31 janvier 2017

Maria Chapdelaine. Après la résignation

Rosette Laberge, Maria Chapdelaine. Après la résignation, Marieville, Les Éditeurs réunis, 2011, 434 pages.

J'ai déjà présenté trois suites de Maria Chapdelaine : Alma-Rose de Sylva Clapin, Maria Chapdelaine ou le Paradis retrouvé de Gabrielle Gourdeau et La Promise du lac de Philippe Porée Kurrer.

Après la mort de sa mère, Maria a promis d’épouser Eutrope. Rien ne l’attire chez cet homme, terne au possible. Son seul côté positif, c’est qu’il sait lire et écrire et qu’il l’enseigne à Maria et Alma-Rose. Tout le monde comprend que Maria n’aime pas Eutrope, mais personne ne réussit à la faire renoncer à ce mariage. La date approchant, Maria sombre dans un fatalisme morbide. Coup de théâtre, trois jours avant le mariage, Eutrope périt dans un incendie. Maria revoit Adrien Gagné, un jeune homme qu’elle avait rencontré chez ses grands-parents maternels à St-Prime. Comme les deux étaient déjà amoureux l’un de l’autre, tout va très vite et, l’été suivant, elle l’épouse. Le couple s’installe à St-Prime avec les grands-parents. Le livre se termine alors qu’elle est enceinte. 

Et les autres personnages? À la fin du roman, Samuel s’est remarié, a décidé de se fixer une fois pour toutes, et est à nouveau père. Esdras est aussi marié et vit sur la terre de son père. Da’Bé est toujours célibataire et Télesphore continue de faire des bêtises. Ti-Bé, amoureux de la belle-sœur de Maria, s’est lancé en affaire avec le mari de Maria à Saint-Prime. Alma-Rose habite vit chez sa sœur et va à l’école. J’oubliais, le cheval Charles-Eugène est mort et a été remplacé par Cadeau.  

Roman sentimental, débordant de bons sentiments, qui gomme l’essentiel du roman original : le message nationaliste, l’affrontement entre la sauvagerie et la civilisation, le lien avec la nature. Se lit bien malgré des longueurs, surtout dans la deuxième moitié.

Maria Chapdelaine sur Laurentiana
Maria Chapdelaine
Encore Maria Chapdelaine
Maria Chapdelaine : des éditions illustrées
Le Roman d’un roman (Potvin)
La Revanche de Maria Chapdelaine (De Montigny)
Le Bouclier canadien-français (Dalbis)
Écrits sur le Québec (Hémon)
Lettres à sa famille (Hémon)

Voir aussi :
Dans le sillage du roman
Alma-Rose (Clapin)
Les films de Carle et Duvivier
Maria Chapdelaine : un diaporama
La littérature du terroir au Québec

27 janvier 2017

Clairière

Maurice Constantin-Weyer, Clairière. Récits du Canada, Paris, Stock, 1948, 253 p. (Première édition 1929)

J’ai déjà blogué deux livres de Maurice Constantin-Weyer : Manitoba et Un homme se penche sur son passé, prix Goncourt 1928. Clairière n’apporte rien de neuf, Constantin-Weyer développant toujours les mêmes thèmes, la même idéologie.  

Clairière n’est pas à proprement parler un roman. C’est le récit descriptif d’un Français solitaire, sans femme et ni enfant, établi au Manitoba, qui possède un cheptel de bêtes à cornes qu’il laisse errer dans les prairies et quelques chevaux. Il ne parle à peu près pas des travaux agricoles et des animaux d’élevage. Tout au plus raconte-t-il qu’il arrive qu’une bête s’écarte du troupeau et qu’il doive la ramener au bercail. Ce qui l’intéresse, c’est la grande nature sauvage, l’observation des animaux, la chasse et la pêche. Il porte aussi une grande attention à la nature, surtout aux phases de transition (l’aube, le crépuscule, le printemps, l’automne), aux changements atmosphériques, aux différentes variations de la lumière, sur l’eau, sur la neige, au-dessus de la forêt.

