18 septembre 2026

La poésie française au Canada

Louis H. Taché, La poésie française au Canada, Saint-Hyacinthe, Imprimerie du Courrier de St-Hyacinthe, 1881, 288 pages.

Douze ans seulement après Antonin Nantel, voici Louis-Hippolyte Taché et une anthologie beaucoup plus costaude. Contrairement à Nantel, il ne propose pas d’orientation.

On a droit à deux paratextes : un poème de Louis Fréchette pour « servir d’introduction » à l’anthologie et une étude de 32 pages de Benjamin Sulte sur la littérature canadienne-française. Sulte pose un regard très lucide sur notre aventure littéraire. « Si, depuis vingt-cinq ans, nous n’avons pas créé un large et profond courant litteraire, c’est parce que nous ne sommes pas mûrs comme nation. »

Louis-Hyppolite Taché (1859-1927) (ne pas confondre avec Joseph-Charles Taché) fut le secrétaire de Chapleau. On lui doit quelques nouvelles et surtout les Nouvelles soirées canadiennes publiés de 1882 à 1886. Notez qu’il n’a que 22 ans quand il publie son anthologie.

Taché ne laisse tomber aucun des huit auteurs retenus par Nantel: Chauveau, Crémazie, Fiset, les deux Garneau, Le May, Lenoir et Routhier.

Il en introduit sept nouveaux : William Chapman, James Donnely, Achille et Louis Fréchette, Adolphe Poisson, Eustache Prudhomme et Benjamin Sulte. Seuls Louis Fréchette (entre autres Pêle-Mêle, 1877), Adolphe Poisson (Chants canadiens, 1880) et Benjamin Sulte (Les Laurentiennes, 1870) avaient publié un recueil complet en 1881.

Crémazie a droit à 137 pages! Autrement dit à son œuvre poétique presque complète (Œuvres complètes sera publié en 1882). Les autres auteurs se partagent donc les 105 pages restantes.

Autres incongruités : on passe d’un auteur à l’autre sans avertissement. Heureusement, à la fin du poème, apparaît le nom de l’auteur. Seulement cinq d’entre eux font l’objet d’une note biographique à la fin du recueil : Crémazie, Chauveau, Fréchette, Le May et Sulte. Les autres? Rien. Enfin, il est impossible d’affirmer que Taché a suivi l’ordre chronologique ou un tout autre ordre (qui m’échappe). 

On peut trouver sur mon bloque un article sur tous ces poètes sauf pour les trois suivants. James Donnely (1857-1931), dont les parents irlandais sont décédés pendant leur quarantaine sur Grosse-Île, a été adopté par des Canadiens français. Il a été enseignant. L’une de ses contributions est un poème sur l’Irlande. Achille Fréchette (1847-1927), le frère de Louis, était avocat et traducteur à Ottawa. Dans son poème, il rend hommage aux missionnaires qui ont parcouru le pays pour répandre leur foi. Eustache Pruhomme (1818-1891) a été maire, député. Son poème vise à soutenir la France en conflit avec les Prussiens.

Bien que la poésie patriotique soit encore dominante, on note un certain élargissement : quelques poèmes donnent dans l’exaltation de la nature et l’expression du moi.

11 septembre 2026

Les fleurs de la poésie canadienne

Antonin Nantel, Les fleurs de la poésie canadienne, Montréal, Beauchemin & Valois, 1869, 134 p.

Il est surprenant qu’une anthologie de la poésie canadienne paraisse dès 1869 alors que la littérature en est à ses balbutiements. Antonin Nantel (1839-1929), professeur de lettres, dans une préface de sept lignes, ne laisse aucun doute sur ses intentions : il vise « à faire connaître nos poètes et à faire aimer davantage les grandes choses qu’ils ont chantées : la religion et la patrie ».

Nantel a retenu huit auteurs. Le livre s’ouvre sur un poème anonyme, intitulé « L’érable ». Pour le reste, la poésie patriotique domine, même quand il est question des autochtones. Voici un aperçu de l’apport de chaque auteur : Garneau trace le portrait du « dernier Huron », Chauveau nous rappelle la fin tragique de Donnacona, Lenoir chante « Les laboureurs », Crémazie se désole de voir les Canadiens s’exiler et partage la joie du « Vieux soldat Canadien » trop heureux de saluer le retour des Français, Fiset offre un aperçu de notre histoire nationale, Garneau fils se contente de s’épancher sur quelques souvenirs de jeunesse, Lemay salue le retour d’un chercheur d’or auprès de sa femme et célèbre la reconstruction de l’église des Hurons à Lorette, enfin, Routhier célèbre les progrès de la nation française.

On s’étonne, bien entendu, de ne pas retrouver Fréchette qui a publié son premier recueil, Mes loisirs, en 1863. Ou même Michel Bibaud à qui on droit le premier recueil de notre histoire. Dans une seconde édition, publiée en 1893, Fréchette, Apollinaire Gingras, Adolphe Poisson et Nérée Beauchemin seront ajoutés. Certains auteurs déjà présents auront droit à quelques poèmes supplémentaires.

