27 décembre 2012

Immortel amour


Marie Saint-Éphrem  (Marie Bissonnette), Immortel amour, Sillery, Couvent de Jésus-Marie, 1929, 188 pages (Présentation de l’auteure par  J.-E. Prince et préface de Camille Roy)

Mère Marie Saint-Éprem était une religieuse-enseignante. Elle est décédée le 10 janvier 1921. Immortel amour est paru huit ans après son décès. Dans ce recueil, on a rassemblé certaines poésies publiées dans des Annales religieuses et d’autres poésies retrouvées dans ses tiroirs. Son recueil contient quatre parties : - À Jésus; À l’Eucharistie; À Marie, à Saint-Joseph, à Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, aux âmes du purgatoire; À ma famille religieuse. Il est entièrement d’inspiration religieuse.

Il y a une quête amoureuse assez intense dans Immortel amour.  À l’heure où l’on dit tant de mal des communautés religieuses (avec raison dans plusieurs cas), il ne faut pas oublier qu’il y avait aussi dans le lot des « cœurs purs ». J’avais comme projet de présenter un poème dans l’esprit des fêtes, mais j’ai changé d’idée en lisant le dernier du recueil, écrit sur son lit de mort, semble-t-il. La religieuse jette un regard mi-enchantement, mi-détresse sur sa vie. 

LES MOISSONS DE MA VIE

J'allais, petite enfant, sur des chemins tout verts;
Le ciel était limpide, et, pour moi, l'univers
Apparaissait drapé de couleurs merveilleuses;
Et les oiseaux chantaient sur le bord du sentier
Tandis que le buisson tout frais de l'églantier
S'habillait de ses fleurs tendres et gracieuses.

Et Jésus vint alors parler à mes dix ans:
« Offre-moi, me dit-il, l'aube de ton printemps,
Moissonne pour mon Cœur toutes ces fleurs écloses ? »
Et souriant, ravie, à l'appel de mon Dieu,
Chaque matin nouveau, j'allais sous le ciel bleu
Cueillir à bras chargés, pour Lui, les jeunes roses.

Le ciel était encor très doux : j'avais seize ans;
La vie avait pour moi des attraits séduisants;
Des fleurs d'azur rêvaient tout près des églantines…
La Vierge m'apparut et me prit par la main;
Elle me dit : « Ces fleurs qui parent le chemin,
Fais-en pour mes autels des gerbes sans épines. »

Et joyeuse, j'allais moissonnant sur mes pas
Gerbes de campanules, branches de lilas
Pour la douce Reine des vierges.
Et Jésus et sa Mère, ensemble souriaient
A mes bouquets naïfs qui, modestes, priaient,
Tout bas, en s'unissant aux cierges.

Vint un jour solennel et grand: j'offrais à Dieu
Les prémices de ma jeunesse et tout le feu
De mes vingt ans que je vouais à son service.
Le chemin était blanc de lys au front royal
Qui, chastes, mariaient leur parfum virginal
Au parfum plus viril des fleurs du sacrifice.

Et Jésus était là, dans toute sa beauté,
S'inclinant sur les lys de ma virginité,
Dont je faisais pour Lui la moisson radieuse.
Son sourire adorable éclairait mon chemin
Tandis qu'il m'embrassait et me prenait la main
Pour y passer l'anneau des noces glorieuses.

Et je marchai longtemps près de l'Époux vainqueur,
Mon regard dans ses yeux et mon front sur son Cœur,
Ma faiblesse appuyée à sa force éternelle.
Les arbres du sentier avaient moins de chansons...
Que m'importait!... Jésus me disait : « Avançons!... »
Et près de Lui, la route était facile et belle.

