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23 septembre 2009

Trente arpents

Ringuet, Trente arpents, Paris, Flammarion, 1938, 292 pages.

Dans Trente arpents, Ringuet (de son vrai nom Philippe Panneton) met en scène une famille paysanne des environs de Montréal entre 1900 et 1930. C’est un classique de la littérature du terroir, au même titre que Maria Chapdelaine ou Le Survenant. Le roman raconte la vie d’un cultivateur exemplaire, Euchariste Moisan, dans une paroisse fictive (?) de la rive nord du Saint-Laurent : Saint-Jacques-l’Ermite.

Trente arpents est divisé en quatre parties, chacune portant le nom d’une saison. Si le printemps et l’été font l’apologie de la vie terrienne, l’automne et l’hiver marquent son déclin. Bien qu’Euchariste Moisan ait consacré sa vie à la terre et à sa famille, il mourra en exil dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre.

Le printemps
Euchariste Moisan, orphelin, habite avec son oncle Éphrem, veuf sans enfant. Il est amoureux d’Alphonsine Branchaud, la fille d’un cultivateur voisin, qu’il compte bien épouser. L’oncle est prêt à lui céder la terre. Euchariste en hérite plus tôt lorsque son oncle meurt prématurément. «Le pauvre vieux ne s’en irait donc pas vivoter au village. Il était mort sur sa terre, poitrine contre poitrine, sur sa terre qui n’avait pas consenti au divorce. » Euchariste épouse Alphonsine, leurs premiers enfants naissent.

L’été
La famille continue de croître (13 enfants dont huit vivants) et la terre de prospérer. Chaque année, Euchariste dépose de nouveaux avoirs chez le notaire. Oguinase, le fils aîné, entre au séminaire. Euchariste est devenu un notable. Pourtant, à la fin de cette partie, son monde commence à basculer. D’abord, sa femme, épuisée par les nombreuses grossesses, meurt. En outre, son troisième fils, Ephrem, mécontent de s'échiner sur une terre qui ne lui reviendra pas, songe à fuir aux États-Unis.

L’automne
C’est la saison de tous les malheurs. Lucinda, la fille rebelle, est partie en ville. Oguinase, devenu prêtre, est atteint d’une maladie qui l’emporte. Éphrem a décidé qu’il en avait assez et a déserté. Pire encore, Euchariste se lance dans des procès contre son voisin qu’il perd, le feu dévaste la récolte et une partie des bâtiments et le notaire, chargé de faire fructifier ses avoirs, se sauve avec son bas de laine. Étienne, le second fils, celui qui doit hériter du bien paternel, imbu de méthodes modernes et déjà père d’une famille nombreuse, presse son père de lui léguer la terre. Euchariste, ruiné, n'a d'autre choix que d'accepter.

L’hiver
Pour se changer les idées, Euchariste décide de visiter son fils Éphrem qui habite White-Falls en Nouvelle-Angleterre. Il a épousé une Irlandaise et ses petits-fils ne parlent que l’anglais. Même s’il rencontre d’autres Franco-américains, il s’ennuie et voudrait bien rentrer chez lui. Mais son fils Étienne, qui devait lui payer une rente, manque à ses devoirs. Quand son fils américain découvre que son père est ruiné, il lui trouve un petit emploi de gardien de nuit. Son fils Étienne, qui lui envoie des nouvelles périodiquement, lui écrit que l’agriculture périclite au Québec.
Ringuet

Aucun auteur du terroir n’a exploité avec autant de profondeur le lien qui unit le fermier à sa terre. Euchariste Moisan lui voue une telle dévotion qu’il n’est pas sûr qu’elle doive céder devant la religion. Quand Oguinase lui annonce qu’il veut devenir prêtre, il ne pense pas à l’enfant qu’il va perdre, mais plutôt à l’ouvrier que la terre n’aura pas : « Le laisser partir, n’était-ce pas frustrer la terre de celui qui lui était promis? » Ou encore : « …un homme qu’aime la terre, c’est quasiment comme aimer le Bon Dieu qui l’a faite et qu’en prend soin quand les hommes le méritent… » Pourquoi ce culte? L’auteur ne répond pas à la question. Dans certains romans du terroir, comme Maria Chapdelaine, on comprenait que l’attachement à la terre était lié à l’amour de la patrie, à la survivance de la « race ». Chez Ringuet, la part idéologique a été évacuée : il ne reste que ce lien viscéral, presque atavique, du paysan à sa terre.