Et les humains? Ils sont rares. Une famille de Métis vit avec lui sur son domaine s’occupant de menus travaux contre une maigre rétribution. Le narrateur, paternaliste, affiche une sympathie condescendante face à ce peuple, qui parfois frôle le mépris : « Avec un homme blanc, je me serais fâché. Mais Patrice n'était pas un homme blanc. Il appartenait à une race mêlée que je connaissais bien, et, lorsque j'avais accepté de louer- son travail, j'avais tacitement aussi accepté de louez les défauts de Patrice. Je le savais ivrogne, paresseux et menteur. » Il a juste un peu plus de sympathie pour un grand chef Sioux, fier mais alcoolique, qui vient le visiter et à qui il fait dire : « Car il n'est pas bon que l'homme qui appartient à une race prenne pour femme celle qui appartient à une race différente, et ce fut l’origine de tous nos malheurs. »

Constantin-Weyer développe une conception assez primitive du monde : les plus forts mangent les plus faibles, les boucs s’affrontent pour les femelles et le perdant, blessé, est dévoré par les loups.  « Au surplus, à peine entré dans la forêt, je mettais eu doute l'innocence même du printemps ! Qui donne la vie, donne la mort. Toute la nuit, tant de soupirs d'amour ont annoncé que les bêtes allaient préparer une descendance, comme elles prédestinée au meurtre et à la mort. Pourquoi s'en affliger ? » De même, sa conception de la chasse nous apparaît intenable en regard de nos sensibilités contemporaines. Tuer des animaux, bien sûr pour se nourrir ou pour leur peau, mais aussi pour obéir à un vieil atavisme : tuer ou mourir. On comprend mal que le narrateur tue une femelle ours pour capturer son petit, pour le vendre éventuellement à un cirque. Comme il vit seul, on comprend mal son besoin de tuer autant d’animaux. « Un matin, dans le ciel gris, les oies, les canards et les grues s'enfuyaient à tire-d'aile des pays du Nord, emplissant un ciel brumeux de leurs vulgarités cosmopolites. Le plus souvent, le vent les forçait à voler très bas, et mon fusil de chasse les saluait au passage. »

Sans doute, désireux de plaire au public français qui venait de lui décerner le Goncourt, il appuie fortement sur le personnage du héros romantique, perdu dans la grande solitude nordique,  qui prend plaisir à mettre sa vie en danger, ne serait-ce pour lui permettre de se surpasser, et qui déménage, plus à l’Ouest plus au Nord, dès que la « civilisation » menace sa liberté. Ce qui sauve ce livre, c'est son écriture.

Extrait
L’homme arrive, mon semblable, avec tout l’arsenal de cette discipline dont je viens de reconnaître la souveraineté, et je ne songe plus qu’à fuir ces lieux. Je sais, dans le Nord-Ouest, d’autres espaces plus sauvages, où l’on ne sent point les coudes de ses voisins. On n’y verra point — comme je le faisais ce soir, au crépuscule — monter à un mille de là la fumée ambre et turquoise d’un campement de Bretons à la recherche de quelques acres de bonne terre. On n’entendra pas, l’hiver, le bruit de la hache qui sonne contre les arbres gelés, ni le tintement rythmé des grelots des chevaux attelés au traîneau, ni les jurons des charretiers, ni l’aboiement lointain d’un colley qui garde le champ de son maître contre les déprédations des vaches, ni les coqs qui se répondent dans le brouillard du matin.

Ce que je sais, dans le Nord-Ouest, c’est une épaisse forêt de trembles, de bouleaux et d’épinettes, à l’ombre de laquelle dorment des prairies bleues et des étangs couleur de ciel. Les loups y répondent aux loups, et les orignaux s’y battent à mort dans les salines. » (p. 250-251)

21 janvier 2017

Un homme et son péché (édition de 1935)

Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché, Montréal, Éditions du Vieux Chêne, 1935, 249 p. (Illustrations de Maurice Gaudreau)

Les illustrations de Maurice Gaudreau sont une gracieuseté de Marcello & Maurizio Paradisi, collectionneurs et « grands fans de l'oeuvre de Claude-Henri Grignon ». Ils présentent leur collection sur leur site dont voici l’adresse : Séraphin. Un homme et son péché.