Or, le soleil pâlit soudain. Le firmament
Si clair, s'enveloppa d'un sombre vêtement.
Plus d'oiseaux... Au buisson, des rosés empourprées...
Devant le Maître aimé, je tombais à genoux
Cependant qu'il me dit, à la fois grave et doux:
« De la douleur, voici les minutes sacrées. »

« Cueille pour moi ces fleurs semblables à mon sang,
Et tu m'en offriras le bouquet ravissant,
Moissonné par l'amour, au milieu des épines...
C'est l'heure magnanime et sainte, en vérité,
Qui, pour mes yeux divins, s'inonde de clarté:
Et cette heure connaît mes tendresses divines. »

Or, depuis ce jour-là, je suis péniblement
Mon chemin de douleurs. Terne est le firmament…
Et le Maître adorable a voilé son visage...
Mais je me FIE À Lui, je moissonne les fleurs
Qu'il fait s'épanouir pour moi. De mes douleurs,
Chaque jour, à ses pieds, je dépose l'hommage.

O mon chemin de fleurs rouges, je te bénis!
Tu m'offres pour le ciel des espoirs infinis...
Des gloires pures et brillantes!
Je veux suivre en priant ce sentier des élus,
Et cueillir, à genoux, pour mon divin Jésus,
Tous ces bouquets de fleurs sanglantes.

Lire le recueil sur internet

24 décembre 2012

Vers le beau


Marie Sylvia [Mère-Marie-Thomas-d'Aquin], Vers le beau, Ottawa, Chez l’auteure, 1924, 107 pages.


Le recueil comprend cinq parties : Nature, Aux jeunes filles, Voix intérieures et méditations, Religion, Héroisme et patriotisme. 

Pour obtenir une courte critique du recueil : Dictionnaire des écrits de l'Ontario français: 1613-1993

Lire un autre poème : Chant de Noël.


UN ANGE DE NOËL

Dans l'azur assombri, semé de légers voiles,
Plongeant son clair regard au delà des étoiles,
Jeune et belle, une femme interroge le ciel.
C'est la nuit du bonheur, c'est la nuit de Noël,
Où toute âme qui croit au mystère suprême
De la divinité faite  faiblesse même,
Se recueille et se perd en un rêve d'amour
Au pied de cet Enfant, Homme et Dieu tour à tour.
Elle médite...   Au loin, ce sont des vallées
De joyeux carillons qui montent des vallées;
Dans la grande cité, les courses des heureux
Qui vont sécher les pleurs des humbles miséreux,
Déposer mille dons entre des mains aimées,
Ou parsemer les seuils de gerbes embaumées.
Ici, c'est le contraste ironique et fatal,
Les soupirs, la douleur, les salles d'hôpital,
Le mourant qui gémit en appelant sa mère,
Et, ne la voyant pas, redit sa plainte amère
Tout bas, toujours plus bas, comme un souffle du cœur;
Puis, se ressouvenant, dit cette fois: "Ma Sœur!"
Ah! ce nom est bien doux à celle dont l'office
Est de se faire à tous, tendre Sœur de Service!
La jeune femme accourt. — "Est-ce déjà Noël?"
— II est près de minuit. — Minuit!    Que c'est cruel
De mourir à minuit quand Jésus va renaître!
— Non, vous allez au ciel saluer votre Maître!
— C'est vrai, je vais à Lui, tandis qu'il vient à nous!
— Les Anges chanteront un gai Noël pour vous!
— Les Anges!..."   Le mourant garde ses lèvres closes.
Il porte, tour à tour, sur un bouquet de roses
Et sa garde-malade un regard plein d'adieu.
Il est minuit...   l'instant où naquit l'Enfant-Dieu!
La jeune femme prie et doucement s'incline;
Son léger voile blanc tombe sur sa poitrine. . .
Et le mourant sourit à l'aurore du ciel:
II a pour s'envoler son Ange de Noël!
(pages 67-68)

21 décembre 2012

Bonjour, les gars!