Ringuet fait appel à toutes les figures féminines pour représenter la terre : à la fois servante, épouse, mère, maîtresse, déesse, suzeraine, elle prend possession de l’âme et du corps du cultivateur, exigeant de lui une fidélité sans faille. En retour, elle lui assure prospérité et félicité. Tel est le pacte implicite qui lie le paysan à sa terre. Euchariste aurait même voulu que la terre agisse comme arbitre, qu’elle récompense les bons cultivateurs comme lui et qu’elle punisse les déserteurs, les tièdes, les modernistes…

Bien entendu, tous n’ont pas cette dévotion pour la terre, à commencer par les femmes qui semblent tenues à l’écart de la relation privilégiée que l’agriculteur maintient avec le sol. Les femmes sont des procréatrices : elles fournissent les ouvriers qui travailleront la terre.

Un mérite de Ringuet, c’est de nous transporter dans l’eldorado américain, si souvent évoqué mais rarement mis en scène par les romanciers du terroir. Entre 1840 et 1930, de 700 à 900 mille Canadiens français ont émigré aux États-Unis, soit le tiers de la population. Les terres étaient pauvres et la faible industrialisation n’arrivait pas à absorber le surplus de population issue de la « revanche des berceaux ». Honoré Beaugrand, le premier, a abordé ce problème dans Jeanne la fileuse (1875). Souvent le prêtre accompagnait les ouvriers dans leur exil. On essayait de fonder une paroisse avec son école, sa caisse populaire, sa salle paroissiale, et parfois son journal. Pour avoir une description sur le vif d’un « petit Canada », celui de Lowell dans le Massachusetts dans les années 1920-1930, on peut lire Docteur Sax ou Maggie Cassidy de Jack Kerouac.

A-t-on raison de dire, comme on le lit parfois, qu’Euchariste Moisan est trahi par sa terre? Il me semble que non. Ce n’est pas la terre qui trahit Moisan, mais sa propre cupidité, son caractère vindicatif (les procès, le conflit de générations), son incapacité à suivre l’évolution technologique. Plus encore Euchariste est dépassé par l’ère de changements dans laquelle l’agriculture est entrée : « La culture même s'était transformée et chaque innovation semblait à Moisan séparer l'homme d'avec le sol, diminuer ce contact bienfaisant qui faisait les êtres robustes et la terre fertile et amicale. Le moteur était survenu qui supplantait les chevaux et dont le pétrole ruinait les pâturages. De partout, on poussait le paysan à délaisser la culture mixte et sa commode routine. De jeunes freluquets qui jamais ne s'étaient penchés sur la terre ou que si peu, mais bien sur des bouquins, voulaient en remontrer aux vieux. » En outre, le contexte socio-économique est défavorable. La grande Dépression frappe aux portes du Québec et finit par rattraper le cultivateur terré au fond du pays laurentien.

D'une certaine façon, Ringuet renvoie l’une contre l’autre la ville et la campagne : « Ils roulaient déjà le long d’une rue dont les poubelles matinales, les journaux de la veille, la fange ménagère, toute la sanie d’une agglomération humaine faisaient un long cloaque. » et : « Ainsi c’était donc vrai : même la terre manquait à ses enfants. […] La terre faillait aux siens, la terre éternelle et maternelle ne nourrissait plus ses fils. » Pourtant, l’image de la ville est encore plus noire s’il l’est possible : Lucinda est devenue prostituée, Napoléon doit retraiter sur la terre ancestrale, Éphrem n’est rien d’autre qu’un petit ouvrier aliéné. Le paradis, malgré tous les aléas, dans le cœur du vieux paysan déchu, c’est encore la terre laurentienne, « une terre toujours la même ».

Ringuet démontre que la terre a cessé d’être le berceau de la survivance : le monde terrien, hérité du XIXe siècle, éclate de toutes parts, victime de la modernisation et de la naissance d’un certain matérialisme ambiant. Il y a encore les fidèles et les infidèles au patrimoine, vieille opposition qui traverse toute la littérature du terroir, mais les uns ne sont plus récompensés et les autres punis. Peu importe, semble nous dire le roman, comme si les temps avaient changé et que cette opposition avait perdu son sens, balayée par l’industrialisation et l’urbanisation.


Extrait
C'était un vrai paysan qu'Etienne, un vrai paysan par le sérieux et l'application, sans âge aussi comme beaucoup de ceux qui vivent en contact avec la grande immortelle, la Terre, et se penchent sur elle constamment avec un sentiment mêlé d'affection, de respect, d'entêtement, mais jamais de crainte; au contraire de l'ouvrier sur sa machine. Car la machine peut être sournoise et mesquine. La terre, elle, ne fait rien que de grand et de large, soit qu'elle se donne ou qu'elle se refuse, qu'elle laisse la charrue éventrer sa chair féconde ou que, indifférente au désespoir des hommes, elle fasse le gros dos sous la grêle mitraillant sa toison d'épis. Comme les autres, comme son père et comme les voisins, si après des jours de sécheresse menaçante la pluie désirée se mettait à rouler pendant des jours et des semaines les caissons de ses nuages,Etienne ne savait que se terrer dans la maison ou l'étable d'où regarder pesamment l'horizon noyé, cherchant du côté de l'ouest les signes annonciateurs de la bonace. Et, visiblement, il escomptait la propriété de cette terre qui devait normalement, fatalement, lui revenir. Euchariste croyait parfois percevoir chez son fils certains indices révélateurs de ce sentiment; il avait parfois l'impression que quelqu'un, Etienne, le poussait traîtreusement dans le dos, cherchait à lui enlever de sous les pieds cette terre pourtant bien sienne.