Maurice Gaudreau (1907- 1980)
« … Maurice Gaudreau connaît une activité débordante comme illustrateur à compter des années trente. Il travaille surtout pour les journaux mais il illustre trois livres en 1935. Utilisant lui aussi la linogravure, il profite mieux que tout autre des propriétés de ce matériau friable. Que ce soit dans des figures en gros plan ou dans des paysages éloquents (fig. 25) pour Sébastien Pierre, ou dans des scènes d'intérieur (fig. 26) pour Un homme et son péché, ou encore pour la couverture (fig. 27), les bandeaux et les culs-de-lampe dans Les Rapaillages, l'artiste procède par larges déchirures lumineuses. Il utilise très peu les dégradés et ignore complètement les hachures croisées. Son style personnel, confiné à de larges noirs et blancs, n'est pas détestable malgré ses reliefs prononcés et sa tendance à la lourdeur. » Jean-René Ostiguy, Un choix de livres illustrés par des artistes québécois entre 1916 et 1946













Claude-Henri Grignon sur Laurentiana
Le Déserteur
Un homme et son péché (édition originale)
Un homme et son péché (édition du Vieux Chêne, illustrée par Monique Aubry, 1941)

Voir aussi

19 janvier 2017

Le parti rhinocéros programmé

En collaboration, Le parti rhinocéros programmé, Montréal, Les éditions de l'Aurore, 1974, 96 pages

En 1974, le Parti rhinocéros, fondé en 1963 par Jacques Ferron, Paul Ferron et Robert Millet, publiait un manifeste (un dépliant politique?) aux éditions de L'Aurore, dirigées par Victor-Lévy Beaulieu et Léandre Bergeron. En plus de Ferron, Robert Charlebois, Rina Lacorne, Jean Simoneau, Raoul Duguay, Claude Banville, Pierre Drolet, Victor-Lévy Beaulieu, Guy Fournier, André Pouliot, Robert Millet ont participé à l'écriture des textes. Le dépliant contient aussi des coupures de journaux, quelques photos et des caricatures. Bien entendu, ce n'est pas à proprement parler un texte littéraire, mais la plupart des auteurs appartiennent au champ littéraire, ce qui lui vaut une place dans mon blogue. 


Lire le manifeste du parti rhinocéros





13 janvier 2017

Jules Faubert. Le roi du papier

Ubald Paquin, Jules Faubert. Le roi du papier, Montréal, Pierre R. Bisaillon, 1923, 171 pages.

Jules Faubert a 32 ans et beaucoup d’ambition : « Il veut contrôler au pays la production du bois, surtout du bois à papier, en être le Roi. » Déçu par Pauline Dubois qui l’a trompé (elle a embrassé un ami d’enfance!), il s’est lancé corps et âme dans les affaires. L’auteur explique ainsi ses motivations : « L’orgueil, cet orgueil qui était sien, orgueil unique et démesuré en était une, des moins avouables. D’autres venaient après: la hantise d’être quelqu'un, d’égaler, lui, Canadien français, dans le domaine de l’argent, ses compatriotes d’autres langues ; un amour de sa race sans ostentation, sans jactance, qui le faisait souffrir du préjugé de notre infériorité commerciale; un besoin d’action, d’action violente qui le faisait presque se pâmer d’aise dans l’accomplissement de choses difficiles ; une force impatiente de se dépenser ; le pouvoir de créer quelque chose d’utile à la collectivité avec l’argent irrésistible, de développer le niveau moral et intellectuel des siens parce que sa fortune qu’il veut immense lui permettra des dons onéreux... »

Ce qu’il ignore ou feint d’ignorer, c’est que Pauline Dubois est toujours amoureuse de lui. Il la revoit à l’occasion, la fréquente, puis s’en éloigne, trop occupé par ses affaires. Faubert crée une compagnie, rachète des petits concurrents, installe une usine de bois de sciage près d’Amos en Abitibi et, finalement, attaque son principal rival, un industriel anglophone. Il achète même « un journal libre dans un pays où la majorité de la presse est vénale » pour influencer les décideurs. Il finit par écraser tout le monde, même les grévistes qui veulent le défier, en les menaçant de ses poings et de son fusil. 

