Gemma Tremblay, Cratères sous la neige, Montréal, Déom, 1966, 53 p. (Coll. Poésie canadienne no 14)
C’est toute une flambée qu’allume
Gemma Tremblay dans ce recueil. Les vers se précipitent, s’entrechoquent, se
pulvérisent. Tous liens logiques écartés, il ne reste que des suites de mots, des
appositions, des énumérations composées d’éléments disparates, des métaphores
percutantes, des phrases qui n’en sont pas. Et le sens? Une recherche avide de
sens, un grand trou qu’il faudrait combler, de grands malaises en soi et tout
autour.
Comme dans le recueil précédent, avec
plus de consistance, elle lie ses propres malaises au thème du pays. Elle témoigne
du besoin de s’ancrer dans ce pays, ce pays qui ne se laisse pas facilement approcher.
Loin du pays s'irritent mes amours
lacs pavoisés de fleurs vivaces
j'écris avec le goudron des rampes de fer forgé
Manicouagans
tous les matins l'annonce d'un nouveau chantier
mugissement des eaux dans ma tête
tes victimes sont mes plus beaux ornements
bronze totems
le Saint-Laurent ma plus belle musique
Loin du pays s'irritent mes amours
lacs pavoisés de fleurs vivaces
j'écris avec le goudron des rampes de fer forgé
Manicouagans
Au creux de la terre j'entends battre mon coeur
pays je ne peux plus demeurer dans ton lit sauvage
ta beauté m'enivre
vous qui voulez renaître ce printemps
à hauteur des fronteaux
entre les maillons dorés du soleil de sa vierge moisson
parlez au sol avec la voix des siècles colonisés
Je monte dans ma course nordique
jusqu'au Mont Royal
respirer les flammèches d'anciens volcans
dans les gigues pourprées des indiens
aux larges rumeurs océaniques
Je ne peux plus te voir grandir pays
sans effarement ni douleur
j'entends les démolitions d'entre les marteaux
les clous joyeux gratte-ciel de vertige
ma voix prend forme de l'avenir pressuré
Pouvoir ne plus t'aimer
sans la drave des bouleaux dans tes robes bleu sombre
la morsure des forêts
voici mes bras de lionceau pour t'étreindre
tu peux pleurer Québec dans tes forêts d'éclosion
tes ramages amoureux
tu peux chanter à même mon sang qui flambe
sur les musiques obsédées
j'ai des cratères dans la gorge des vies entières
prêtes à peupler les fourrés d'étincelles
qui crèvent de fierté muette
Ma poésie redescend navrée d'inquisition
il n'est que lumière sur les chemins prophétiques
qu'enluminure sur le fleuve


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