Et c'est un peu pour cela qu'il gardait pour Éphrem une préférence qui n'avait jamais complètement disparu. Aussi, quand le second fils avait un jour répondu à quelque reproche par un: « J'su' pourtant pas pour m'échigner sur la terre qu'est pour un autre », il lui avait clairement laissé entendre qu'un de ces jours, avant longtemps, il lui en donnerait une à lui, tout à la joie de voir qu'Éphrem songeait tout de même à la terre et n'avait apparemment plus l'idée à déserter. (p. 151-152)

3 octobre 2010

Les statistiques de Blogger

Depuis juin, Blogger fournit à ses membres des informations quant à la fréquentation de leur blogue sur des bases quotidienne, hebdomadaire et mensuelle. On nous précise le nombre de visiteurs, leurs origines, le moyen qu’ils ont utilisés pour nous atteindre (Google, Wikipedia, Bing, Littérature québécoise, etc.).

Les statistiques du mois de septembre (2 sept. 2010 – 1 oct. 2010)

Selon Blogger, 6343 pages (un visiteur peut voir plus d’une page) ont été vues. Voici la liste des 10 pages les plus fréquentées (environ le tiers des visiteurs) :
1. Maria Chapdelaine (2008-07-02) = 674 Pages vues
2. Trente arpents (2009-09-23) = 373 Pages vues
3. Marie Calumet (2007-02-07) = 319 Pages vues
4. Le Survenant (2008-04-04) = 276 Pages vues
5. Un homme et son péché (2009-04-02) = 147 Pages vues
6. Bonheur d'occasion (2009-02-07) = 128 Pages vues
7. La Scouine (2010-08-26) = 108 Pages vues
8. Les Demi-Civilisés (2009-03-01) = 89 Pages vues
9. La Terre paternelle (2007-04-12) = 57 Pages vues
10. Menaud maitre-draveur (2008-10-24) = 53 Pages vues

Blogger fournit aussi l’origine du visiteur :
1. Canada = 5 239 visiteurs
2. France = 358 visiteurs
3. États-Unis = 199 visiteurs
4. Corée du Sud = 63 visiteurs
5. Brésil = 48 visiteurs
6. Belgique = 37 visiteurs
7. Russie = 36 visiteurs
8. République tchèque visiteurs = 30
9. Égypte = 30 visiteurs
10. Suisse = 21 visiteurs

On fournit aussi les mots-clés de recherche :
Maria Chapdelaine résumé = 250
Trente arpents = 94
Trente arpents De Ringuet = 62
Marie Calumet = 53
Le Survenant = 32
La Terre paternelle = 31
Bonheur d'occasion = 29
La Scouine = 23
Les Demi-civilisés = 20
Résumé Maria Chapdelaine = 12

Réflexions que j’en tire
Je suis étonné (et flatté) du nombre de visiteurs étrangers sur mon site. Quant ils viennent des pays francophones, je peux toujours comprendre (je n’en suis pas moins flatté). Je peux même comprendre les États-Unis. Mais la Corée du sud? Le Brésil? L’Égypte? (vous venez de ces pays ? Est-ce Maria Chapdelaine qui vous amène sur mon site? Si le cœur vous en dit, écrivez-moi un « petit mot » pour me l’expliquer.)

Je suis étonné de la popularité de Maria Chapdelaine (10% des visites). J’en tire comme conclusion (peut-être à tort) que le roman continue sa carrière internationale. Est-il étudié en traduction? Dans un même souffle, vous aurez constaté la popularité des romans du terroir. Il faut dire qu’ils sont très lus dans les cégeps québécois. Ce qui m’inquiète, c’est que je retrouve souvent dans les mots-clés de recherche « Maria Chapdelaine résumé » : cela sent le cancre qui ne veut pas lire son livre. J’espère que mon site ne contribue pas à la bêtise.

Des statistiques quotidiennes m’apprennent aussi que la page d’œuvres très mineures est consultée de temps à autre.

Dernières conclusions
Un blogue n’existe pas sans lecteurs. Je comprends que mon propos est assez pointu et que, très souvent, je parle d’œuvres que très peu de personnes ont lues. Même si j’ai peu de commentaires, les lecteurs sont importants pour moi. Qui sont ces lecteurs? Un étudiant qui a besoin d’une vue rapide d’une œuvre littéraire? Un chercheur? Un collectionneur bibliophile? Simplement un curieux?

