8 juin 2015

300 000 visiteurs


Vous m’auriez dit en ce mois de novembre 2006, quand j’ai commencé ce blogue, que je le poursuivrais neuf ans plus tard, et je vous aurais ri au nez, tant j’étais branché sur la littérature récente. Au départ, mes ambitions étaient très modestes. Je voulais ramener en surface cinquante livres québécois de plus de cinquante ans dont l’oubli m’apparaissait injuste. Rapidement j’ai abandonné cette limite (de toute façon, il fallait lire beaucoup de livres pour établir cette liste) et je me suis lancé, un peu tête baissée, à gauche et à droite, au bonheur de mes trouvailles chez les bouquinistes. Si mes calculs sont bons, ce sont 534 livres (de plus de cinquante ans, cette limite évoluant au fil des ans) que j’ai blogués jusqu’ici, sans compter les commentaires plus généraux sur l’histoire littéraire, sur certains illustrateurs, etc.

Aussi bien le dire, c’est le collectionneur en moi plus que le littéraire qui m’a fait lire tous ces bouquins, car on ne collectionne pas les livres comme on le fait pour les cendriers d’hôtel ou les tasses de porcelaine. Un livre, on ne peut s’empêcher de le lire, ne serait-ce que partiellement; il me semble qu’il y a comme une impolitesse à le laisser là sans l’ouvrir.

Bien entendu, plusieurs ont peu d’intérêt littéraire, mais si on se penche de plus près, si on écoute bien, on entend toujours une voix, celle d’un auteur, celle d’un temps révolu. C’est quand même extraordinaire d’entendre la voix du dix-neuvième siècle de l’anonyme Georges Lemay que je suis en train de lire : « Si mon livre, quelque médiocre qu'il soit, fait tomber une larme, s'il élève une pensée jusqu'à Dieu, s'il ferme une plaie, s'il relève un courage abattu, j'aurai fait une bonne action. // Qui sait, un poète y trouvera peut-être le germe d'une inspiration féconde qui lui fera créer une grande œuvre - je me glorifierai d'avoir été la cause obscure, mais heureuse de ce nouveau rayonnement... // Le frêle brin d'herbe, que le poids d'un insecte peut ployer, a sa mission dans le monde, comme la planète aux majestueuses proportions, qui parcourt avec ses satellites l'orbe tracé par le doigt de son créateur. » On imagine facilement le « pauvre auteur », plein d’espoir, mais aussi avec la trouille au ventre, de voir son œuvre soumise au jugement public. Cette modestie qu’on retrouve chez la plupart des auteurs de l’époque ne doit pas nous tromper : bien entendu, on peut y lire l’indigence culturelle d’une communauté, mais aussi l’espoir non avoué d’un auteur d’être plus qu’un relais malgré ce qu’il en dit. L'espoir d’être lu, d’être aimé, d’être admiré.

J’en suis donc à 300 000 visiteurs. Le tout a débuté lentement, cela va de soi, mais est allé en progressant. Cette année, mon site a accueilli près de 50 000 visiteurs. Et si on parle en termes de pages vues, sûrement au-delà de 100 000 (un visiteur peut voir 5 pages en suivant des liens).

Blogger fournit toutes sortes de statistiques sur les blogues depuis 2010. Deux éléments m’intéressent particulièrement, au-delà du nombre de pages vues : les pages les plus populaires et l’origine des visiteurs. Voici donc les dix pages les plus populaires des 5 dernières années : 1. Maria Chapdelaine de Louis Hémon; 2. Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon; 3. Bousille et les justes de Gratien Gélinas; 4. Le Survenant de Germaine Guèvremont; 5. La Scouine d’Albert Laberge; 6. Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy; 7. Trente arpents de Ringuet; 8. Menaud maitre-draveur de Félix-Antoine Savard; 9. La littérature du terroir au Québec; 10. Les Demi-Civilisés de Jean-Charles Harvey.

Bien sûr, on y décèle le passage de maints étudiants, et cela fait plaisir au vieux prof en moi, même si ça désespère certains de mes ex-collègues qui craignent que les étudiants préfèrent mes résumés à la lecture obligatoire de leur bouquin. Ah! Ces jeunes profs et leurs drôles d’idées!

C’est sûr que, dans une proportion de 95%, mes lecteurs sont québécois ou canadiens-français. Mais j’ai aussi des lecteurs « internationaux », d’aussi loin que l’Inde, qui m’ont écrit. Voici le classement de l'origine des visiteurs depuis 2010 : 1. Canada; 2. France; 3. États-Unis; 4. Allemagne; 5. Russie; 6. Ukraine; 7. Belgique; 8. Royaume-Uni; 9. Maroc; 10. Pologne.

Un jour, je vais sans doute m’arrêter, mais pas dans l’immédiat. Je ne me fixe aucun but, même si je sais qu’il y a encore des dizaines de livres qui exigent un peu de politesse de ma part et le premier titre qui me vient en tête, c’est Brochuges de Claude Gauvreau, qui m’attend avec cette patience infinie de ceux qui savent qu’ils vont résister au temps. Je ne révolutionnerai pas la lecture de Gauvreau, je le sais, mais je devrais être en mesure d’écrire deux ou trois petits trucs sensés sur ce recueil. C’est pour l’automne, promis.

2 commentaires:

Claude Lamarche a dit...

Et où les trouvez-vous ces perles rares?
Chez François Côté?
Sur la photo, j'en ai reconnu quelques-uns mais pas tous.

Jean-Louis Lessard a dit...

Oui, Côté, mais aussi Villeneuve, Veilleux, Bonheur d'occasion, Port de tête et plusieurs autres.