2 décembre 2012

La Dame de Chambly



Andrée Jarret (Cécile Beauregard), La Dame de Chambly, Montréal, Édouard Garand, 1925, 130 pages.

La famille Nadeau vient d’emménager sur la rue Plessis. Le père est commis dans une mercerie. Les deux enfants plus vieux,  Wilfrid et Aurore, travaillent aussi et contribuent aux frais de la maison. La mère, sa fille Bernadette, et deux jeunes garçons complètent la famille. Comme ils ne sont pas riches, ils prennent un locataire : Jules Larose, étudiant en droit. 

Bernadette et Aurore sont au cœur de l'histoire. Cette dernière, par sa beauté s’attire tous les regards. Bernadette, qui est la bonté même, s’efface devant sa sœur. 

Aurore, même si un étudiant en médecine déjà la fréquente, est séduite par le chambreur. Elle s’efforce par tous les moyens d’attirer son attention. Il voit bien son manège, mais l’ignore. Le temps passe et il finit par comprendre que la gentille Bernadette est exploitée par tout le monde dans cette maison. Il essaie de s’approcher d’elle, mais elle le repousse de peur de fâcher sa sœur. Un peu froissé, il décide de quitter la pension. La famille, sans savoir exactement ce qui s’est passé, se doute bien que Bernadette y a joué un rôle. Tout le monde se met sur son dos et sa vie devient invivable. Elle décide de quitter la maison et d’aller s’engager comme domestique. Une dame de Chambly l’engage. Consciente que la jeune fille a vécu des malheurs, cette femme au grand cœur la prend sous son aile. Elle veut même s’occuper de son avenir. Elle lui présente un jeune homme que son frère, qui est prêtre, a pris sous son aile. Vous l’avez deviné, le jeune homme, c’est nul autre que le locataire. C’est un orphelin qui a eu beaucoup de difficulté dans la vie. Les deux ont tout pour s’entendre.

L’histoire joue beaucoup sur le pathétisme : la mal-aimée de la famille et le pauvre orphelin. Ce roman aurait pu être un Bonheur d’occasion si l’auteure s’était davantage intéressée aux autres personnages du roman. On ne sait rien de la vie du quartier, on ne sort presque pas du petit cercle très étroit des personnages nommés dans mon résumé. Il y a bien quelques allusions sociales, mais vite gommées par l’histoire sentimentale.

Extrait
Tout à coup, mue par on ne sait quelle intuition, peut-être par la seule habitude de tout lui mettre sur le dos, Aurore se tourna vers sa sœur et, à brûle-pourpoint :
—Dis-le donc, s'écria-t-elle, ce que tu lui as fait pour qu'il parte ainsi?
Si inattendue était l'attaque que Bernadette perdit absolument contenance.
—Moi?. . . balbutia-t-elle, et, à sa pâleur primitive une profonde rougeur succéda.
Elle voulut se reprendre :
—Je n'ai rien f. . .
Mais sa voix se brisa sur le dernier mot. Autour d'elle, c'était une stupeur générale.
Puis, soudain, l'orage éclata et Bernadette qui se cramponnait à son humble travail entendit les injures voler en sifflant autour de son crâne, telles des flèches empoisonnées.
On le tenait donc le mystère, l'irritant mystère de cette défection. C'est elle qui était cause de tout. Elle avait fait partir le chambrent!. . . Avait-on idée d'une scélératesse pareille? Et, hypocrite jusqu'aux moelles, elle avait pu rester jusqu'ici à couvert, mais on la tenait enfin! Tricherie revient toujours à son maître. Réellement, c'était épouvantable de penser qu'un semblable monstre faisait partie de la famille.
Arthur et Gérard, mis dans le temps en suspicion, se vengeaient avec ardeur, mêlant leur voix de fausset au concert général. Toutefois, ce qui atteignit le plus profondément l'innocente, ce fut le sourire équivoque qu'arbora Wilfrid. Bernadette sentait sa tête se perdre.
Finalement, son père songea à s'interposer et, devant l'obstination de la jeune fille à nier qu'elle fût coupable, il l'envoya se coucher.
De ce jour, la vie de Bernadette, par moments si pénible, devint un véritable martyre. (p. 57)

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