Jean Narrache, Bonjour, les gars ! (vers ramanchés et pièces nouvelles), Montréal, Fernand Pilon, 1948, 202 pages. (Préface d’Alphonse Loiselle)

Le recueil de poèmes est précédé d’une autobiographie de l’auteur intitulé : « Qui est Jean Narrache ? » Il parle de lui à la troisième personne. Voici comment il présente sa démarche : « Jean Narrache a regardé la misère physique et morale. Mais, les miséreux, il ne les a pas trouvés ni ridicules ni grotesques, ni méprisables. Tandis que d'autres se sont complus, ou presque, à creuser davantage pour mieux voir toutes tares physiques et morales, toutes les hideurs hélas ! trop vraies des bas-fonds de notre affreuse ville, Jean Narrache a pris une autre attitude. C'était son droit... et d'autres que moi vous diront s'il a eu tort. Il a vu la misère et la déchéance. Mais à côté de cela, il a vu, en dépit de tout, malgré tout, sous des guenilles, battre des cœurs sains, capables de foi profonde, capables de sacrifices muets quasi surhumains, capables de résignation, capables de tant de choses toutes simples ou toutes sublimes dont tant de cœurs qui battent sous des plastrons immaculés et des corsages fleuris seraient totalement incapables. »

Je vous présente un poème de Noël tiré du recueil, le tout accompagné d’une vidéo.




PENDANT LA MESSE DE MINUIT
J’sus dans l'jubé, contre une colonne,
dans c'p'tit racoin-là y m'voient pas,
mais j'me trouv' ben. J'nuis à personne
pis je r'gard' le mond' qu'est en bas.

J'essay' ben d'faire un bout d'prière
tandis qu'la grand'mess' fil' son train,
mais j'vous assur' qu'j'ai d'la misère,
j'sus distrait pas rien qu'un p'tit brin.

Quiens ! me sembl' que l'p'tit Jésus d'cire
est en vie, qu'i'vient d'me r'garder !
J'aurais ben des chos's à y dire,
ben des affair's à y d'mander...

Si par hasard, fallait qu'tu r'viennes
en vie icit', pauvr' p'tit Jésus,
dans notr' société si chrétienne
j'sais pas trop si tu s'rais ben r'çu.

Notr' monde est pas ben charitable
y t'log'rait pas dans les hôtels,
y t'laiss'rait coucher à l'étable
comm' la nuit du premier Noël.

C'pas pour le pauvre monde honnête
qu'a l'air quêteux, qui paraît mal
qu'les gérants d'hôtels s'cass'nt la tête
au Windsor pis au Mont-Royal.

C'pas les gens rich's de par icite
qui te r'cevraient eux-autr's non plus.
Ces gens-là, quand c'a d'la visite,
c'est du mond' chic qu'a des r'venus.

Pourtant, ceux d'l'aristocratie,
d'vraient êtr' meilleurs pis êtr' plus pieux
que tout l'mond' d'la quêteucratrie,
que tous nous-autr's, les pauvres gueux.

C't'eux-autr's qui sont l'z'heureux d'la terre,
C't'eux-autres qui manqu'nt jamais de rien.
Nous-autr's, on vit dans la misère,
on est tous nés pour un p'tit pain.

Pourtant qui c'qui va à la messe
tous les dimanch's à tous les temps ?
c'est-i' les gens qu'ont d'la richesse
ou ben nous-autr's qu'en arrach'nt tant ?

Qui c'est qui croit pus aux prêtres
quand i's'est fait un peu d'argent,
qui c'est qu'est fra'-maçon, qu'est traître,
c'est-i' nous-autr's, les pauvres gens ?

Y' aura des couronn's su' sa bière,
tout c'beau mond’là, quand i' mourra ;
un enterr'ment d'l’Ugnon d'prières,
nous-autr's, c'est ben l'plus qu'on aura...

J'pense à ça, à soir, pis j'y r'pense...
P'tit Jésus, j'sais ben qu't'as pas tort
vu qu'on aura notr' récompense
un' fois qu'on s'ra rendu d'l'autr' bord...

