18 février 2007

Sur la route d'Oka

Aimé Carmel, Sur la route d’Oka, Montréal, s.n., 1954, 222 p. (1re édition : 1952)

Nous sommes probablement dans les années 1920. Le père Gagnon cultive la terre paternelle près d’Oka. Il a deux fils, Oscar et Robert, et une fille, Marcelle. La ferme est relativement moderne puisqu’ils possèdent un tracteur et une automobile. Oscar, le fils aîné, se désintéresse de la terre, surtout depuis qu’il fréquente une secrétaire de Montréal, une orpheline nommée Lucile. C’est une vraie fille de ville. Il a communiqué avec un cousin installé aux États-Unis où il veut émigrer. Encore faut-il l’annoncer à son père, ce qu’il craint. Finalement, il s’ouvre au curé et c'est ce dernier qui annonce la nouvelle, essayant tout de même de le faire changer d’avis. Le père Gagnon est dévasté. Oscar quitte la ferme, va rejoindre sa fiancée à Montréal et se marie sans le consentement de sa famille. Comme prévu, il s’exile aux États–Unis.

Sur la ferme, sa sœur Marcelle a trouvé un époux qui est venu habiter avec eux et a remplacé Oscar. Lors de leur voyage de noces, elle et son mari visitent Oscar aux États-Unis et se découvrent une sympathie pour Lucile que personne n’avait encore vue. Quelque mois plus tard, celle-ci tombe malade. On lui recommande de quitter la ville. Oscar, mal pris, demande à son père de l’héberger pendant quelque temps. Ce dernier accepte, à la condition qu’elle se comporte comme une fille de campagne (voir l’extrait). La jeune fille, qui n’éprouvait que du mépris pour les ruraux, tombe en amour avec sa belle-famille et avec la campagne. Deux mois passent ainsi. Lucile ayant recouvert la santé, Oscar décide d’en profiter pour rendre visite aux siens qu’il n'a pas vus depuis trois ans. Il découvre sa femme complètement changée et désireuse de rester. Lui-même se rend compte qu’il n’aurait jamais dû partir. Une occasion s’offre à eux : le curé annonce en chaire que des terres, plus au nord (probablement au Témiscamingue), sont offertes gratuitement. Le père Gagnon décide de léguer sa terre à sa fille et à son autre fils et, avec le concours d’Oscar et de Lucile, de tenter cette nouvelle aventure. En épilogue, on apprend que Lucille a eu un enfant et que la nouvelle communauté prend forme rapidement.

Roman du terroir classique. Le curé y apparaît comme la solution à tous les maux. Discours virulent contre la ville, contre l’exil aux États-Unis. Il n’y a pas de bonheur possible en dehors des girons familial, agricole, paroissial. Si le roman avait été écrit en 1920, on pourrait lui accorder une bonne note, mais en 1951? Après Le Survenant! Bref, c’est dépassé !

Pour le plaisir des lecteurs, voici un petit passage quand même savoureux :

« Quant à Lucile, jamais mieux qu'en ce moment, elle ne comprit le côté factice de la vie dans les villes, l'inutilité lamentable des artifices chimiques, le défi à la nature, l'outrage à la jeunesse, la réclame tapageuse de la Mode qui louait le rouge à lèvres et vantait le vernis à ongles. Vraiment à cette minute, Lucile, à son tour, reniait son passé, sa vie antérieure, son erreur ridicule, quand le souci du rimmel, du bâton de rouge et du flacon d'émail occupait entièrement sa pensée. Elle se revoyait abîmant chaque jour, de ses propres mains, sa beauté naturelle, en y apportant des correctifs illusoires, des prétendus embellissements artificiels qui, au fond, ne trompaient que les imbéciles, ne plaisaient qu'aux snobs et risquaient de dégoûter et d'éloigner les jeunes gens virils et équilibrés. Ici dans la ferme, au contact de ces gens simples, de ces paysans ennemis du compliqué et de l'artificiel, Lucile, plus belle, plus saine, eut la certitude absolue qu'elle pouvait faire alliance désormais avec son beau-père, l'ennemi des « poupées du yâble ».

2 commentaires:

Carole a dit...

C'est charmant cet extrait ;o)

Pierre Coulombe a dit...

Jamais je n'aurais pensé entendre parler de ce roman que j'ai lu à sa sortie en 52 ou 53 (Je j'avais probablement eu en prix à la fin de l'année). Le titre m'est toujours resté dans la tête, mais j'avais complètement oublié l'intrigue. Avec le recul, on apprécie l'évolution des mentalités. L'exil aux États-Unis était un thème complètement dépassé à l'époque... C'était Maria à l'envers. Mais ces romans entretenaient dans l'esprit des cultivateurs la "noblesse" de leur tâche et surtout ils avaient la ferme conviction de sauver leur âme au lieu d'aller la perdre aux États-Unis. Une citadine qui se convertit à la terre, c'est "au boutt".