Gemma Tremblay, Les seins gorgés, Montréal, Éditions du songe, 1969, 93 p.
Pour ce qui
est de l’écriture, ce recueil n’est guère différent des deux autres que j’ai
blogués : le style est très chargé, les métaphores se bousculent. Il me
semble, cependant, que Gemma Tremblay va beaucoup plus loin dans l’approfondissement
de son cheminement intérieur.
Entre chair et l’arbre
Cette partie,
très ancrée dans le « je », témoigne d’un grand désordre intérieur. Elle
perçoit autour d’elle beaucoup d’instabilité, elle essaie de sortir de sa
« forêt remplie de loups-garous ».
Musiques statiques
La poète
cherche une échappatoire, surtout du coté des arts, sans toutefois réussir à calmer
son âme en détresse. « J’ai dans la gorge / l’âcre odeur des espoirs qui brûlent ».
Tout au plus, la « musique, enfin, couvre [s]on cri ».
Prismes déviés
Difficile à lire. On assiste plus ou moins à l’effondrement psychologique
d’une femme qui ne trouve plus de consolation nulle part. « Qu'on fouille mes décombres / je
ne suis plus maître de mes pensées / je vis ma vie attachée aux liens de la
folie / revenir de mes voyages intérieurs / à chaque jour de plus en plus
suicidée / le feu prend dans ma cervelle » .
La part de l’absolu
On a
l’impression qu’elle a déposé les armes, qu’elle ne croit plus à rien,
ce qui inclut religion, pays et poésie. « Prodige
de révolte sur la vie / je rassemble le désastre de mon corps / dans la
patience des marchés au désert / derniers délires d’outre tarie ».
Pour une analyse de son œuvre : Une poète pour la Métis
Il y a comme
un trop-plein dans cette poésie qui la rend difficile à lire. L’autrice
elle-même en est consciente. En même temps, si on est le moindrement sensible,
on ne peut se contenter d’un regard intellectuel sur ces poèmes pleins de
souffrances.
ROND-POINT DES ARTS
Tu retiens ton souffle
parc bruyant
parmi tes racines quadrillées
en immense marécage souterrain
les feuilles des poèmes
boivent la sève des branches ombrageuses
je capte ton message Carré Saint-Louis
entre poètes pigeons volants
Farniente d’Italie
zal
polonais ou pause québécoise
où sont-ils peintres et chevalets
théâtre en plein air chansonniers
orchestre du dimanche vaudeville
marché du livre où éventrer les tomes
à prix réduits
où êtes-vous artistes créateurs
quand la cité attend
rond-point des arts sur pilotis
Carré Saint-Louis
de la fontaine au monument
depuis quinze ans je vous cherche
du va-et-vient de mes allées de troubadour
depuis quinze ans c'est tout cela que j'entrevois
et que j'entends et qui pour moi
n'existe pas
Carré Saint-Louis
je
sais nommer chaque arbre au tronc blessé
semblable à mon âme dépareillée
je tourne et je reviens parmi les pas
de Nelligan
j'harmonise
au son des clés la voix du vent
que tour à tour vient modifier la griffe
carnivore des saisons
Gemma
Tremblay sur Laurentiana
Cuivres et violons
marins
Cratères sous la neige
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