Le voilà « roi du papier ». On l’honore. Mais au sommet, il découvre la solitude et se rend compte que tout cela est vide de sens... sans Pauline Dubois. Il la demande en mariage de façon cavalière et elle lui dit non. Tout son monde s’écroule : il prend de mauvaises décisions, se met à dos ses collaborateurs, et ses concurrents en profitent pour l’attaquer. La banqueroute l’attend. C’est ce moment que choisit Pauline Dubois pour lui avouer son amour. Ragaillardi, il lui promet de reconquérir son empire. 

L’intrigue amoureuse est convenue : mésententes et obstacles séparent les amoureux qui finissent par se retrouver dans un « happy end ». L’intrigue financière est plus porteuse de sens. On n’a pas souvent vu, dans un roman, un Canadien français devenir un magnat de la finance au nez des Anglais. Paquin explique avec assez de détails les tactiques commerciales mais aussi boursières et politiques, employées par Faubert pour devenir le « roi du papier ». Ce qui est plus gênant, c’est la dimension temporelle de l’aventure. Il me semble que l’action se passe en accéléré : en tout au plus trois ans, il a liquidé tous ses concurrents. Et en quelques mois, il a fait banqueroute. 

Comme dans tous les romans de cette époque (plusieurs dénoncent le matérialisme ambiant), l’argent ne va pas de soi. « Il a mauvaise odeur, il est source de corruption », semblent-ils tous nous dire. À l'image de ses concurrents, Faubert est obligé d’employer des moyens malhonnêtes pour parvenir à ses fins. Et, au final, les belles motivations initiales (réalisation personnelle, nationalisme, solidarité…) volent en éclat. Son désir de puissance est ramené à une histoire d'amour : « Il aime Pauline Dubois. Il l’aime par toutes les fibres de son être physique et moral. Elle est l'unique objet de son ambition. S’il a voulu être « quelqu’un » c’est pour elle. » Au diable la conscience sociale! Avec Pauline Dubois, Faubert a trouvé un moyen de purifier sa quête de puissance, de « blanchir » sa richesse. Peut-être pourra-t-il redevenir un « roi du papier » plus légitime.


Extrait

     « Puisque Pauline Dubois est indispensable au bonheur de sa vie, il n’y a qu’une chose à faire: l’épouser. Dans l’ordre du sentiment il apporte la même tactique qu’aux affaires: « Droit au but et sans tarder. » Les Américains appellent cette catégorie de gens des « go getter ».
     Le lendemain il se présente chez la jeune fille. Sans préambule romantique ou romanesque, il lui confie, sûr de la réponse:
     — Pauline je vous aime. Voulez-vous de moi. Fixez une date pour notre mariage.
   Cette demande ne constitue qu’une simple formalité. S’il le voulait, il pourrait la prendre, l’emmener avec lui, la garder comme sa chose. La jeune fille l’aime. Il en a eu les preuves, irréfutables.
     Mais à quoi obéit-elle?
    Elle le regarde et voit sur toute sa figure un reflet de bonheur où nulle trace d’inquiétude ne se montre.
     Est-ce par un besoin de faire souffrir l’être aimé ou par une conception soudaine de l’amour qui se change en cruauté, cruauté qui en est souvent le fond? Est-ce la tigresse qui dort en toute femme qui se réveille? L’être primitif a-t-il pris le dessus, celui dont la loi suprême est celle du talion? Veut-elle simplement par un retour des choses, lui faire souffrir ce qu’elle a souffert elle-même?
    Est-ce sadisme, cruauté, vengeance?
    Elle ne le sait pas elle-même. »

Lire le roman

6 janvier 2017

Autour d'un nom

Madame Théry (Madame J.-W. Thériault), Autour d'un nom, Montréal, Édouard Garand,  1926, 114 pages. 