Voilà il m’a semblé que ces statistiques pourraient vous intéresser. Je pense qu’elles nous apprennent certaines choses sur la vigueur de la littérature québécoise.

19 avril 2007

L'héritage

Ringuet, L’héritage, Montréal, Variétés, 1946, 181 pages.


Comme on connaît mal Ringuet (le nom de sa mère) si on n’a lu que Trente arpents ! Ringuet est si peu, par l’esprit, un écrivain régionaliste ! Il suffit de lire ce recueil de nouvelles pour s’en convaincre. Cette œuvre est la première publiée après le succès de Trente arpents. Huit ans se sont écoulés. Ces nouvelles (Ringuet emploie le mot « contes » comme le faisait Maupassant.) étaient d’abord parues en revue. L’auteur essaie différents styles et taquine différents sujets d’inspiration. L’écriture est très maîtrisée. ****

L’héritage
Albert Langelier, un enfant illégitime, n’a pas connu sa mère et a été placé en orphelinat par son père. À la mort de ce dernier, il a hérité de sa terre dans un rang à Grands-Pins. Il quitte la ville et, sans aucune expérience, décide de reprendre la culture du tabac que pratiquait ce père inconnu. Une fille du voisinage, une laissée-pour-compte, s’occupe de l’ordinaire de la maison. Il s’en amourache. Il achète quelques instruments aratoires et entreprend la culture. Tout va bien jusqu’à ce que survienne une terrible sécheresse. La récolte est en perdition. Les voisins l’accusent d’attirer la guigne sur leur paroisse. Il décide de tout abandonner, de retourner en ville, emmenant avec lui la servante.

Nocturne
C’est la guerre. Un bateau transportant des munitions est coulé par un sous-marin. Les chaloupes sont jetées à la mer. Le narrateur, lui, doit regagner la rive à la nage. Il y réussit au prix d’une lutte de tous les instants contre la mort. (Comme Guillaumet dans Pilote de guerre de Saint-Ex.)

L’immortel
« S’endormir n’est pas la joie, car l’esprit répugne à l’anéantissement. Mais c’est au moins la plongée dans l’inconscience. Ce qui est horrible, C’est le réveil; le retour à la vie consciente; à la conscience de la vie. » Le récit est écrit sous la forme d’un journal, un peu comme « Le Horla » de Maupassant. Cet homme croit qu’il est possible d’en arriver à ne plus dormir… pour ne plus jamais se réveiller. Suivant cette logique, il finira par se suicider.

L’amant de Vénus
Des vieux copains de fac, aujourd’hui dans la cinquantaine, organisent des retrouvailles. Ils parlent du groupe marginal qu’ils formaient à l’époque, mais surtout de l’un d’eux qui vouait un véritable culte à la Vénus de Vélasquez.

La sentinelle
Le narrateur voyage en bateau en Amérique centrale. Comme il est coincé pour quelques jours à Colon (Panama), comme la température est oppressante, il engage un taxi qui le conduit à l’extérieur de la ville. En pleine jungle, le chauffeur fait halte et lui fait rencontrer un vieux Français qui continue de monter la garde devant un début de canal creusé par l’équipe de Ferdinand de Lesseps quarante ans plus tôt.

L’étranger
L’étranger, c’est Robert Lanthier. Fasciné par les voyages et la civilisation orientale, profitant de l’héritage de son père défunt, il s’est embarqué pour « Copenhague, mais en passant par la Chine ». Et il n’est jamais revenu et n’a plus donné de nouvelles jusqu’au jour où il revient faire un pèlerinage au Québec. Il raconte au narrateur comment il est devenu musulman.

Le sacrilège
Encore un narrateur voyageur. Cette fois-ci, il s’appelle Bernier et il se retrouve par hasard dans l’île de Vavaou, quelque part en Polynésie française. Il rencontre un Européen, qui y vit avec une princesse maori. Il se nomme Lémann. Il a rapporté d’une expédition un tiki, une idole d’une tribu sauvage disparue, les Tupapaous. Selon la croyance, quand on touche un tiki, même par mégarde, on contracte la lèpre. En sera-t-il ainsi de Lémann qui pavoise pour impressionner les autochtones ? On se croirait dans Avant le chaos de Grandbois.

Le bonheur
Un petit employé de filature rêve de grosses bagnoles rutilantes, inaccessibles pour lui, sa famille de dix enfants mangeant tout son salaire et plus encore. Il en rêve et en rêve tellement qu’il finit par prendre ses rêves pour des réalités. Il est devenu fou, un mégalomane milliardaire heureux. On le traite à Saint-Jean-de-Dieu. Il recouvre la raison. Il revient à l’usine. Il retrouve sa vie triste. Il a perdu le bonheur.

