9 décembre 2008

Contes vrais

Pamphile Lemay, Contes vrais, Montréal, Beauchemin, 1907, 551 pages (1re édition : 1899) (Cette édition, la seconde, a été augmentée de planches hors texte, comprenant des illustrations de plusieurs artistes, dont E.-J. Massicotte, J.-B. Lagacé, Georges Delfosse et Henri Julien)

Le recueil compte 18 contes, les quatre premiers formant une suite.

Maison hantée
I - Le hibou
Un hibou hante une vieille maison abandonnée. On a beau le tuer, il réapparaît. Un certain Babylas y aurait caché de l’or mal gagné. Henriette Lépire qui a vu le spectre en est devenue folle. Célestin Graindamour et Pamphile Leroy ont décidé de percer le secret.

II - Le spectre de Babylas
Om se retrouve 25 ans plus tard. Célestin est riche. Le trésor, qui a fait sa richesse, il l’a trouvé dans la maison hantée.

III - Le baiser fatal
Bien que Célestin soit marié, son ancienne amoureuse, Henriette Lépire, continue de venir le voir. Il faut dire qu’elle n’a pas recouvré ses esprits depuis sa terrible aventure dans la maison hantée. Et, un soir, le feu se déclare dans la grange de Célestin. La pauvre folle, torche vivante, a juste le temps de lui donner son baiser d’adieu avant de mourir.

IV - Sang et Or
Babylas et sa femme avaient une petite auberge. Ils avaient aussi un fils unique qui partit un jour, espérant faire fortune. Il revint incognito et fut assassiné par ses parents qui voulaient lui dérober sa fortune. L’argent que Célestin a trouvé dans la maison hantée, c’est celui du fils Babylas. Le spectre qui hante la maison hantée, c’était celui de Babylas, condamné à compter éternellement l’argent de son crime.

Le bœuf de Marguerite
Tout le monde croit que le bœuf de Marguerite est ensorcelé jusqu’au jour où l’on découvre que ses cornes enflammées sont allumés par un farceur qui les enduit de pétrole.

Baptême de sang
Un Patriote, capturé par les Anglais, découvre que le délateur était un ami qui voulait lui voler sa fiancée.

Le jeune acrobate
Lors de la venue d’un cirque, sous les traits d’un jeune acrobate, des parents découvrent leur fils enlevé il y a 15 ans.

Mariette (conte de Noël)
Mariette s’est amourachée de l’engagé qui travaille dans la ferme voisine. Lui aussi l’aime, ce qui ne l’empêche pas d’aller chercher fortune aux États-Unis. La jeune fille l’attend, se désespère, tombe malade. Deux ans plus tard, juste avant Noël, il revient et la jeune fille reprend vie.

Les marionnettes
Le narrateur assiste à un spectacle de marionnettes. On présente des scènes d’amour, un spectacle de danse, une histoire du futur, un combat de boxe...

L’anneau des fiançailles
Noé Bergeron va épouser Amarylis Beleau. Le soir des fiançailles, il lui offre un anneau qui fait tressaillir la jeune fille et son père. Sa mère, décédée, en avait un, identique. Il faut dire que Noé et ses amis, étudiants en médecine, volaient parfois des cadavres au cimetière, pour les besoins de la science.

Petite scène d’un grand drame
St-Eustache, 1837. Une jeune fille, dont le père honnit les Patriotes, en héberge un en fuite. Elle ne le dénonce pas même quand elle sait qu’il a tué son fiancé.

Le coup de fourche de Jacques Ledur
Jacques Ledur aspire à devenir marguillier. À la dernière minute, le curé s’y oppose. Frustré, il cesse de fréquenter l’église. Un jour, comme il se préparait à engranger du foin, une tempête survient. Il est si enragé qu’il s’attaque à une croix de chemin, mais ne réussit qu'à se transpercer de sa fourche.

Le réveillon
Un personnage, qui s’est perdu en se rendant à la messe de Minuit, est guidé par une mystérieuse étoile.

