14 janvier 2008

Femmes rêvées

Albert Ferland, Femmes rêvées, Montréal, Chez l'auteur, 1899, 48 p. Illustrations de Georges Delfosse ; gravures de A. Morissette. Préface de Louis Fréchette.

Tout petit recueil (15 cm) d’une trentaine de pages (si on enlève le hors-texte), dans une édition d’une qualité exceptionnelle : pages illustrées, bandeaux, culs de lampe, etc. Le recueil est divisé en trois parties : « Chants d’amours », « Adoration » et « Femmes rêvées ».

La préface de Fréchette - qui compte sept pages - fait presque autant de mots que le texte de l’auteur. Fréchette loue les qualités de retenue de Ferland, ce qui est un peu surprenant sous sa plume. Il apprécie entre autres le fait que l’auteur, tout en parlant d’amour, ne tombe pas dans les atermoiements et l’impudeur si fréquente à son époque. Ce passage mérite d’être cité : « Il n'appartient pas à cette catégorie de poètes saules-pleureurs qui semblent ne pouvoir respirer ni soupirer sans servir à tout propos et à tous venants les fragments avariés de leur cœur rangés sur un plateau comme des tranches de melons; de ces poètes qui ne peuvent savourer un moment d'ivresse ni éprouver un accès de chagrin, sans être piqués du désir d'épancher tout cela dans le sein de la publicité; un de ces poètes qui ne saurait aimer ni être aimés sans mettre leurs contemporains dans leurs confidences, afin que nul n'en ignore. »

Il est vrai que Ferland est davantage tourné du côté des Parnassiens que des Romantiques. En témoigne ce poème que ne renierait pas Paul Morin : « Quand on exalterait les brunes cancenis / Dont la danse aux palais des radjahs se déroule / Et l'hétaïre hellène immolant à Cypris / Sa parfaite beauté de femme hiérodoule […] » L’inspiration biblique est aussi omniprésente, comme dans le poème « Chants d’amour », qui est un échange entre « les filles de Jérusalem » et « l’épouse », puis entre « l’époux » et « l’épouse ». « L'ÉPOUX / Tes yeux dont le regard a blessé ma prunelle / Sont purs comme les flots des vasques d'Hésébon. / L'ÉPOUSE / Tes yeux à qui mon corps chastement se révèle / Sont clairs comme les eaux des puits de Salomon. » Dans la dernière partie, on se rapproche quelque peu de l’auteur, de ses propres expériences. Le ton est plus romantique : « Vous souvient-il qu'un jour auprès des flots tranquilles, / Sous le dais de ces bois moussus et parfumés / Ainsi que les pastours des anciennes idylles, / Nous nous sommes aimés? » (Les bois) Ferland utilise souvent le modèle du chant, avec couplets et refrain. Bref, toute cette poésie est plutôt vieillotte et surannée, comme en témoigne l’extrait que j’ai choisi, qui ne rend pas vraiment justice au recueil mais qui est amusant, pour nous les anciens qui connaissions par cœur les commandements de Dieu et de l’église.

Les Préceptes de l'Amour

Adolescent ta chair dompteras,
Afin de vivre longuement.

Vierge ton corps tu garderas
Jusqu'à l'hymen jalousement

Honnête point ne marcheras
Devers la tombe isolément.

Nulle femme ne connaîtras
Hors de l'hymen charnellement.

Selon ton cœur tu choisiras
Une femme discrètement.

Chrétien tu te multiplieras
Par le sang et l'enseignement.


Lire Femmes rêvées.
Albert Ferland sur le site de la BANQ

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