Sept jours
Les gens de Saint-Julien, un paisible village, « vivent une existence limpide, bonasse et parfois souriante ». Arrive un étranger, en fait un jeune homme mystérieux qui a décidé de passer ses vacances dans ce lieu paisible. Cela, personne ne le sait. Tout le monde imagine le pire et le petit village, l'espace d'une semaine, est bouleversé par cet étranger.

Ringuet sur Laurentiana

12 juin 2008

Eva Charlebois

Maurice Genevoix, Eva Charlebois, Montréal, Flammarion-Bernard Valiquette, 1944, 205 pages
.

Maurice Genevoix a publié deux romans « québécois ». J’ai déjà présenté Laframboise et Belhumeur et décrit brièvement les circonstances qui lui ont inspiré ces œuvres.

Dès qu’elle fût en âge de travailler, Éva Charlebois quitta ses parents adoptifs et vint travailler à Québec comme serveuse. Un jour, son frère lui présenta Reuben Jackson, un compagnon de travail ontarien. C’est le coup de foudre, même s’il comprend à peine le français et elle, l’anglais. Il lui demande de l’attendre jusqu’à ce qu’il trouve un emploi qui lui permette de concilier son goût pour l’aventure et son amour pour elle. Il déniche à Yaho, un petit bourg perdu dans les Montagnes Rocheuses, un poste de garde de la montagne. Complètement aveuglée par l’amour, elle l’épouse, abandonne parents et amis. À Yaho, elle trouve un emploi de serveuse au Kicking-Horse, hôtel qui accueille des touristes et les employés du CPR, car le train traverse le petit hameau. Le jeune couple est hébergé par Randolph Cordy, un vieux garde divorcé, qui vit seul dans sa villa. Comme Reuben est souvent parti dans ses pérégrinations dangereuses en haute montagne, la jeune femme, qui ne tarde pas à ressentir la nostalgie de son Québec perdu, tisse un beau lien d’amitié avec Randolph qui devient son confident.

Sa vie change quand le Kicking-Horse engage un nouveau barman, Antonio Clouthier, un jeune Chicoutimien. Les deux sympathisent, évoquent le Québec à loisir, sont inséparables. Éva ne devine pas que le jeune homme est amoureux d’elle, jusqu’au jour où il tente de la séduire. Bien qu’elle aime son mari, elle vient près de céder à ses avances, ce qui la bouleverse. Son mari finit par comprendre que sa jeune femme souffre d’être aussi souvent délaissée. Mais avant de ranger ses crampons, il doit effectuer un dernier voyage de reconnaissance en haute montagne. Malheureusement, il n’en revient pas. (voir l’extrait)

Éva doit donc décider de son avenir : rester à Yoho où son ami Randolph, qui est aussi amoureux d’elle bien qu’il ait le double de son âge, lui promet de l’aider; ou rentrer au Québec avec Antonio et retrouver son cher Québec. Qui va-t-elle choisir? Seul un deuxième tome aurait pu nous le dire.

L’idée de départ est bonne. Même si on a souvent évoqué l’exil des Canadiens français, on l’a peu souvent décrit de l’intérieur. On pense à Trente arpents, et puis après... Genevoix insiste beaucoup sur l’ennui de l’exilé, le dépaysement, mais peu sur la barrière de la langue et de la culture. C’est même un peu invraisemblable qu’une jeune fille de Charlevoix puisse se débrouiller en anglais dans les années 1940. Genevoix parsème son roman d’expressions québécoises (avec note en bas de page), mais est-ce suffisant pour en faire un roman québécois? En changeant quelques passages, en remplaçant les Rocheuses par les Alpes, l’anglais par le valaisan et le roman aurait pu se passer en Suisse. Certains détails, il me semble, trahissent l’écrivain français : une certaine insistance sur les aspects touristiques, une relation très distante entre les amis et même les époux qui se vouvoient, certaines expressions qui sont du terroir français... Maurice Genevoix présente une grande maîtrise de la langue, ce qui n’empêche pas que son roman, en son centre, piétine. 

