6 janvier 2026

Cri d’alarme

Halina Izdebska, Cri d’alarme, Montréal, Parizeau, 1945, 162 pages (Collection les chants nouveaux)

Izbedska (1898-1954?) n’est pas une écrivaine québécoise, même si son recueil de poèmes en prose (c’est elle qui utilise cette appellation) a été publié à Montréal en 1945. Il est difficile de trouver des informations sur cette femme. Je comprends, à travers les lignes, qu’elle est née en Pologne, qu’elle a vécu en Union soviétique, puis en France où elle s’est mariée pendant la Première guerre mondiale. Elle a publié des poèmes dans des revues et au moins deux livres en francais dans les années 20. Elle a traduit des textes en russe et publié dans cette langue des récits. Probablement, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a émigré à New York.

Son lien avec le Québec est le suivant : entre le 10 avril 1943 et le 11 août 1945, elle a publié des récits et des poèmes dans le journal Le Jour de Jean-Charles Harvey. On trouve aussi un récit dans Le Samedi en 1946.

Cri d’alarme se lit encore très bien. Certains textes évoquent son enfance : « En Pologne, à l'âge de onze ans, j'aimais prendre dans la campagne, tous les jours, une direction nouvelle, n'importe laquelle, pourvu qu'elle berçât mon cœur déjà inassouvi par une combinaison de lignes et de lumières imprévue. ». Elle se remémore aussi certains moments de sa jeunesse, de son mariage, de sa vie de jeune mère vécues en France.

D’autres textes sont plutôt des instantanées. Par exemple, elle est assise dans un parc et elle observe les passants : « J'ai entendu aujourd'hui dans la rue quelque chose d'extraordinaire : l'entretien paisible de quelques êtres humains, entretien qui était comme un oiseau dans la main et dont chaque parole bannissait le ciel. »

D’autres traduisent ses états d’âme, entre autres les difficultés de quitter la France : « Nous avons traversé l'Océan comme un grand amour malheureux : comment survivre à tant d'exil? Comme le mot « quitter » sait scalper nos âmes ! Avons-nous emporté dans nos bagages de quoi espérer pendant mille ans ? »

Enfin, certains textes sont des réflexions sur le déroulement chaotique de sa vie : elle pose un regard affligé sur son époque (lire l’extrait) tout en maintenant vivant l’espoir d’un monde meilleur.

Bref, rien de compliqué, le journal d’une « exilée », d’une battante qui continue de s’accrocher à la vie dans ce qu’elle a de plus simple à offrir.  

Le tout est très bien écrit, davantage évoqué que raconté, agréable à lire. En refermant le livre, on regrette de ne pas en savoir plus sur cette femme.


QUELQU'UN M'A DIT

Quelqu’un m'a dit que mes poèmes resteraient dans les siècles pour apprendre à l'humanité future quel feu a brûlé ces années incroyables vécues par notre génération sur la terre.

Certes, il y a eu peu d'époques aussi saturées de tempêtes et de cataclysmes, aussi fécondées par la mort, où le bonheur ait été aussi bref et déchirant, aussi intense la douleur et aussi démesuré l'espoir. Je suis le chant de nos ténèbres et de nos lueurs. Mais ne suis-je que cela ?

Je sens un autre cri monter à mes lèvres.

A travers les terres immenses, à travers les océans aux senteurs multiples, depuis que dans le temps a sombré le chaos: mon cœur bat dans tout enfant nouveau-né, dans toute floraison d'étoiles, dans les larmes noires du crépuscule tombant sur le monde, dans tout gémissement d'amour, dans la rapacité jamais rassasiée de la mort, dans l'immortelle révolte de la vie.

30 décembre 2025

Bilan 2025

Voici mon bilan de l’année 2025 : 195000 pages ont été vues. Plus de 500 pages par jour. Blogger offre toutes sortes de statistiques. En voici quelques-unes.






12 décembre 2025

Férie. Conte du jour de l’An


Cécile Chabot, Férie. Conte du jour de l’An, Montréal, Beauchemin, 1962, 63 pages (Dessins de l’auteure)

En 1944, Cécile Chabot a publié chez Fides deux contes de Noël qui sont des classiques dans le genre. Les deux recueils sont rehaussés d’illustrations exceptionnelles de Chabot qui était aussi peintre. (Je viens de republier les deux comptes rendus que je leur avais consacrés en 2017).

Dix-huit ans plus tard, Cécile Chabot ajoute un troisième volet à ses contes de Noël, intitulant l’ensemble « Contes du ciel et de la terre ». Les deux premiers recueils, publiés en 1944, étaient consacrés à Noël et à l’Épiphanie, mais le jour de l’An n’avait pas été abordé. En 1962, l’autrice a non seulement ajouté ce troisième volet, mais elle a également réécrit les textes (un récit plus classique) et réalisé de nouvelles illustrations pour les deux contes de 1944. Cette nouvelle édition a été publiée chez Beauchemin.

Pour bien comprendre le résumé qui va suivre, il faut relire Imagerie.

