1 septembre 2017

Le massacre de Lachine

Alexandre Huot, Le massacre de Lachine, Montréal, Edouard Garand, 1923, 52 pages (incluant le supplément). (Illustrations par A. Fournier et J. Maurice.) (coll. Le roman canadien no 2)

1687, Fort Cataraqui (Kingston). Les Iroquois menacent la colonie. Un conseil de guerre est tenu à savoir s’il faut traverser le lac Ontario et les anéantir. La réunion est présidée par le gouverneur-général de la province, le marquis de Denonville, assisté par un vieux militaire de carrière M. de Callières.

Survient un événement qui perturbe la rencontre : les Abénaquis se sont emparés du chef des Hurons, Kondiarak, qui rodait autour du fort. Comme ce dernier refuse toute collaboration, M. de Callières est obligé de le livrer aux mains des Abénaquis qui veulent le supplicier. Il réussit à s’échapper grâce au Lieutenant de Belmont.

Le marquis de Denonville décide finalement de traverser le lac Ontario pour attaquer les Iroquois. L’armée française remporte un vif succès, sans leur porter le coup de grâce, ce que les militaires d’expérience reprochent à Denonville.  Les Iroquois prendront leur revanche quelque temps plus tard en massacrant les habitants de Lachine.

Comme il se doit, une intrigue sentimentale se développe en parallèle. M. De Callières a pris sous son aile deux jeunes filles : Julie de Châtelet, la fille d’un de ses compagnons d’armes décédé au combat, et une jeune Huronne, Isanta, dont les parents ont été tués par les Abénaquis. Elle est la sœur de Kondiarak. Les deux jeunes filles, qui s’aiment comme des sœurs, sont amoureuses du lieutenant de Belmont, mais ce dernier préfère Julie de Châtelet. Ils finiront par se marier. Isanta sera mêlée à la lutte que mène son frère au Serpent, chef des Abénaquis. Elle sera tuée par ce dernier. Et Kandiarak vengera et sa sœur et ses parents (lire l’extrait).

Huot a tout à fait le style de l’auteur de roman populaire. Les dialogues sont abondants, les explications et les descriptions réduites au minimum, bref il nous plonge dans l’action. « On remarquera que les descriptions et les dissertations sont rares. Ce n’est pas de cette façon que procède le romancier populaire. Il préfère plutôt renseigner le lecteur par une succession de tableaux vigoureusement brossés. Les héros du drame entrent en scène dès le début, l’intrigue se noue rapidement et l’action ne languit pas jusqu’à la fin. » (Préface anonyme)

Ce qu’il y a de particulier dans ce récit, c’est la construction du héros. Que Kondiarak veuille se venger du chef des Abénaquis, qui a tué ses parents et sa sœur, ça nous le rend sympathique. Mais c’est aussi ce personnage qui est à l’origine du massacre de Lachine. C’est lui, par vengeance, qui fait échouer la tentative de rapprochement entre M. de Denonville et les Iroquois.  Autre bizarrerie : Serpent, le chef abénaquis, est un allié des Français, mais en même temps une crapule. Comme on le voit, on est loin du récit populaire dans lequel les personnages se répartissent selon l’opposition du bien et du mal.

Extrait

Au pied du rapide, le Huron accosta le canot ennemi et l’aborda le tomahawk à la main. Le Serpent lança son tomahawk à la tête du Huron. Il manqua son coup, et poussant un cri de rage, il mit son couteau entre ses dents, se jeta à l’eau et nagea vers la rive qui n’était qu’à un quart de mille. Kandiarak, après avoir jeté son tomahawk à la tête du sauvage qui se trouvait près de lui, prit aussi son couteau entre ses dents et plongea à la poursuite du Serpent. Ce dernier, regardant en arrière, vit que Tambour et de Belmont avaient abordé son canot et fait prisonnier les deux autres Abénaquis. Mais le Huron avait atteint le Serpent qui se retourna.

« Chien et lâche, enfin je te tiens ! » hurla le Huron en approchant de son mortel ennemi. Ils plongèrent tous les deux, chacun ayant saisi son ennemi de la main gauche et brandissant son couteau de la main droite.

Tambour et de Belmont ramèrent vers l’endroit où les chefs avaient disparu et qu’ils discernaient au bouillonnement des eaux. L’anxiété était peinte sur leurs visages ; ils supposaient que les deux chefs avaient péri. Mais il n’en était pas ainsi. Un des chefs reparut brandissant son couteau de la main droite. C’était Kandiarak. La seule blessure qu’il eût reçue dans cette horrible lutte était une horrible égratignure à la main droite.

« Ah ! ah ! s’écria le chef victorieux en s’asseyant dans le canot, j’avais dit à mon ennemi lorsque je le frappai de mon tomahawk, après avoir subi l’épreuve terrible, que c’était mon second coup à l’adresse du Serpent — que la prochaine fois je lui donnerais le coup de mort. Je disais la vérité ; j’ai tenu ma promesse — je suis satisfait ! » (page 42)

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