24 mai 2012

Les Voix intimes


Caouette, Jean-Baptiste, Les Voix intimes, Québec, Imprimerie L.-J. Demers, 1892, 309 pages. (Préface de Benjamin Sulte)

« Mais il y a assez de bonnes pièces pour sauver Les Voix Intimes d'un oubli prématuré. Le souffle religieux et national agite noblement un grand nombre de pages, et cela suffirait pour valoir un accueil favorable à leur auteur. » (Sulte dans la préface)

L’auteur avait 48 ans lorsqu’il a publié Les Voix intimes. Certains poèmes sont datés des années 1870. Le recueil est divisé en quatre parties : Poésies diverses, Sonnets, Hymnes, Romances et chansonnettes, Une gerbe d’acrostiches.
Poésies diverses
Le titre l’indique assez bien, l’inspiration vole en tous sens. Le ton, lui, demeure toujours romantique. Plusieurs poèmes sont accompagnés d’une dédicace (à sa femme, son père, Sulte, Routhier…). Certains, très sentimentaux, donnent dans le pathétisme (Rose, Un héros de 1870); d’autres célèbrent la nature, le pays, un héros national (Champlain), le journalisme, Noël, Crémazie, Fréchette, Chapman. On trouve aussi des poèmes écrits dans les albums des jeunes filles. Enfin, l’auteur nous offre de « judicieux conseils » dont un poème adressé aux célibataires (lire l’extrait). 

Sonnets
La forme change, est plus ramassée, mais l’inspiration reste la même. Les sonnets célèbrent les villes de Québec et Montréal, des revers amoureux… Le dernier tranche quelque peu puisqu’il s’adresse à Marie (« Il est un nom que tout chrétien vénère »).

Hymnes, romances et chansonnettes
Cette partie présente des chansons, avec couplets et refrain. Certaines ont été composées sur un « air connu », d’autres sur une musique originale. Les musiciens sont nommés : N. Crépaullt, Edouard Vincelette, Joseph Vézina, A. Thomas, R. Lyonnais, J. Sauviat. Les sujets sont très variés : Noël, les Canadiens et Canadiennes, les raquetteurs de Sherbrooke, les noces d’or, les funérailles, le dépit amoureux…

Une gerbe d’acrostiche
La gerbe est bien mince, elle ne comprend que trois acrostiches : A M. V. Billaud, de l’Académie des Muses Santones; La femme canadienne; A mes poésies.

Ce recueil, très dix-neuvième siècle, dans lequel sont réunis pêle-mêle les écrits poétiques de l’auteur a peu d’intérêt. Caouette est un « faiseur de rimes », un « rimailleur », comme beaucoup d’autres de son époque. En toute honnêteté, je dois dire que j’ai souvent survolé le recueil.

AUX CÉLIBATAIRES

Allons, debout ! pauvres célibataires,
Vous que la femme abreuve de mépris !
Abandonnez vos gites solitaires,
Où l'on ne voit que des chats favoris !

De votre cœur bannissez la souffrance;
Ne soyez plus désormais soucieux :
Et saluez avec joie, espérance.
Le nouvel an qui brille au front des cieux !

Car en ce jour de fête universelle,
La fille d'Ève absout les amoureux;
Sa douce voix attendrit l'infidèle,
Et son regard rend les hommes heureux.

En votre honneur elle fait sa toilette;
Elle embellit de fleurs ses longs cheveux;
A son faux col rayonne l'épinglette
Qu'elle reçut un soir avec vos vœux !

Vite, debout ! accourez donc vers elle,
Vous que l'ennui torture tous les jours !
Et dites-lui : " Ma tendre demoiselle,
Je pleure encor mes premières amours;

" Je suis cruel, barbare et bien coupable
D'avoir blessé vos nobles sentiments;
Mais mon offense est-elle impardonnable ?
Oh ! non : alors, reprenez mes serments..."

Mariez-vous ! l'Évangile l'ordonne;
C'est un devoir sacré pour le chrétien.
Aux bons époux parfois le Seigneur donne
La paix de l'âme et le pain quotidien.

C’est le souhait, braves célibataires,
Que je formule en ce beau jour de l'an.
A l'avenir, soyez moins solitaires;
Rendez des points aux plus jeunes galants


Lire la critique de Jacques Blais dans le DOLQ

Jean-Baptiste Caouette sur Laurentiana

2 commentaires:

Le Flâneur a dit...

Le mépris et les chats favoris, c'est ce qu'on appelle « forcer la rime » à tout prix. Pourquoi Benjamin Sulte, qui n'était pas bête, a-t-il écrit la préface de ce recueil ?

Jean-Louis Lessard a dit...

Disons que j'ai cité Sulte hors contexte. On le sent très mitigé. J'allonge donc la citation. Pour Sulte, l’œuvre est estimable (utile) si elle contribue au devoir national.

"Il y a trente ans, nous nous présentions nous-mêmes aux lecteurs, attendu que n'ayant presque pas d'ancêtres littéraires, nous ne savions par
quelle voie nous introduire au milieu du publie.

Maintenant les jeunes se recommandent à nous : faisons aux autres ce que l'on n'a pas pu faire pour nous. M. J-B. Caouette est un débutant que je vous présente parce que ayant fait la
connaissance de ses vers, je les trouve de bonne compagnie. Vous pourrez les lire sans vous
compromettre. C'est un bon Canadien de plus dans notre cercle, et si, un jour, il nous échappe pour passer à la postérité, vous ne serez ni inquiets sur son compte ni gênés de l'avoir connu. Pour le moment, ce travailleur est au moins estimable ; saluons son arrivée sur la scène.

Si je vous disais que M. Caouette se croit un grand homme et que c'est ainsi que je le considère,
vous vous moqueriez de nous ; c'est pourtant sur ce pied-là que l'on pose ordinairement un écrivain nouveau... à moins qu'on ne l'exécute en le lapidant.

Parmi des vers fort bien tournés il s'en rencontre quelques-uns de tout à fait prosaïques, par
exemple :

... œuvre utile et salutaire
Qu'on nomme le défrichement.

Mais il y a assez de bonnes pièces pour sauver les Voix Intimes d'un oubli prématuré. Le souffle
religieux et national agite noblement un grand nombre de pages, et cela suffirait pour valoir un accueil favorable à leur auteur."