Dans tous les cas, si, par merveille,
Tu viens qu'à r'venir un bon soir,
viens t'en chez nous ! Moé pis ma vieille,
on s'rait si content d'te r'cevoir.
(p. 191-195)

20 décembre 2012

De ci, de ça


Yvonne Couët, De ci, de ça, Chez l’auteure, Sans lieu, 1925, 159 pages.

Sur Yvonne Couët et sa famille, on peut lire les pages 11 et suivantes  d'Au fil des ans, Bulletin de la société historique de Bellechasse.

Le recueil compte 34 nouvelles, dont 3 ont pour thème Noël. L'action se situe dans la région de Québec. La plupart des récits sont dédicacés.





L'ARBRE DE NOËL
A Jean Suy.

André Lafrance atteint presque ses trente ans. Voilà trois fois dix ans, peut-on dire, qu'il sent un cœur battre dans sa poitrine, un cœur de chair, sensible et bon, mais sceptique d'apparence. Ses amis se moquent de lui. Leur sans-gêne s'accommode volontiers ou du silence ou des ripostes malicieuses d'André, selon son humeur.
Au fond, il est un timide, et l`histoire de sa vie passée le prouve, car pourvu d'une laideur qu'il s'imagine encore plus " laide ", il n'ose pas montrer tout ce dont il est capable. Ses qualités sont perdues dans le gouffre d'une indifférence feinte, et seuls quelques amis savent l'apprécier à sa valeur exacte.
D'une éloquence brillante, il jouit parmi ses confrères du barreau de l'estime totale et nombre de ses plaidoyers l'ont justement fait remarquer.
Enfant, élevé au grand air parfumé d'une campagne, il s'est vu transformé en collégien, puis les études terminées, il est resté citadin. Ses parents étant déjà partis pour l'autre monde, rien ne l'attirait plus au village natal.
Pourtant, une douceur émue l'entraîne loin, au flot des souvenirs, lorsqu'il ne cadenasse pas son cœur. Une vision brune surgit bien vivante et si jolie ! Une petite amie apparait souriante, dans un sentier fleurant bon les violettes, alors qu'il '' paressait " dans la liberté de ses vacances.
Ah ! le cher vieux temps !!! Il se souvient des mots échangés, des rires que l'on égrène dans la tiédeur des bosquets, à propos de riens, en cueillant fleurs et amour. . .
Déjà de longues années les ont séparés. Depuis la licence obtenue, la fièvre de la ville, et l'étourdissement cherché dans le travail l'ont éloigné des touchants paysages de chez lui.
Et il est resté garçon comme là-bas, elle est encore fille, sa petite compagne des jeunes années, l'amie Mireille. Oh ! le doux nom ! Il chante dans son cœur comme de l'autre côté des grandes eaux, dans l'ancienne mère-patrie, il fleurit les poèmes de Mistral.
Et ce rêve non atteint est dû à la crainte d'un refus causé par sa laideur. Il est de la race de ceux qui, pour un préjugé, peuvent souffrir toute une vie, sans dire leur mal.
Plusieurs Noëls se sont succédé tous semblables, sans grandes joies, sans grandes tristesses, et il ne songe pas à agir autrement en cette fin de décembre. Une messe dans une église quelconque de la ville, puis le retour à sa chambre, et le sommeil. Rien de plus.
Cette année, voici qu'une dizaine de jours avant, un confrère lui demande s'ils ne feraient pas route ensemble, et ne se dirigeraient pas tous les deux vers deux villages voisins ?
La pensée lui vient d'accepter. Tiens, ce serait nouveau.  Il compte l'espace de temps qui s'est écoulé depuis son départ : quatre ans. C'est déjà beaucoup, il entendra les vieux refrains de circonstance. Les chantres seront-ils les mêmes ? Il se souvient d'un surtout qui avait le don de l'énerver.
Et malgré une vague angoisse, les vivifiants souvenirs éclosent de nouveau en lui et semblent lui apporter toute la fraîcheur de sa jeunesse.