Extrait
Il vit alors, tout près, dans la nuit claire, la silhouette de l’homme qui venait. C’était bien Georgie, en effet. Lui aussi, en approchant, avait feutré le bruit de ses pas dans les herbes de l’accotement. Il s’approcha de la galerie où Randolph venait d’apparaître, penché vers lui, un doigt sur les lèvres. Et, quand Randolph fut descendu, au pied même des degrés de bois, Georgie parla très vite, dans un chuchotement oppressé :
- Ils sont morts, Randolph, tous les deux... Dans le glacier, à deux milles à peine de la route. Ce brusque retour de temps chaud... un pont de neige aura cédé. Nous les avons cherchés tout le soir, avec les hommes de Jasper...
- Plus d’espoir, réellement, Georgie?
- On ne les retrouvera même pas.
Georgie se tut. Les souffles se mêlaient presque. Randolph, les épaules plus courbées, gravit le premier degré. Georgie fit seulement un signe qui demandait clairement : « Elle est là? » Il vit Randolph incliner la tête, et s’éloigna, ombre muette, dans la nuit.
Toute la clarté de la lampe donnait du côté de la porte. Mais l’écran qui la masquait épandait dans l’angle opposé une nappe d’ombre où l’on entrevoyait à peine le divan rouge, la forme humaine étendue sur lui. Randolph traversa la clarté, pénétra dans la zone d’ombre. Elle n’avait pas bougé. Il y avait maintenant, sur son visage, un déliement plus profond, plus confiant, une vraie paix. Randolph s’assit sur le bord du divan, à la place même qu’il avait quittée. Il attendit qu’elle s’éveillât. » (p. 195-196)

8 juin 2015

300 000 visiteurs


Vous m’auriez dit en ce mois de novembre 2006, quand j’ai commencé ce blogue, que je le poursuivrais neuf ans plus tard, et je vous aurais ri au nez, tant j’étais branché sur la littérature récente. Au départ, mes ambitions étaient très modestes. Je voulais ramener en surface cinquante livres québécois de plus de cinquante ans dont l’oubli m’apparaissait injuste. Rapidement j’ai abandonné cette limite (de toute façon, il fallait lire beaucoup de livres pour établir cette liste) et je me suis lancé, un peu tête baissée, à gauche et à droite, au bonheur de mes trouvailles chez les bouquinistes. Si mes calculs sont bons, ce sont 534 livres (de plus de cinquante ans, cette limite évoluant au fil des ans) que j’ai blogués jusqu’ici, sans compter les commentaires plus généraux sur l’histoire littéraire, sur certains illustrateurs, etc.

Aussi bien le dire, c’est le collectionneur en moi plus que le littéraire qui m’a fait lire tous ces bouquins, car on ne collectionne pas les livres comme on le fait pour les cendriers d’hôtel ou les tasses de porcelaine. Un livre, on ne peut s’empêcher de le lire, ne serait-ce que partiellement; il me semble qu’il y a comme une impolitesse à le laisser là sans l’ouvrir.

Bien entendu, plusieurs ont peu d’intérêt littéraire, mais si on se penche de plus près, si on écoute bien, on entend toujours une voix, celle d’un auteur, celle d’un temps révolu. C’est quand même extraordinaire d’entendre la voix du dix-neuvième siècle de l’anonyme Georges Lemay que je suis en train de lire : « Si mon livre, quelque médiocre qu'il soit, fait tomber une larme, s'il élève une pensée jusqu'à Dieu, s'il ferme une plaie, s'il relève un courage abattu, j'aurai fait une bonne action. // Qui sait, un poète y trouvera peut-être le germe d'une inspiration féconde qui lui fera créer une grande œuvre - je me glorifierai d'avoir été la cause obscure, mais heureuse de ce nouveau rayonnement... // Le frêle brin d'herbe, que le poids d'un insecte peut ployer, a sa mission dans le monde, comme la planète aux majestueuses proportions, qui parcourt avec ses satellites l'orbe tracé par le doigt de son créateur. » On imagine facilement le « pauvre auteur », plein d’espoir, mais aussi avec la trouille au ventre, de voir son œuvre soumise au jugement public. Cette modestie qu’on retrouve chez la plupart des auteurs de l’époque ne doit pas nous tromper : bien entendu, on peut y lire l’indigence culturelle d’une communauté, mais aussi l’espoir non avoué d’un auteur d’être plus qu’un relais malgré ce qu’il en dit. L'espoir d’être lu, d’être aimé, d’être admiré.

J’en suis donc à 300 000 visiteurs. Le tout a débuté lentement, cela va de soi, mais est allé en progressant. Cette année, mon site a accueilli près de 50 000 visiteurs. Et si on parle en termes de pages vues, sûrement au-delà de 100 000 (un visiteur peut voir 5 pages en suivant des liens).

Blogger fournit toutes sortes de statistiques sur les blogues depuis 2010. Deux éléments m’intéressent particulièrement, au-delà du nombre de pages vues : les pages les plus populaires et l’origine des visiteurs. Voici donc les dix pages les plus populaires des 5 dernières années : 1. Maria Chapdelaine de Louis Hémon; 2. Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon; 3. Bousille et les justes de Gratien Gélinas; 4. Le Survenant de Germaine Guèvremont; 5. La Scouine d’Albert Laberge; 6. Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy; 7. Trente arpents de Ringuet; 8. Menaud maitre-draveur de Félix-Antoine Savard; 9. La littérature du terroir au Québec; 10. Les Demi-Civilisés de Jean-Charles Harvey.

