J'ai perdu ma maîtresse,
Sans pouvoir la retrouver
."

Oui, je me souviens, quand, un soir ensemble,
Chaste comme un vœu qu'on fait à genoux,
Avec l'infini dans ta voix qui tremble,
Tu m'as dit, craintive et douce : " Aimons-nous."

Ce soir m'appartient ! Il n'est point à d'autres !
Devant mon désir tout pencha, soumis.
C'est mon chant d'amour, mon bonheur, le nôtre
Qui remplit la terre et le ciel ravis,

Les arbres, les fleurs, le temps et l'espace
Et l'astre à la glorieuse clarté,
Le jour qui décroît et l'homme qui passe
Nous ont dû leur sainte et calme beauté.

Depuis que mon cœur où l'amour persiste
Par ton regard doux n'est plus protégé,
Que l'espace est gris ! Que la terre est triste !
Sous le ciel chagrin que tout est changé !