Eut-il l'impression que ce voyage serait pour lui un arrêt du destin, que sa vie en serait du tout au tout changée? Il est permis de ne pas le supposer et pour son bonheur, sans quoi il eut été capable de ne pas l'entreprendre.
Une moderne locomotive les conduit rapidement. La ligne du fleuve, comme une lame argentée accompagne les deux rubans d'acier. Bientôt toutes les couleurs se grisent et se mêlent à l'ombre qui envahit les espaces. Les campagnes s'allongent les unes après les autres. Quelqu'étoile, piquée là, magiquement, dans le vague annonce un foyer. Qui sait si dans l'air, les fins grelots ne tintent pas, de leur son clair et pressé, qui traverse l'espace pour arriver aux oreilles d'André? Toujours que le voilà tout gai, tout causeur. L'emprise le tient de ses deux longs bras. Son imagination heureuse se promène dans toutes les années passées. Il en cueille les bonnes émotions et en chasse les tristesses. Pas de noir ce soir, dans son cœur. C'est Noël et c'est tout dire !
Enfin l'arrêt et la descente, l'arrivée à l'hôtel, et l'heure qui a  des ailes pour accentuer la ronde autour du cadran et marquer minuit, là bonnement. Il n'a plus le loisir de penser ni de vivre.
Pendant la messe, il peut retenir ses esprits et il jette la vue un peu partout. Quel contraste ! Tous les visages ont vieilli. Un frère de Mireille est non loin et Mireille elle-même. Tout de suite les deux regards se sont croisés. Les chants apportent la paix, mais que de distractions se charge la conscience d'André !!!
Après la messe, échanges de poignées de main cordiales et de joyeux revoir.
Mireille et son frère entraînent André pour le réveillon. Il lui faut l'atmosphère d'un foyer, non l'indifférence d'un hôtel, et lui il se laisse conduire.
Dans la salle à manger, tout est fleuri. L'arbre de Noël étale ses largesses. L'on fait bonne chère tout en devisant du passé et du présent. Mireille est gentille, simple et bonne. On prolonge la causerie dans de larges fauteuils. Les yeux n'ont aucune envie de se fermer pour le sommeil. Puis un silence, mais un silence peuplé de visions et de mots que l'on n'ose dire.
André se dit heureux, il ne regrette pas son voyage. Non ! Que de souvenirs surgiront fervents lorsqu'il sera de nouveau mêlé à la poussière des livres.
Le frère de Mireille l'observe, puis sourit. L'aube s'annonce et le village se remplit de bruits et de joies en cette journée vraiment idéale.
. . . Les deux hommes sont seuls. André reste soucieux, quand son ami le saisissant par le bras lui dit :
- Vas-y donc, vieux ! Qu'attends-tu ? Tu sais bien qu'elle t'aime. Faut-il que je la demande pour toi ?
Mireille revient, elle entraîne les bambins du voisinage devant l'arbre magnifique. Chacun admire et a sa part égale. André s'approche, et, plaisantant quête la sienne. Ses yeux parlent plus que sa bouche, car elle comprend la demande non formulée, et pour elle c'est le rêve enfin reconstruit, et sans émotion apparente, un sourire de bonheur sur les lèvres, elle donne sa petite main, qu'un baiser aussitôt effleure. . .
Dans l'arbre de Noël, André y a trouvé la plus belle part, la vie de Mireille à la sienne confiée. (pages 17-22)

17 décembre 2012

Catéchisme catholique


Anonyme, Catéchisme catholique, Québec, 1954, 281 pages. (Illustrations de Marcel Gagnon et Omer Parent) (Imprimé par L’Action catholique)

(J'ai fait une mise à jour de ce blogue. Voir Catéchisme catholique (2))

« Ce catéchisme a été rédigé par une commission épiscopale formée en 1942. Leurs Excellences les Archevêques et Évêques des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal, Ottawa, Rimouski et Sherbrooke en ont prescrit l'enseignement dans les écoles soumises à leur juridiction, le 15 août 1951, en la fête de l'Assomption de la Très Sainte Vierge Marie. »