La croix de sang
Qui a tracé une croix de sang sur un immense rocher qui borde la route? Certains prétendent que c’est Modeste Rioux pour marquer un exploit. D’autres croient que ce serait une jeune Indienne, enlevée par les Iroquois avant d’être baptisée, qui l’aurait tracée, pour marquer sa foi.

Fantôme
Mathias Padrol, l’amoureux de Joséphine Duvallon, est parti chercher fortune en Californie avec le frère de sa fiancée. Il en est revenu, riche, mais sans son compagnon de voyage, supposément tué par les Indiens. Le jour de son mariage, quand le curé demande à Joséphine si elle consent à épouser Mathias, une voix répond à sa place : « Non! ». C’est celle de son frère, assassiné par son futur époux, qui a pris les traits d’un servant de messe.

Le marteau du jongleur
Le jongleur est le sorcier d’une tribu indienne qui vit près du lac Croche. Le fils du chef veut épouser sa fille. Il lui impose une épreuve : ramener le Dieu des visages-pâles. Le fils du chef revient avec un crucifix, que le sorcier cloue sur un arbre. Depuis ce jour, on entend le son du marteau qui frappe sur le crucifix.

Fontaine vs Boisvert
Sans permission, les Boisvert débouchent un ruisseau sur la terre de Moïse Fontaine; ce dernier et sa femme acariâtre apparaissent. Elle lance une roche au père Boisvert. Pendant que son fils occupe le père Fontaine, le père Boisvert empoigne la dame Fontaine et lui donne une fessée, ce qui donne lieu à un procès granguignolesque.

Patriotisme
Marcel Poudrier a décidé de s’engager auprès des patriotes, abandonnant sa fiancée derrière lui. Qu’à cela ne tienne, cette dernière, désireuse de faire aussi sa part, épouse un riche veuf, espérant lui soutirer de l’argent pour acheter des armes aux patriotes. Après la rapide défaite des patriotes, Marcel revient chez lui, le jour même du mariage de sa fiancée. Tout finit pour le mieux quand le veuf est tué dans un accident de voiture, avant même que le mariage soit célébré.

Un rêve ou voyage autour d’une bibliothèque
Le narrateur rêve qu’il entre dans une bibliothèque, habitée par tous les sages du passé : philosophes, penseurs politiques, théologiens, dramaturges, poètes...

On considère souvent ce livre comme le meilleur de l’auteur. Il compte près de 600 pages. Certains contes sont réalistes, d’autres fantastiques. Entendons-nous, Pamphile Lemay n’est pas le conteur le plus vif qui soit. On est très loin de l’esprit mordant d’un Fréchette ou de la fluidité verbale de Beaugrand.

On le sait, le conte se termine souvent par une morale. Lemay applique parfois trop lourdement ce principe, n’hésitant pas à interrompre son récit pour servir au lecteur une petite leçon de morale, religieuse ou civique. C’est dire que le récit offre maintes digressions, parfois même sans liens véritables avec l’histoire racontée. « Hélas! Nous oublions trop facilement que la vie est un temps d’épreuve et la terre, une arène où la lutte est sans merci. L’homme ne peut naître cependant pour une destinée qu’il ne saurait atteindre. » Voilà sans doute qui nous rassure... Autre petite idiosyncrasie de Lemay : il a de la difficulté à commencer et à terminer ses contes. Il affectionne le récit dans le récit à la Maupassant. Le récit ne débute que rarement in media res. Nous avons droit à de longs préambules. Quant à la fin, elle est souvent sans surprise, une fin en queue de poisson, comme on dit.

Malgré tout ce que je viens d’écrire, je crois que le recueil vaut le détour : d’abord la seconde édition est très richement illustrée; de plus, soyons honnête, plusieurs contes sont intéressants. Je pense qu’il faut juste éviter ce que j’ai fait pour les besoins de ce blogue : les enfiler les uns après les autres.

Comme le compte rendu est déjà long, je ne présenterai pas d’extrait. On trouve le recueil sur le net
. Je vous conseille de commencer par « Le bœuf de Marguerite » et « L’anneau des fiançailles ».

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