Le fils de Madame Huguette Durand, une veuve, suit des cours de piano à la maison avec un professeur renommé : M. James. Celui-ci prend plaisir à parler avec elle, quand la leçon du fils est terminée. Ils discutent de guerre, de religion, de littérature, de musique. Des choses de l’esprit, ils en viennent à des sujets plus personnels. Ils sont amoureux, sans se l’avouer. Madame Durand, par hasard, finit par découvrir qui est ce M. James. Son nom véritable est James Douglas, c’est un musicien anglais renommé et... il est marié. Ils se revoient, s’avouent leur amour, mais se quittent. 

Autour d’un nom est un roman sentimental mais aussi un roman d’analyse, surtout psychologique. Je ne dirais pas pour autant que les deux héros sont crédibles. En fait, il est peu probable qu’un musicien, qui fait des concerts partout dans le monde, s’abaisse à donner des cours à un débutant. On ne comprend pas trop ce que ces deux êtres font ensemble, ce que ce musicien trouve de si fascinant chez cette dame qui vit en recluse. On saisit encore moins qu’il faille tant de temps à madame Durand pour découvrir qui est ce M. James. 

Bien entendu, l’amour est le sujet principal de l’auteure. « La souffrance est la rançon de l’amour. L’une est en raison directe de l’autre comme les deux membres d’une équation rendus égaux. C’est qu’il faut payer cher la jouissance d’éprouver ce sentiment, à nul autre comparable, quand il est pur de tout alliage. »  

Mais on parle aussi de littérature, surtout de Musset; de musique, surtout de Chopin et Beethoven. Toute l’histoire, aussi bien dans ses références que dans ses thèmes, baigne dans un romantisme un peu démodé. « L’artiste, mon petit, n’est qu’un pauvre être humain à qui la nature a donné une grande sensibilité. Il souffre, aime et pleure plus que les autres. Cependant, quand il parvient à exprimer ce qu’il ressent, soit en vers, en musique, sur la toile ou dans le marbre, il éprouve la satisfaction du riche magnifique qui prodigue son or, ou le bonheur de la femme qui comble celui qu’elle aime des trésors de son affection. »

L’écriture est plutôt tortueuse, si bien qu’il faut relire plusieurs phrases, syntaxiquement plus ou moins correctes. Le vocabulaire est souvent approximatif et Garand a mal fait son travail d’éditeur-correcteur, comme c’est souvent le cas. 

Je n'ai rien trouvé sur cette madame Théry, sinon qu'elle est née en 1870 et qu'elle a publié un autre livre sous le même pseudonyme: À mon fils en 1918.

 Extrait
« Les voyageurs, qui se sont plu dans les lieux et les compagnies délétères, reviennent rapetissés de leurs courses à travers les continents, parce qu’ils sont tombés de tout le poids de leur corps vers ce qui est vil. D’autres, attirés avec une égale force, par les choses élevées, acquièrent une culture éminente. M. James était de cette catégorie.

Près de lui, Madame Durand se sentait à l’aise, comme on l’est toujours avec les gens d’une éducation parfaite. En plus, elle éprouvait le plaisir attristé dont on jouit à traverser des lieux enchanteurs qu’on n’espère plus revoir. Ceux-ci se gravent dans l’esprit; les soirs, toujours pareils, sans être monotones, où M. James était là, Huguette les revivrait seule avec le souvenir de l’artiste qui faisait exprimer aux touches d’ivoire jauni, toutes les tendresses, toutes les mélancolies, toutes les fièvres du cœur, toute la désespérance de l’amour qui ne peut se donner, sentiments éternellement jeunes, à quelque âge qu’on les éprouve, parce qu’ils sont immortels comme l’art. »

Lire le roman