4 décembre 2014

The Habitant


William Henry Drummond, The Habitant and other french-canadian poems, London et New York, 1897, 137 pages (Introduction de Louis Fréchette et illustrations de Frederick Simpson Coburn)

Je possède The habitant depuis longtemps. C’est un très beau livre qui vaut sans doute autant pour les 13 illustrations pleine page (sans compter celles directement dans le texte) de Coburn que pour les 23 poèmes de Drummond. J’admets d’emblée que j’ai lu The Habitant en diagonale, tant la lecture m’en est difficile. Il faut comprendre ceci : l’entreprise de Drummond était pour le moins périlleuse : comment mettre en scène et même faire parler l’habitant canadien-français dans un langage qui n’est pas le sien (patois anglais) sans tomber dans la caricature, voire le mépris?

Pourtant, telle n’était pas l’intention de Drummond : “In presenting to the public “ The Habitant and other French-Canadian Poems," I feel that my friends Who are already, more or less, familiar with the work, understand that I have not written the verses as examples of a dialect, or with any thought of ridicule. / Having lived, practically, all my life, side by side with the French-Canadian people, I have grown to admire and love them…”

Sans doute, par crainte des réactions, il a demandé à son « ami » Louis Fréchette de se porter garant de ses intentions.

« La tâche abordée par M. Drummond présentait un caractère beaucoup plus difficile. Ici, le poète avait bien, il est vrai, le milieu à saisir, placé, droit en face de son objectif. Il était assez familier avec ses acteurs pour les grouper avantageusement, en ménageant les effets d'ombres et de lumière. Il est naturellement assez artiste pour ne rien négliger de ce qui ajoute du pittoresque à la pose; surtout, il connaissait à fond le type à reproduire, ses mœurs, ses passions, ses sentiments, ses penchants, ses superstitions et ses faiblesses.

Mais comment, sans tomber dans la charge ou la bouffonnerie, faire parler systématiquement à ses personnages une langue étrangère, forcément incorrecte dans la bouche de quelqu'un qui l'a apprise par oreille, sans savoir lire même dans sa propre langue ?

La tentative était hardie; mais on sait que le succès a un faible pour les audacieux.

Dans son étude des Canadiens-français, M. Drummond a trouvé le moyen d'éviter un écueil qui aurait semblé inévitable pour tout autre que pour lui. Il est resté vrai, sans tomber dans la vulgarité, et piquant sans verser dans le grotesque.

Qu'il mette en scène le gros fermier fier de son bien ou de ses filles à marier, le vieux médecin de campagne ne comptant plus ses états de service, le jeune amoureux qui rêve au clair de la lune, le vieillard qui repasse en sa mémoire la longue suite des jours révolus, le conteur de légendes, l'aventurier des «pays d'en haut» et même le Canadien exilé -le Canadien errant, comme dit la chanson populaire- qui croit toujours entendre résonner à son oreille le vague tintement des cloches de son village; que le récit soit plaisant ou pathétique, jamais la note ne sonne faux, jamais la bizarrerie ne dégénère en puérilité burlesque. » (P. VII à IX).

Le livre de Drummond connaîtra plusieurs éditions, dont une de luxe, et un immense succès aux États-Unis.






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