Après Noël, encouragée par la population de Sainte-Pétronille, la Sainte Famille décide de rester sur l’île, ravie de rencontrer les insulaires. Tous viennent leur rendre visite et les couvrir de petites attentions. Joseph et Marie se réjouissent de l’ambiance joyeuse qui anime les habitants. Le jour de l’An, en après-midi, Dieu leur offre deux superbes chevaux.  Ils vont découvrir Sainte-Pétronille et remercier les habitants pour leur accueil chaleureux. Une fois de retour à l’église, le curé, sa servante et le bedeau les invitent à partager le repas traditionnel du Nouvel An.

Cette trilogie, c’est un trésor national. Encore une fois soulignons la beauté des illustrations et la voix poétique que l’autrice emprunte pour raconter une histoire aussi simple.

On peut sans doute l’inscrire dans la lignée des grands auteur.trice.s de contes de Noël : Joséphine Marchand, Louis Fréchette, Louis Dantin.


7 décembre 2025

Paysannerie. Conte des Rois

Cécile Chabot, Paysannerie. Conte des Rois, Montréal, Fides, 1944, 70 pages (Dessins de l’auteure)

C’est la fête des Rois. On est toujours à Sainte-Pétronille et Joseph est toujours aussi grognon. Il a assez durement morigéné le bedeau parce que celui-ci n’a pas trouvé de chameaux et de rois mages pour animer la crèche.  Peut-on concevoir une telle fête sans chameaux? Ce serait bien la première fois que l’enfant-Jésus serait privé d’un spectacle qui lui fait tant plaisir. Mais le sacristain, que même le curé considère comme un peu bizarre, n’a pas dit son dernier mot. En pleine messe des Rois, alors qu’on ne l’attendait plus, il entre dans l’église avec  un cheval — qui vaut bien un chameau —, et trois paysans de l’île, pour remplacer Gaspard, Melchior et Balthazar. En fait, l’un des paysans a cédé sa place à sa femme et à ses deux enfants. Et plutôt que l’or, l’encens et la myrrhe, ils ont apporté des produits de la ferme, des confections artisanales, des petits animaux domestiqués et même un esturgeon tiré du fleuve. Et tout ce beau monde — et même le cheval — au moment du Sanctus , de s’agenouiller devant l’Enfant-Jésus.

Ce que j’ai dit d’Imagerie, je pourrais le répéter ici, c’est charmant.  

En 1962, Chabot a réuni, sous le titre « Contes du ciel et de la terre », Imagerie et Paysannerie et leur a ajouté un troisième volet : Férie. (Je présente la suite dans mon prochain blogue.)

Cécile Chabot sur Laurentiana
Vitrail (1939)
En pleine terre  de Germaine Guèvremont.


 

 

6 décembre 2025

Imagerie. Conte de Noël

 Cécile Chabot, Imagerie. Conte de Noël, Montréal, Fides, 1944, 69 pages (Dessins de l’auteure)

Joseph et Marie quittent leur atelier de la rue Saint-Jean, à Québec, de façon un peu précipitée.  Comme toujours, Joseph s’inquiète. C’est à Sainte-Pétronille, sur l’île d’Orléans, qu’ils doivent se rendre cette année. Une crèche les attend. Ils n’ont pas de voiture et le périple s’annonce difficile, surtout pour Marie qui porte l’enfant Jésus. Leur voyage se complique un peu plus quand une tempête éclate et qu’ils se perdent. Se pourrait-il que Sainte-Pétronille ait une crèche vide la nuit de Noël?  Un bon Samaritain, qui revient du marché de Québec, finit par passer par là. Il les fait monter dans son berlot et les dépose juste devant l’église. Marie et Joseph prennent leur place dans la crèche. L’âne, le bœuf, les anges, les moutons et les bergers sont déjà installés. Joseph, fatigué, suit le conseil de Marie et décide de faire un roupillon. Quand il se réveille, il est presque minuit et Marie dort. Tous les personnages de la crèche se sont animés. Dans le berceau, l’enfant Jésus  le regarde et lui sourit. 

Cécile Chabot a vraiment réussi son pari, raconter une histoire vieille comme le monde en la renouvelant sans la dénaturer. Son petit conte de  Noël, qui mélange réalisme et féerie, elle  l’a enrichi d’illustrations qui allient sobriété et beauté. Bref, tout est du meilleur goût dans ce récit poétique, qui s’adresse tout autant aux enfants et qu’aux plus grands qui ont gardé un brin de leur âme d’enfant. 

Une seconde édition a été publiée en 1962 chez Beauchemin. Le poème a été mis en musique par Hector Gratton (voir ci-dessous).

Cécile Chabot sur Laurentiana
Cécile Chabot
Vitrail (1939)
Légende mystique (1942)
Paysannerie : conte des rois (1944)
Imagerie : contes de Noël (1944) 
En pleine terre  de Germaine Guèvremont.






Pub trouvée dans le livre
 
Radio-Monde 1943