Jacques Brault, Il n’y a plus de chemin, Montréal, Le Noroît, 1990, 61 p. (5 dessins de l’auteur)
La reliure est terne, les illustrations de Brault le sont aussi. Est-ce lui qui l’a voulu ainsi? On a l’impression d’assister au dernier chapitre d’une vie qui a été difficile. Que reste-t-il quand il n’y a plus de chemin?
En 1990, Jacques Brault n’a que 57 ans.
L’idée de représenter l’existence comme un « chemin », on l’a rencontrée dans ses recueils précédents. Rien de tout à fait neuf donc, mais jamais le sens n’avait été formulé aussi froidement.
« Il n'y a plus de chemin. Ici ou ailleurs. On est fait, mon pauvre Personne. Toi, tu t'en fous peut-être. Avant, j'ai connu l'espoir. C'est comme une santé de grand malade. Je n'ai pas peur de mourir. Ce serait ridicule, dans mon état. J'ai peur de ne plus me lever. »
Brault emprunte la figure du vagabond, du « batteur de pavé », de celui qui a erré et qui n’a trouvé que quelques distractions en cours de route.
« C'est comme une petite fille qu'on a eue par surprise et qui n'a pas grandi. Marelle, corde à danser, chansonnette sur l'oreiller. C'était des chemins, ça aussi. Regarde mes mains. De plus près. Elles ont connu la joue et la tresse. Cornées, crasseuses maintenant, juste bonnes à laisser là, entre les chardons et les craquelats. La petite rirait. Comme l'eau toute claire des rigoles après la pluie. Ça me mettait, ce rire en clochettes, une boule dans la gorge. J'avalais et j'étais solide pour la journée. »
Quand l’interlocuteur s’appelle « Personne » et que les compagnons de route sont « la solitude » et « l’angoisse », nul doute, on est devant un être souffrant. Brault avait tendance à philosopher pour expliquer son attitude face à la vie, à la société. Les raisonnements pointilleux mis de côté, il ne reste qu’un être qui n’est pas arrivé à se construire une vie habitable.
« Si tu as envie, Personne, de faire l'élastique, tu ouvriras la marche. On va couper par le travers de l'été. […] Vous deux, l'angoisse et la solitude, vous suivez; ne traînez pas, sinon je vous abandonne pour de bon. On ne cherche rien, et rien ne nous attend. On trouvera bien. Un espace vide. Un temps mort. Une espèce d'illumination, qui sait? L'important, c'est de partir. Qu'ils disaient. Recommencer. Sans but; sans raison. »
Ce recueil, qui tient plus du journal personnel que de la poésie (sans chichiter sur la distinction), a souvent l’allure d’un bilan. Le regard se tourne vers le passé, non pas pour mesurer le parcours (il n’y en a pas vraiment ou si peu) mais pour réaliser comment s’est construit l’effacement de soi, jusqu’à devenir ce « Personne », son interlocuteur.
Jacques Brault sur Laurentiana
Il n’y a plus de chemin




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