Bien sûr, on y décèle le passage de maints étudiants, et cela fait plaisir au vieux prof en moi, même si ça désespère certains de mes ex-collègues qui craignent que les étudiants préfèrent mes résumés à la lecture obligatoire de leur bouquin. Ah! Ces jeunes profs et leurs drôles d’idées!

C’est sûr que, dans une proportion de 95%, mes lecteurs sont québécois ou canadiens-français. Mais j’ai aussi des lecteurs « internationaux », d’aussi loin que l’Inde, qui m’ont écrit. Voici le classement de l'origine des visiteurs depuis 2010 : 1. Canada; 2. France; 3. États-Unis; 4. Allemagne; 5. Russie; 6. Ukraine; 7. Belgique; 8. Royaume-Uni; 9. Maroc; 10. Pologne.

Un jour, je vais sans doute m’arrêter, mais pas dans l’immédiat. Je ne me fixe aucun but, même si je sais qu’il y a encore des dizaines de livres qui exigent un peu de politesse de ma part et le premier titre qui me vient en tête, c’est Brochuges de Claude Gauvreau, qui m’attend avec cette patience infinie de ceux qui savent qu’ils vont résister au temps. Je ne révolutionnerai pas la lecture de Gauvreau, je le sais, mais je devrais être en mesure d’écrire deux ou trois petits trucs sensés sur ce recueil. C’est pour l’automne, promis.

16 mai 2015

101 œuvres québécoises à lire



Radio-Canada vient de publier une liste des 100 œuvres incontournables de la littérature canadienne, dans laquelle les anglophones sont tellement sous-représentés que c’en est ridicule (voir Brian Busby sur la liste de la CBC). Si je comprends bien, la liste est le fruit d’un sondage grand public et des propositions d’un certain nombre de personnalités dont plusieurs ont peu à voir avec la littérature.  Disons que certains titres me laissent pantois. On parle bien ici d’une liste d’IN-CON-TOUR-NA-BLES. Ce n’est pas rien. Bon, on est habitué à ce que les journalistes gonflent les mots. En fouillant dans mes anciennes notes de cours d’une part, et en me fiant aux lectures que j’ai faites ces dernières années d’autre part, je me suis amusé à recenser les 100 livres québécois francophones que je recommanderais à un étudiant qui veut devenir professeur de littérature.

J’ai retenu comme genres le roman, le théâtre et la poésie. Je me suis arrêté à l’an 2000 pour des raisons évidentes. Il faut laisser le temps faire son œuvre. Il y a différentes raisons qui font entrer un titre dans cette liste : la qualité de l’ouvrage, l’impact culturel ou social, la représentativité de l’époque, l’influence sur les pairs et même certains incidents (index, scandale) tout à fait accessoires… Si vous croyez que notre futur professeur de littérature devrait aborder d’autres titres, il vous suffit d’ajouter un commentaire et je le publierai.


 

LISTE DES ŒUVRES QUÉBÉCOISES IMPORTANTES

 

