21 octobre 2017

Leur âme

Jean-Chauveau Hurtubise, Leur âme, Louis Carrier, Montréal et New York, 1929, 187 pages.  (Préface d’Olivier Carignan)

En préface, Louis Carignan nous explique ce que devrait être un roman. L’observation assidue de la vie ambiante (donc des innombrables « âmes » qui nous entourent), ainsi que le style seraient les atouts du bon romancier. Hurtubise, lui, « a courageusement entrepris d’étudier l’âme de la femme ».

Georges Derval écrit un traité anti-féministe intitulé « L’Âme de la Femme Contemporaine » pour se venger de Gisèle Monnier qui l’a quitté pour un partenaire plus âgé, mais plus fortuné.  Entre-temps, il est engagé pour donner des cours privés à Claude de Roure, une jeune fille de 19 ans, toute naïve, dont  « les  lèvres [sont] divinement modelées pour le baiser ». Il en tombe amoureux et son sentiment est partagé. Pourtant, quand Gisèle  Monnier, son ancienne flamme devenue veuve, le relance, il lui saute dans les bras.

Le livre de Georges paraît et il est démoli par la critique.  Un de ses amis convainc Gisèle Monnier de s’éloigner : il y va du bonheur de Georges. Abandonné une seconde fois, démoli par la critique, ce dernier tombe malade et vient bien près d’y perdre la vue. L’ami rencontre Claude et lui demande de voler au secours de Georges. Leurs amours reprennent. Les trois déménagent à Gaspé, les deux hommes se consacrant à la littérature, Claude se contentant de les admirer.  « Elle aimait à le voir composer. Elle aimait à saisir la lueur vive et inspirée qui s’allumait alors dans ses yeux. À la pensée que cet homme savant, à l’air grave, l’aimait, l’adorait, elle éprouvait un sentiment de légitime orgueil. Quelquefois elle s’approchait de lui, s’assoyait sur le revers de sa chaise et, appuyant sa jolie tête blonde contre la sienne, d’une voix câline… »

À lire le résumé, vous avez dû comprendre que l’histoire est tirée par les cheveux. L’intrigue est invraisemblable, les personnages sont superficiels, leurs motivations ne tiennent pas la route, les idées sont banales, il n’y a pas de qualité d’écriture, on subit maintes répétitions… et on ne découvre pas « l’âme de la femme », beaucoup s’en faut.

Georges écrit un soi-disant traité antiféministe, mais on n’a pas accès au contenu, sinon à deux trois clichés sur la femme. Il lui reproche quoi ? D’être vénale, inconséquente, envieuse. Il est le fils spirituel d’un grand maître à penser, mais on ignore tout de son mentor. Désolé, malgré toute ma bonne volonté, je n’arrive pas à trouver la moindre qualité à ce roman. 

Quelques extraits

« La femme est trop envieuse de la femme pour qu’une amitié sincère existe entre elles. Pour parvenir à son but, pour atteindre son idéal, la femme n’hési­tera pas à se servir d’une autre femme comme piédestal. Quoi que l’on en ait dit, je crois que la plus grande amitié qui puisse exister, c’est celle qui naît entre l’homme et la femme. » (p. 34)

« Certaines femmes, » avait écrit le célèbre maître, « à certains jours vous captivent et remplissent votre cœur d’une joie très grande. Leur âme vous apparaît alors comme un océan d’un calme merveilleux que vous contemplez à l’heure crépusculaire, au moment où le soleil empourpre de ses derniers feux un ciel sans nuages. Cependant, à votre réveil, le lendemain, vous regardez cette même mer et vous vous apercevez qu’elle est sombre et furieuse. L'âme de la femme est ainsi, capricieuse, chan­tante. » (p. 38-39)

« La femme, très souvent, est d’une inconséquence déplorable. Elle a, même pour l’homme qu’elle affec­tionne, des mots malheureux qui le blessent ou le troublent d’une façon singulière Alors qu’il faudrait laisser le silence accomplir son œuvre, elle détruit d’une parole sa chance de succès. » (p. 103)

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