Michèle Lalonde, Défense et illustration de la langue québécoise, Paris Seghers/Laffont, 1980, 239 p.
Le recueil mélange poésie et essais. Lalonde était une artiste très
engagée dans la défense du Québec. Son discours brillant nous ramène dans les questionnements-débats
des années 60-70.
Dans la première
partie, « Déffence et illustration de la langue québécoyse », rédigée en 1973,
Michèle Lalonde reprend le flambeau de Du Bellay afin de défendre la langue
québécoise, même si le contexte diffère profondément. Selon elle, notre langue
ne se définit pas par le joual : elle correspond plutôt à l’héritage
linguistique des ancêtres, façonné par les années d’éloignement de la France.
Revendiquer le joual revient, à ses yeux, à accepter sa condition d’aliéné.
Elle interprète les œuvres de Tremblay et de VLB, non comme une défense du
joual, mais comme une représentation de cette aliénation.
« Poésie
intervenante » contient son célèbre « Speak White »,
mais aussi d’autres poèmes qui s’inscrivent dans la posture engagée de
plusieurs artistes de l’époque. Dans « Événement d’octobre », elle
met en lumière l’impression contradictoire ressentie par le peuple, assiégé par
l’armée et ne sachant trop s’il devait se sentir coupable. « le peuple hurlait son / innocence / il n'aurait
pas su dire / comment ni quand / le geste avait été posé / mais parce qu'il
savait / pourquoi / il se sentait aussi coupable / que s'il en avait donné
l'ordre / pris lui-même en flagrant délit / ce fut l'automne de la peur / de la
mémoire en chien battu / qui oublie comment aboyer / et qui file doux devant
ses maîtres ».
Dans « Portée
disparue », une poète sous l’Occupation reconnaît que sa parole est vouée
à l’oubli : « Sous les néons de l'Occupant, sous l'incandescent et
gigantesque alphabet du Pouvoir, j'écrirai désormais comme quiconque: en lettres
blanches sur murs de brique. Je me soumets d'emblée à l'autorité critique de la
pluie. Avec les années, elle effacera mes phrases. Le temps me biffera des
mémoires. »
Suivent deux textes
destinés à la scène. « Panneau réclame », texte plutôt surréaliste à
trois voix, a été lu lors de la Nuit de la poésie en 1970 par les trois Michel : Rossignol,
Garneau et Lalonde elle-même. « Outrage au tribunal », texte très
revendicatif, qui affirme que le Québec colonisé possède les outils nécessaires
pour se libérer, a été lu par les mêmes interprètes dans les spectacles « Chants et
poèmes de la résistance ».
Les textes qui concluent
« Poésie intervenante » relèvent davantage de l’affirmation que de la
dénonciation : « Que s'effacent les signes des vieux impérialismes!
que s'estompent leurs couleurs! et même cet antique pavois bleu-de-roi
pathétiquement récupéré des cendres de notre préhistoire et de génération en
génération obstinément honoré comme le symbole d'un invincible vouloir-vivre
qu'il brûle d'une flamme très haute égale à l'ardente vision des hommes et des
femmes qui le sauvegardèrent nous lui rendons enfin l'ultime honneur du grand
feu de joie qui s'allume dans nos consciences révolutionnées éclairées d'une
assurance nouvelle un jour viendra où nous n'aurons besoin d'aucun emblème pour
nous identifier et nous rallier nous serons reconnaissables à notre dignité
d'êtres libres qui se souviennent du patient idéal de justice de leurs pères
par cette mémoire-là nous vaincrons cette certitude est notre étendard. »
« Hiver dans
l’âme », la troisième partie du recueil, donne à lire des poèmes beaucoup
plus courts, de nature plus intimiste, vaguement liés au thème du pays. Un
couple se défait sous le regard d’un pays qui tarde à naître : « il n'y a rien plus loin que cette ville absolue
/ ni âme qui respire ni bête encore vivante / le monde ici s'achève en un
silence étale ».
La dernière partie, que j’ai survolée, s’intitule « Prose intervenante ». Elle s’ouvre sur deux textes plutôt descriptifs de Montréal, ville au visage anglophone. Suivent des essais réunis sous le sous-titre « Parcours théorique » : l’écriture engagée, les lendemains de l’élection perdue de 1973 par le Parti québécois, l’état de la « parlure », l’évolution idéologique depuis Refus global, les relations femme-homme et, plus largement, le féminisme sont les sujets abordés. Enfin, « trois fragments d’écriture narrative » viennent clore le recueil.
Michèle Lalonde
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