19 mai 2012

Les Fleurs poétiques


Léon Lorrain, Les Fleurs poétiques. Simples bluettes, Montréal, Beauchemin, 1890, 182 pages (préface de l’auteur)

Le recueil est dédié à Honoré Mercier, premier ministre de la province de Québec. Dans la préface, Lorrain se défend d’être poète (air connu). « Mes fleurettes, dont la plupart pâlissaient depuis déjà longtemps au fond d'un tiroir, n'ajouteront rien, je le sais, à l'éclat qui environne notre jeune littérature nationale. »

L’auteur aime beaucoup les fleurs, et c’est ce dont il parle dans le poème liminaire : « O fleurs! Objets de ma tendresse, / Je vous cultivai de mon mieux; /  Je vous donnai des soins pieux / Dans les heures de ma jeunesse! »

IMMORTELLES ET PENSÉES
Lorrain porte un jugement sévère sur la société; la nature, prolongement de Dieu, devient la grande consolatrice, thème cher à Lamartine. « Petites fleurs mélancoliques, / Qui penchez vos fronts angéliques / Sur le sol humide des pleurs / Que versent les saintes douleurs, / Au ciel, à la nature immense, Chantez, chantez votre romance ». D’autres poèmes sont carrément d’inspiration religieuse : « Salut! Reine des cieux! / O cœur miséricordieux ».

ROSES ET MARGUERITES
La rose est associée à l’amour. « La rose est un emblème unique de beauté, / De candeur et d’amour. »  Les marguerites sont plutôt les confidentes, les « sœurs discrètes » des jeunes filles amoureuses. Quelques poèmes portent des noms de fille : « Corinne avait quinze ans. / Oh! Qu’elle était jolie! »

VIOLETTES ET PIVOINES
Encore les fleurs, mais pas uniquement dans le sentiment amoureux. Le poète préfère la violette qui, « Loin de tout regard importun, / Pure,  s’épanouit à l’ombre » à la pivoine « Roue comme la honte, / [qui] étale au jardin sa blessante splendeur. » En somme, la modestie en tout chose : si l’auteur a rejoint la ville avec ses « splendeurs mensongères », il conseille aux jeunes gens : « Ne quittez pas l’héritage / Que l’aïeul vous a transmis. »

POÉSIES DIVERSES
Encore des fleurs, l’œillet et la tubéreuse, un poème patriotique (« La fête nationale »), un poème-hommage à Crémazie (« Poète à l’âme pathétique »), deux poèmes d’inspiration irlandaise, deux autres que lui ont inspirés Horace.

Bluette : Petit ouvrage, ouvrage sans prétention, qui n’est qu’un badinage d’esprit. Après avoir lu le recueil, il me semble que la modestie affichée par le poète dans la préface et le sous-titre est authentique. Rien n’est plus naïf que ces petits poèmes. Il va de soi que traduire des sentiments en utilisant le langage des fleurs est un défi perdu d’avance, même au XIXe siècle.

Lire la critique de Jeanne D’Arc Lortie dans le DOLQ.

Extrait
La rose, qu'elle soit jaune, blanche, écarlate,
Violette, lilas, pourpre, marron, carmin ;
Qu'un riche vermillon à sa corolle éclate,
Ou qu'elle ait le reflet velouté du jasmin ;
Qu'on l'appelle pompon, capucine ou trémière,
Et quel qu'en soit le genre ou la variété, —
Perle d'or ou coquette, aurore ou printanière, —
La rose est un emblème unique de beauté,
De candeur et d'amour. Dans les cœurs, son royaume.
Elle exerce un pouvoir qu'on ne peut déjouer.
La musquée, enivrant de son subtil arôme,
Nous parle d'inconstance, il faut bien l'avouer.
La rose capucine, il faut aussi le dire.
Ne représente aux yeux qu'un caprice d'un jour ;
Celle de tous les mois, qu'un éphémère amour
Qui naît en un moment, au milieu d'un sourire,
Et qui disparaît sans retour.

Mais comment faire un crime aux innocentes roses
De la noire inconstance et des faux sentiments
Des amoureux menteurs, volages ou moroses
Oubliant sans remords leurs éternels serments ?
Ici je vois plutôt un sujet de louange
Pour la rose fidèle à refléter le cœur,
Qu’il soit droit et sincère, ou que coupable il change. (p. 66-67)

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