8 mai 2026

Les cris

Paul Mercure (Pierre Chatillon), Les cris, Montréal, Les éditions de l’aube, 1957, 62 p. (préface de Gilles Leclerc)

La préface de Gilles Leclerc fait 8 pages! Il tient un discours, très années cinquante, avec Camus et Sisyphe comme point de départ. Il s’interroge sur le rôle du poète, sur sa manière de répondre à l’absurde.

Le recueil contient trois parties. Dans Cri I, il s’adresse à Dieu. Avec beaucoup de métaphores et d’adjectifs, il lui raconte son désespoir. Il n’a que 17 ans, mais il a l’impression d’avoir tout expérimenté, tout raté, de se retrouver devant le vide. La société n’a rien à lui offrir, il lui reste Dieu, mais encore…  « J'ai tout perdu ! tout ! tout ! tout ! // Jusqu'à Vous peut-être, mon Dieu, mais il faut que Vous soyez là ! Il le faut ! Il le faut ! // Et je pleure, assis, sous le pont noir de ma ville. Il neige... un peu. » (Une version remodelée et allongée a été publiée dans l’édition de 1968)

Dans Cri II, Châtillon nous emmène dans l’enfer de sa vie. Les poèmes disent à peu près tous la même chose : la vie est un trou immonde. Il n’y a rien qui vaille la peine, surtout pas « le rire fou des filles idiotes », « écœurantes fumées terrestres ».  Plus loin, il évoque « ce cœur dans la souffrance des encens, sur l’autel ridicule de l’impossible vie ». En fait, derrière cette colère se cache un être dépressif, coincé dans « l’immense tournoiement du désespoir ». La Poésie ne sera pas le remède : « Ce sont des cris, le désespoir, sa gueule en confitures de baves, comme un couchant d’hiver, pleine de lichens de sang ». Et pour conclure : « Allons prier, car j’ai crevé mon Âme primitive, qui s’éteint… dans la vie »

Cri III ne compte que trois pages pour nous dire que les « égout solitaires de la vie » ont eu raison de lui :

   Cependant que très loin, très loin, la sangsue de la Terre suce aussi mon cœur sensible et flou,
   mon cœur se répandant, la proie des mouches et des chiens qui lèchent les égouts,
   que la sangsue de la Terre absorbe le venin du Soir en un hoquet de sang, de boue.
   et que la vie, la vie s'engouffre, un gros soleil de vomissure, au sein des glaises de l'Amour et de l'Angoisse,
   en un grand hurlement de fientes et de pigeons morts.


En 1957, Pierre Chatillon avait 17-18 ans. La colère repose sur quoi, on a bien peu d’indices. On devine une immense souffrance derrière ces cris. Bien entendu, on peut mettre sur le dos de l’adolescence cette révolte tonitruante et parfois malsaine, mais il faut aussi admettre que Chatillon avait hors de tout doute des dons de poète.


Dans l’édition de 1968, le recueil « Les cris » (version retravaillée) est suivi du « Livre de l’herbe » et du « Livre du soleil ».

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