Sur Antonin Nantel




4 septembre 2026

Automne et anthologies

J


L’été, je prends un peu de distance avec les laurentianas et je me permets des lectures plus actuelles. Ces dernières années, je me suis même demandé si j’aurais encore le feu sacré, l’automne venu. Il semble que ce soit encore le cas pour cet automne. Et pour démarrer le tout, je compte présenter un certain nombre d’anthologies de poésie que je possède. Je viens de lire un article de François Dumont fort intéressant sur le sujet (Anthologies de poésie québécoise, Voix et Images 36, printemps 1987, p. 486-496).

 

« L'anthologie est donc un médiateur de première importance pour la poésie. C'est d'abord l'anthologie qui consacre les poètes; qui distingue les poètes importants des poètes secondaires : qui dégage les mouvements poétiques les plus significatifs, le véritable sens de l'histoire de la poésie et, au bout du compte, ce qu'est, comme ce que doit être la poésie. Tout cela n'étant souvent pas exprimé, en tant que discours subjectif, prend une force de persuasion d'autant plus considérable. Mais l'anthologie n'est pas pour autant uniquement un instrument de pouvoir. Elle est certes aussi un moyen privilégié pour sortir la poésie (et ici la poésie québécoise en particulier) de son “circuit restreint” ». (Dumont, F. (1987). Anthologies de poésie québécoise. Voix et Images, 12(3), 486-496. https://doi.org/10.7202/200661ar)

 

Plusieurs anthologies de poésie ont été publiées au fil du temps. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de voir les auteurs qui ont une présence continue, ceux qui disparaissent, ceux qui réapparaissent...


ANTHOLOGIES

1868 – Nantel, Antonin, Les fleurs de la poésie canadienne, Montréal, Beauchemin, 1869, 134 p.; 2e édition : 1896, 225 p.;3e édition : 1904, 255 p.; 4e édition : 1912, 236 p.

1881 – Taché, Louis-H., La poésie française au Canada, Saint-Hyacinthe, Imprimerie du Courrier de Saint-Hyacinthe, 1881, 286 p.

1920 – Fournier, Jules, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, s. é., 1920, 309 p.; 2e édition : Montréal, Granger Frères, 1933, 229 p.

1942 – Sylvestre, Guy, Anthologie de la poésie canadienne d’expression française, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1942, 141 p.; 2e édition : Anthologie de la poésie canadienne-française, Montréal, Beauchemin, 1958 et 1961, 298 p.; 3e édition : 1963, 1966, 1969 et 1971, 376 p.; 4e édition : 1974, 412 p.

1944 – Désy, Jean, Ici des poètes canadiens nous parlent du Canada, s. l., Americ éditeur, 1944, 191 p.

1955 – Rièse, Laure, L’Âme de la poésie canadienne-française, Toronto, MacMillan, 1955, XXXI, 263 p.

1962 – Bosquet, Alain, La Poésie canadienne, Montréal et Paris, Éditions Seghers et HMH, 1962, 222 p.; Poésie du Québec, Paris et Montréal, Seghers-HMH, 1971, 271 p.

1965 – Cabiac, Pierre, Feuilles d’érable et fleurs de lys, Paris, Éditions de la Diaspora française, 1965, t. I, 249 p.; t. II, 1966, 244 p.

1968 – Cotman, Jacques, Poètes du Québec, Montréal, Fides, 1968, 222 p.

1981 – Mailhot, Laurent, et Nepveu, Pierre, La Poésie québécoise, Montréal, PUQ/L’Hexagone, 1981, 714 p.; 2e édition : 1992, 642 p.

 (Si j’ai des erreurs ou des omissions, n’hésitez pas. Disons que le recensement s’arrête en 1981. Après, on verra…)


À CONSIDÉRER

1945 - Anonyme, Voix des poètes, Montréal, Variétés, 1945, 247 p.

1967 – Malouin Reine, La Poésie, il y a cent ans, 1860-1890 (essai et anthologie), Éditions Garneau, 1967, [pages ?].

1979 - Hare John, Anthologie de la poésie québécoise du XIXe siècle, Montréal, HMH, 1979, 410 p.

1990 - Lortie Jeanna D'Arc, Les textes poétiques du Canada français, Montréal, Fides, 1987..., 12 volumes

1991 - Brassard Nicole et Girouard, Lisette, Anthologie de la poésie des femmes au Québec, Montréal, Remue-Ménage, 1991, 379 p.

1995 - Royer Jean, La Poésie québécoise contemporaine, Montréal, L'Hexagone/La découverte, 1995, 250 p.

1999 -  Bonenfant Joseph et Alain Horic et France Théorêt, Les grands poèmes de la poésie québécoise, Montréal, L’Hexagone, 1999, 378 p.