5 février 2021

Erres boréales

Florent Larin (Armand Grenier), Erres boréales, Montréal, Ducharme, 1944, 223 pages. (préface de Damase Potvin et illustrations de l’auteur?)

Voici un roman de science-fiction dont l’action se passe en 1968. Par un stratagème scientifique assez nébuleux, les Jeunes-Laurentie (des nationalistes) ont réussi à dompter le « courant froid du Labrador », ce qui a réchauffé le climat et permis de développer le Nord. Ceci se passait dans les années 40-50. Aussi tout le grand nord est devenu un pays de verdure parcouru par les autos, les avions, ponctué de villes industrielles. Les Canadiens francais, encore hier simples porteurs d’eau, ont enfin dompté la « terre de Caïn ». (Ils ont même réussi à confiner les épaulards « qui semaient le carnage et la terreur parmi les autres espèces ».) 

 

Le fil narratif est pour ainsi dire inexistant. Grenier (né en 1910 à Saint-Prime) raconte l’histoire de Louis Gamache. L’action commence à Québec où, après une vie aventureuse, Gamache vit avec la famille d’un neveu. Ce dernier, voyant que son oncle s’ennuie, lui propose un voyage à Carillon dans le Nord. Gamache a vécu avec les Esquimaux, a épousé l’une d’elle, a eu un enfant qu’il n’a pas connu. Le reste du roman raconte leur voyage. Ils suivent le fleuve, bifurquent vers le Labrador (redevenu québécois), traversent plusieurs villes, plus industrielles les unes que les autres, arrivent en Innuit, le pays des Esquimaux. Louis Gamache retrouve son enfant et meurt au terme du voyage. 

 

Roman maladroit, presqu’illisible, où les descriptions écrasent le récit. On a l’impression que l’auteur a ajouté des personnages pour que le tout tienne un tant soit peu. Le roman est un récit de voyage, mais les repères temporels et spatiaux sont obscurs. Même la carte de ce « nouveau Québec », que Grenier ajoute à la fin du récit, ne nous permet pas de nous y retrouver. L’écriture est boursouflée, les termes techniques et les néologismes abondent, si bien que l’auteur a dû ajouter un lexique à la fin. On comprend mal que Damase Potvin recommande ce roman dans la préface : rien n’est plus éloigné de Potvin. C’est désolant, puisque l’idée était bonne. Grenier a écrit un autre roman que je n’ai jamais vu : Défricheur de Hammada.

 

Extrait [avec les fautes]

« Et, tandis qu’on s’éloignait, à droite, du pont Lévis qui relie à Carillon l’Île Chanceuse, dite   aussi de Ste-Foy, tandis qu’on rasait la pointe du pédoncule d’Estrée, qui porte, sur le site de l'ancien glacier de Grinnell, les mines de fer de Guèvremont, un autre centre de réflexion solaire se dégagea graduellement du labyrinthe des îles qui obstruent le fond de la baie de Beaujeu. C’était Gahéla, la fière capitale de la province subarctique des Ericarts. Penchée comme une ouvrière sur la nappe frangée et flasée de verdure que lui avance l’océan, elle ramasse autour d’elle le marbre rouge des calcaires cambrosiluriens, et le cuivre des formations précambriennes où chante le jaune laiton du chalcopyrite auprès du bleu violacé de la bornite. L’Emérillon planait à trois mille cinq cents pieds dans les airs. Son ombre rapide, qui, tout à l’heure, courait bien bas dans la plaine, le rejoignit presque, à la rencontre du mont des Fossiles. Ce tubercule, planté d’arbres laurentien jusqu’à son faîte, est devenu un parc provincial en même temps qu’un sanctuaire d’oiseaux. A son flanc sud s’accroche un spatieux sanatorium embouqueté de mélèzes et de sapinettes bleues. Le fameux observatoire qui en occupe la cime est devenu, grâce à l’attraction de ses manoirs et de ses chalets, le rendez-vous et le paradis de tous les soi-disants amis des étoiles. » (p. 88-89)



 

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