D’autres éditions du Catéchisme, qu’on appelait Le Petit Catéchisme (voir Le Carnet du flâneur), ont paru avant celle-ci. Mais c’est celle de mon enfance et de tous ceux et celles qui ont au moins 55 ans aujourd’hui. On ne l’achetait pas, l’école nous le fournissait. Il fallait tout de même bien l’entretenir au risque d’être « disputé » en fin d’année lorsqu’on le rendait. Souvent la tâche de le couvrir et de recoller les pages détachées avec de la colle maison incombait à la mère. Dans les années 60, un ami me rappelait que du jour au lendemain, tous les Petits catéchismes avaient été jetés au rebut. Il fallait vider les armoires et faire place à la nouvelle liturgie!

Il y avait 992 numéros, question et réponse, qu'il fallait savoir par coeur. Il importait peu de comprendre, il fallait mémoriser. Un chiffre à gauche indiquait en quelle année la question devait être étudiée. On commençait en troisième année et on finissait en sixième. En septième, on révisait le tout. C’est dire que chaque soir, nous avions quelques numéros à mémoriser. Le lendemain matin, la maîtresse d’école ou la sœur, aussitôt la prière du matin terminée, s’empressait de nous questionner devant tout le monde. Malheur à ceux et celles qui n’avaient pas appris leur leçon. Ils étaient la risée de la classe. Et si leur paresse (Ah la paresse! ce « péché capital qui consiste dans l’amour désordonné du repos ») se répétait, ils en étaient quitte pour une période de punition, à genoux dans un coin de la classe, ou encore pour un petit coup de règle sur le bout des doigts. Eh oui, autre temps autres mœurs.

Bonne ou mauvaise nouvelle ! En relisant le début du Catéchisme, je me rends compte qu’il promettait tellement d’indulgences que j’en ai peut-être, à mon insu, mérité quelques-unes. Voilà qui allégerait mon temps de purgatoire. Ce serait bien, non? Malheureusement, il y a un piège derrière ces belles promesses, à savoir une série de conditions difficiles pour mériter ces indulgences. Si je comprends bien, il aurait fallu visiter l'église sans arrêt! « Une indulgence plénière à toute personne qui consacrera une demi-heure ou au moins vingt minutes, deux fois par mois, à enseigner ou à étudier la doctrine chrétienne. Cette indulgence, on peut la gagner deux fois par mois, le jour de son choix, aux conditions ordinaires de la confession, de la communion, d'une visite à une église ou à un oratoire public, et de prières aux intentions du Souverain Pontife. Une indulgence partielle de trois ans à toute personne, ayant contrition de ses péchés, chaque fois qu'elle s'appliquera, pendant le temps déjà indiqué, soit à enseigner, soit à étudier le catéchisme. » Et on ajoutait : « Toutes les formules, fin de chapitre, marquées d'un astérisque, comportent, outre le gain d'une indulgence partielle pour chaque récitation, celui d'une indulgence plénière mensuelle, aux conditions ordinaires, récompense d'une pieuse assiduité. Les conditions ordinaires sont: la confession, la communion, la visite d'une église et des prières aux intentions du Souverain Pontife. » 

Je me dis que le catéchisme – et tout ce qu’on devait mémoriser – contribuait à nous apprendre la langue française. Par exemple, cette petite leçon sur le subjonctif : 636 – Pourquoi Dieu nous a-t-il donné la vie surnaturelle? Pour que nous devenions les enfants de Dieu et que nous ayons le droit d’aller au ciel. Ou encore cette leçon sur la construction de la phrase et l'ajout de la ponctuation : 480 – Que devons-nous faire pour bien observer le sixième commandement de Dieu? Nous devons toujours être purs, seuls ou avec les autres, dans nos regards, dans nos paroles et dans nos actions. » Heureux qu’on n’ait pas ajouté « dans nos pensées » : c’eût été l’enfer!