1837

Philippe Aubert de Gaspé fils

Le chercheur de trésors

roman

1846

Patrice Lacombe

La terre paternelle

roman

1863

Antoine Gérin-Lajoie

Jean Rivard le défricheur

roman

1863

Philippe Aubert de Gaspé

Les anciens Canadiens

roman

1882

Laure Conan

Angéline de Montbrun

roman

1892

Louis Fréchette

Originaux et détraqués

contes

1900

Honoré Beaugrand

La chasse-galerie

contes

1903

Émile Nelligan

Émile Nelligan et son œuvre

poésie

1904

Rodolphe Girard

Marie Calumet

roman

1914

Louis Hémon

Maria Chapdelaine

roman

1916

Lionel Groulx

Les rapaillages

récit

1918

Albert Laberge

La Scouine

roman

1919

Frère Marie-Victorin

Récits laurentiens

récit

1929

Alfred Desrochers

À l'ombre de l'Orford

poésie

1933

Claude-Henri Grignon

Un homme et son péché

roman

1934

Jean-Charles Harvey

Les demi-civilisés

roman

1937

Saint-Denys Garneau

Regards et Jeux dans l'espace

poésie

1937

Félix-Antoine Savard

Menaud maître-draveur

roman

1938

Ringuet

Trente arpents

roman

1944

Alain Grandbois

Les îles de la nuit

poésie

1945

Gabrielle Roy

Bonheur d'occasion

roman

1945

Germaine Guèvremont

Le survenant

roman

1947

Clément Marchand

Les soirs rouges

poésie

1948

Roger Lemelin

Les Plouffe

roman

1948

Paul-Marie Lapointe

Le vierge incendié

poésie

1948

Gratien Gélinas

Tit-coq

théâtre

1950

Rina Lasnier

Escales

poésie

1951

Roland Giguère

Les armes blanches

poésie

1953

Marcel Dubé

Zone

théâtre

1953

Anne Hébert

Le tombeau des rois

poésie

1953

André Langevin

Poussière sur la ville

roman

1953

Gilles Hénault

Totems

poésie

1955

Gabrielle Roy

Rue Deschambault

nouvelles

1958   

Yves Thériault 

Agaguk 

roman

1960 

Gérard Bessette

Le libraire

roman

1960 

Paul-Marie Lapointe

Arbres

poésie

1962

Ferron Jacques

Contes du pays incertain

contes

1963

Gatien Lapointe

Ode au Saint-Laurent

poésie

1964

André Major

Le cabochon

roman

1964

Paul Chamberland

Terre Québec

poésie

1964

Jacques Renaud

Le cassé

roman

1965

Hubert Aquin

Prochain épisode

roman

1965

Marie-Claire Blais

Une saison dans la vie d'Emmanuel

roman

1965

Michel Tremblay

Les belles-sœurs

théâtre

1965

Jacques Brault

Mémoire

poésie

1965

Fernand Ouellette

Le soleil sous la mort

poésie

1966

Réjean Ducharme

L'avalée des avalés

roman

1966

Marcel Dubé

Au retour des oies blanches

théâtre

1967

Jacques Godbout

Salut Galarneau!

roman

1967

Gérald Godin

Les cantouques

poésie

1968

Roch Carrier

La guerre, yes sir!

roman

1968

Michèle Lalonde

Speak white

poésie

1968

Claude Gauvreau

Étal mixte

poésie

1968

Denis Vanier

Pornographic delicatessen

poésie

1969

Françoise Loranger        

Double jeu

théâtre

1969

Victor-Lévy Beaulieu

Race de monde!

roman

1970

Jacques Ferron

L'amélanchier

roman

1970

Anne Hébert

Kamouraska

roman

1970

Gaston Miron

L'homme rapaillé

poésie

1970

Nicole Brossard

Suite logique

poésie

1973

Réjean Ducharme

L'hiver de force

roman

1974

Madeleine Gagnon

Pour les femmes et tous les autres

poésie

1976

Louky Bersianik

L'Euguélionne

roman

1976

Boucher Denise et all.

La nef des sorcières

théâtre

1976

An Antane Kapesh

Je suis une maudite sauvagesse

récit

1978

Michel Tremblay

La grosse femme d'à côté est enceinte

roman

1979

Marie Uguay

L'outre-vie

poésie

1980

France Théoret

Nécessairement putain

poésie

1980

Jean-Pierre Ronfard

Vie et Mort du roi boiteux

théâtre

1981

Yves Beauchemin

Le matou

roman

1981

Louis Caron

Les fils de la liberté

roman

1981

Normand Chaurette

Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans

théâtre

1981

Marie Laberge

C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles

théâtre

1982

Anne Hébert

Les fous de Bassan

roman

1983

Francine Noël

Maryse

roman

1983

Claude Beausoleil

Une certaine fin de siècle

poésie

1984

Jacques Poulin

Volkswagen blues

roman

1985

Dany Laferrière

Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer

roman

1985

Michel-Marc Bouchard

Les feluettes

théâtre

1985

Yolande Villemaire

Quartz et Mica

poésie

1985

Michel Beaulieu

Kaléidoscope

poésie

1985

François Charron

La vie n'a pas de sens

poésie

1986

Sylvain Trudel

Le souffle de l'harmattan

roman

1986

René-Daniel Dubois

Being at home with Claude

théâtre

1986

Robert Lepage

Vinci

théâtre

1987

Arlette Cousture

Les filles de Caleb

roman

1987

Robert Lepage

La trilogie des dragons

théâtre

1987

Élise Turcotte

La voix de Carla

poésie

1987

Fernand Ouellette

Les heures

poésie

1989

Louis Hamelin

La rage

roman

1989

Élise Turcotte

Le bruit des choses vivantes

roman

1990

Christian Mistral

Vautour

roman

1990

Robert Lepage

Les aiguilles et l'opium

théâtre

1990

Jacques Brault

Il n'y a plus de chemin

poésie

1990

Hélène Dorion

Un visage appuyé contre le monde

poésie

1992

Monique Proulx

Homme invisible à la fenêtre

roman

1994

Collectif

Cabaret neiges noires

théâtre

1994

Sergio Kokis

Le pavillon des miroirs

roman

1995

Ying Chen

L'ingratitude

roman

1998

Gaétan Soucy

La petite fille qui aimait trop les allumettes

roman

1998

Wajdi Mouawad

Littoral

théâtre

Revu en décembre 2023 — Ajout d’An Antane Kapesh et ajout des liens