6 décembre 2019

Les aventures de Perrine et de Charlot

Marie-Claire Daveluy, Les aventures de Perrine et de Charlot, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1923, 310 p.

Les aventures de Perrine et Charlot, deux jeunes orphelins, débutent en France. Perrine, la grande sœur de huit ans, décide de fuir une vieille tante acariâtre et d’émigrer en  Nouvelle-France avec son jeune frère.  Grâce à un marin un peu niais, ils réussissent à embarquer clandestinement sur un bateau en partance de Dieppe. Ils sont découverts, mais quelques nobles personnages, aussi de la traversée, les prennent sous leurs ailes. Madame Le Gardeur décide même de les adopter. En Nouvelle-France, peu de choses se passent durant la première année. Un drame survient lorsque Charlot est enlevé par deux Iroquois qui l’amènent dans leur clan. Perrine est inconsolable d’autant plus qu’elle avait promis à sa mère de veiller sur son jeune frère. Charlot passe une année difficile chez les Iroquois. Lors d’une attaque des Hurons, il est de nouveau enlevé. Le capitaine des Hurons compte bien monnayer sa proie. Ces mêmes Hurons sont invités à rencontrer le grand « sagamo » français, Louis XIII. Compte tenu de sa connaissance de la langue française, on décide d’amener Charlot en France, en le faisant passer pour un jeune Huron. Là-bas, une logeuse le prend en amitié. Charlot fuit les ravisseurs, et se réfugie chez elle.  Le voilà de nouveau libre! Et mieux encore, sa vieille tante acariâtre rend son dernier souffle. Il est riche et il décide de revenir en Nouvelle-France. Le roman se termine par ses retrouvailles avec Perrine.

Les aventures de Perrine et de Charlot est le premier récit jeunesse publié en livre au Québec. Je ne reprendrai pas l’histoire de ce livre, bien documentée par la BAnQ.  (Lire)

Pour moi, ce genre de roman fait remontrer d’innombrables souvenirs de jeunesse.  C’est à cela que ressemblaient la plupart des romans jeunesse de mon époque : on fabriquait des héros avec les personnages connus de la Nouvelle-France et, à l’occasion, avec des Amérindiens, et on les opposait aux Iroquois et aux Anglais. Bien entendu le bien était toujours du côté des Français ou des Amérindiens alliés.  C’est exactement la recette de Marie-Claire Daveluy : il faut croire que sa manière a été largement suivie. 

Une fois pris en compte sa valeur historique et son caractère original pour son époque, on est obligé de dire que ce roman est loin d’être parfait. Il y a un « gros trou » au milieu où l’auteure perd de vue ses deux héros, l’histoire prenant le pas sur le récit. On est en 1636, on craint les Iroquois. Pourtant il n’arrive pour ainsi rien à nos deux jeunes héros : seul un voyage aux Trois-Rivières vient égayer leur vie. On a organisé une course entre un Français et un autochtone. Un grand rassemblement de Blancs et d’Amérindiens assistent à la course gagnée par le Français, bien entendu. 

Aujourd’hui on aurait tendance à resserrer l’action et les dialogues, à limiter le nombre de personnages. Autre temps, autre rythme, sans doute. Ajoutons autre temps, autre sensibilité : il est bien évident qu’un lecteur autochtone serait scandalisé par la manière dont on traite les siens. Tous les clichés contre ces « pauvres sauvages » y passent. 

Extrait :

« CHARLOT
Alors, M. l’abbé, pourquoi les sauvages ne voulaient-ils pas qu’on frappât le petit tambour qui avait été méchant ? Pourquoi ils disaient qu’il n’était qu’un enfant et sans esprit ? Pourquoi, aussi, ils demandaient des cadeaux pour le guérir ?

L’ABBÉ DE SAINT-SAUVEUR
Pourquoi tout cela, Charlot ? Parce que ce sont des barbares, qui aiment aveuglément leurs enfants, et ne comprennent pas que l’on peut aimer beaucoup et aimer très mal en même temps. Ils ne savent pas, non plus, que tel l’on pousse dans la jeunesse, tel l’on demeure presque toujours. Ils ignorent les bienfaits d’une main vigilante, à la fois ferme et douce, qui vous redresse sans cesse. Qui donc, vois-tu, leur aurait appris les avantages de l’éducation ?

(L’abbé de Saint-Sauveur se lève et conduit Charlot près d’une large fenêtre.)

Tiens, Charlot, vois cet arbre que M. de Saint-Jean (Jean Bourdon) a planté, il y a à peine un mois ? N’incline-t-il pas déjà à gauche ? Il faut que dès demain mon ami le relève, le soutienne, le fixe à un tuteur… Sinon, il suivra de plus en plus la pente mauvaise. »

Ayant connu beaucoup de succès, le roman connaîtra quatre suites. 

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